- ARTICLE -
La face rock'n'roll du Brussels Summer Festival 2012
Chaque année durant près de dix jours, Bruxelles vit au rythme du Brussels Summer Festival(BSF) et de sa programmation pour le moins éclectique. Dix jours durant lesquels les Bruxellois et tous les autres auront pu profiter des trois scènes que propose le festival. Entre la Place des Palais, le Mont des Arts et la Place du Musée où s’était installé le chapiteau du Magic Mirrors, les amateurs de musique et de découvertes auront pu s’en donner à cœur joie. Vu la météo plus qu’estivale et le prix abordable des tickets, le festival a réuni cette année près de 105 000 personnes, un record ! Si il y a un an les festivaliers glissaient sur les pavés de la Place des Palais tant il pleuvait, cette année le « S » du BSF prenait toute son importance et rimait bel et bien avec celui de « Sun ». Si l’événement se veut avant tout familial et éclectique, le rock occupait une belle partie de l’affiche de cette édition 2012. Focus sur les moments les plus rock’n’roll de cette édition 2012.
Si le premier soir l’affiche avait attiré en masse les fans de variété avec la présence de Charlie Winston sur la Place des Palais, nous avons, pour notre part, été retrouver Bjorn Berge sur la scène du Magic Mirrors. Le Norvégien qui avait fait un passage plus que remarqué dans la petite salle de l’Ancienne Belgique en janvier dernier a réussi à soulever un public moins connaisseur mais tout aussi réceptif.
Toujours en solitaire, ce quadra au physique à la James Hetfield offre une musique acoustique qui flirte avec le bossanova et le blues folk. Véritable virtuose de la six et de la douze cordes, Bjorn Berge fait également partie de ces types dont la musique est influencée par une vie plus que tourmentée. Comme il l’avoue lui-même sur scène avec une touche d’humour, avant d’être une star, il a galéré une bonne partie de son existence mais, non, il ne regrette rien.
Toujours est-il que pendant près d’1h30 ce bourlingueur nordique s’est donné sans retenue à un public qui sera reparti plus que conquis. Ce-dernier lui offrira d’ailleurs une standing ovation après avoir eu, comme dernier rappel, un pot-pourri des meilleurs riffs du virtuose viking suivit d’une reprise de « Ace of Spades » de Motörhead. Un homme à découvrir si l’on est un amoureux de la guitare ou de la musique, tout simplement.

CR: Alain Heymans - The Experimental Tropic Blues Band
Si nous aurons zappé la prestation de Bénabar sur la Place des Palais le deuxième jour du festival, le troisième allait quant à lui retenir toute notre attention. Véritable affiche rock’n’roll, ce dimanche offrait pas moins de deux scènes entièrement dédiées au rock. Le Mont des Arts accueillait le festival Brockxelles 58 où, durant toute la journée, allait se succéder les groupe de rockabilly. Si l’ambiance du Mont des Arts était des plus sympathiques, la Place des Palais offrait quant à elle les venues de The Experimental Tropic Blues Band, des Stranglers et surtout, de l’increvable Iggy Pop accompagné de ses Stooges !
Si les Liégeois de The Experimental Tropic Blues Band ont joué par une chaleur complètement tropicale, la scène de la Place des Palais semblait beaucoup trop grande pour le trio qui ponctuait ce soir-là une tournée magistrale. Pas encore complètement réveillé, le public était encore assez dispersé. L’action se passait à l’avant-scène puisque le chanteur blondinet ne pouvait s’empêcher de laisser ses deux acolytes seuls sur scène et de s’offrir des bains de foule à répétition. Handicapé par un son vraiment mal réglé le trio aura fait ce qu’il a pu pour allumer le feu sous la marmite.

CR: Alain Heymans - The Stranglers
La suite du programme allait dévoiler des dinosaures du rock new wave : les Stranglers. Si les riffs de basse de Jean-Jacques Burnel sont toujours aussi charnus, il faut bien avouer que les Anglais semblaient quelque peu encroutés. Si on avait, il faut bien l’avouer, l’impression d’assister à un concert un peu flagada durant lequel seuls les fans du groupe chantaient les paroles, il faut avouer que les Stranglers font partie de ces groupes dont on aime pouvoir dire qu’on les a vus. Très statiques, les gambettes de Burnel et de Baz Warne, le chanteur-guitariste, décollaient péniblement du sol lors des riffs les plus connus de leur répertoire. Si les indémodables « Golden Brown », « Skin Deep » et autres « Always The Sun » font toujours vibrer, il faut se faire à l’évidence que les Stranglers avaient de la peine à faire bouger la capitale belge ce soir-là.
L’attraction de la soirée allait être sans aucun doute ce vieil iguane d’Iggy Pop. Vers 23 heures, Iggy prend possession des planches de la scène située sous les fenêtres de notre Albert II national pour un concert qui avait déplacé les foules. Près de 14 000 personnes s’étaient entassées sur la Place des Palais afin de voir cette légende du punk accompagnée de ses Stooges, du moins ceux encore vivants !
Avant toute chose, il est important de préciser qu’il y a de ces rock stars qui ne meurent jamais et Iggy en fait partie sans le moindre doute. La place, bourrée massacre, accueillait des gens de tous les âges et de tous les styles. Si certains agoraphobes s’étaient risqués à se placer à moins de 15 mètres de la scène, ils auront vite changé d’avis dès les premières notes ! Si le public des Stranglers était calme et statique, celui d’Iggy était littéralement survolté. Pour les plus résistants ou les plus habitués, le moment aura été des plus jouissifs.

