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Ça fera 54€, s’il te plait !

Samedi 20 mai 2017

Tous ceux qui vont en concerts et festivals connaissent la table au fond de la salle (non, pas celle de Madame pipi dans les toilettes, hein !!!) où il y a généralement un attroupement de quelques personnes qui souhaitent acheter un t-shirt, un cd ou un badge du groupe qui vient de se produire sur scène. C’est le merch !
Qui sont ces gens qui vous déballent tout le contenu de leurs caisses en carton ? Les groupes sont-ils attentifs à leur merch ? J’ai aussi rencontré des acheteurs collectionneurs et d’autres qui n’encombrent pas leurs armoires de tout ça.



De 5 à 200 t-shirts dans leurs armoires

C’est le cas de Marie Gallez qui a quelques t-shirt et sweat à l’effigie de ses groupes préférés. Ce n’est pas vraiment un choix. Plus une question financière. « Je trouve que les places de concerts sont parfois chères, explique Marie. Il faut compter le trajet, parfois la nuit d’hôtel quand c’est trop loin de mon domicile. Je ne peux financièrement pas tout assumer. » Elle ajoute encore que certains designs ne sont pas à son goût. Pour elle, aimer la musique d’un groupe ne rime pas forcément avec aimer son t-shirt et encore moins avec avoir envie de le porter.

Arnaud Crefcoeur soulève aussi la question du prix. Il n’achète d’ailleurs pas souvent du merch. Par contre quand il était ado, lors d’un concert, il prenait systématiquement le t-shirt ou le sweat du groupe. « J'aimais afficher les groupes que j'aimais (Iron Maiden, Judas Priest, Savatage), se souvient Arnaud. Je crois que le metal est vraiment un univers particulier auquel on aime appartenir et consommer du merch est une façon de l'afficher. Je suis moins fan acharné maintenant et je ne porte plus autant de vêtements à l'effigie des groupes. On s'assagit avec l