CR: Alain Heymans - Iggy Pop and The Stooges
Toujours aussi rebelle, Iggy n’aura pas attendu longtemps pour lancer ses premiers « Fuck the police, fuck the security » et d’ordonner qu’on laisse le public monter sur scène. S’en est suivit une belle pagaille qui aura vu une quinzaine de chanceux pouvoir aller gambader sur scène à côté de cette vieille branque qui est loin d’être branlante ! Le torse nu comme à son habitude, l’homme qui doit sa démarche particulière du fait qu’une de ses guiboles est plus courte que l’autre aura également fait quelques aller-retours entre la scène et le front stage où il n’hésitera pas à aller provoquer les policiers bruxellois.
Si pendant tout le show le public n’a cessé de slamer et de pogoter gentiment, il y avait certains moments dignes des fosses punks qu’Iggy a pu connaître dans sa jeunesse. Au moment du tube « I wanna be your dog », Bruxelles foutait la pagaille sur cette place où d’habitude vit une quiétude presque monastique pour une capitale. Après une reprise de « Louie Louie » de Richard Berry dont un des interprètes les plus connus est sans doute Lemmy Kilmister de Motörhead, l’iguane est reparti non sans avoir presque montré son attribut le plus connu. Une chose est sûre, à passé 65 ans, Iggy est toujours plus en forme que jamais et aura fait vibrer le BSF à travers une prestation cinq étoiles !
Après une soirée dédiée aux cover-bands durant laquelle les Allemands de Stalzeit ont mis le feu à la scène du Mont des Arts avec leurs reprises de Rammstein, c’était au tour du Magic Mirrors de donner la part belle au rock avec les concerts des Belges de Driving Dead Girl et de Elvis Black Stars. Le petit chapiteau du Magic Mirrors ne le savait pas encore mais, ce soir-là, la soirée allait être chaude, très chaude. Les premiers à balancer une sacré dose de testostérone allaient être les gus de Driving Dead Girl.

CR: Alain heymans - Driving Dead Girl
Après quinze minutes d’observations durant lesquelles la température n’a cessé de monter dans le chapiteau, la formation tirée par Dim Wild allait littéralement faire vivre au Magic Mirror une explosion de décibels. Dans une ambiance très confinée, le quartet bruxellois aura livré une énorme prestation sur les planches de cette salle qui auront pliés sans se rompre tellement le public, malgré une chaleur étouffante, aura sauté dans tous les sens. Si l’on doit cet excellent show à l’ensemble du groupe, Dim et Bartolomeo, le bassiste, étaient dans une forme particulièrement olympique ce soir-là. Le premier aura terminé le show torse-poil occupé à se rouler par terre dans le public tandis que le second, visiblement content du sa prestation, n’aura pas hésité à exploser sa basse comme si plus jamais elle ne pourrait atteindre une telle qualité durant un concert. Et pour cause, vu la prestation, le spectacle méritait, lui aussi, ses cinq étoiles !

CR: Alain Heymans - Elvis Black Stars
Si par la suite on pouvait penser que la soirée allait être un peu moins électrique, il en a été que du contraire. The Elvis Black Stars, visiblement contaminés par leurs prédécesseurs, ont terminé cette soirée en véritable apothéose ! Le groupe originaire d’Andenne n’a pourtant qu’un seul album au compteur mais celui-ci offre déjà un excellent set rock’n’roll pour un groupe qui, sur papier, se rapproche plus de la pop que du rock.
L’ambiance lancée par le groupe précédent est encore montée d’un sérieux cran malgré la chaleur transformant le Magic Mirrors en sauna. Après un set des plus rock’n’roll qui aura fait vibrer le Magic Mirrors, le public pas encore rassasié a rappelé les kids sur les planches pour un morceau supplémentaire. Et même si l’ensemble de leur album avait déjà été joué, les Elvis Black Stars n’allaient pas se priver de ce rappel supplémentaire. Celui-ci nous aura valu une redite de leur titre « Stop Beating » dont les riffs surpuissants auront finalement fait bouger le Magic Mirrors par deux fois ce soir-là !

CR: Alain Heymans - Skip The use
La dernière étape de Shoot Me Again à cette onzième édition du BSF allait se terminer face à la scène du Monts des Arts l’avant dernier jour du festival à l’occasion du concert des Français de Skip The Use. Si leur style est une sorte de melting-pot entre rock et pop, le combo lillois balance une énergie ultra rock’n’roll en concert ! Et pour cause si les membres du groupe proviennent de différents horizons, Mat Bastard, son chanteur, qui est le résultat de l’accouplement entre Johnny Rotten des Sex Pistols et de Zack de la Rocha de Rage Against The Machine, assume le show à lui tout seul !
En réel frontman et malgré les 37 degrés qu’affichait le thermomètre ce soir-là dans la capitale belge, il n’a, une fois encore, pas été avare en dépense d’énergie. Une dépense qui paye puisque si Skip The Use avait fait escale à la Rotonde du Bota lors de sa dernière venue, cette fois-ci ce n’était pas moins de 10 000 personnes qui peuplaient la place du Mont des Arts afin de venir s’amuser avec les Français.
20-08-2012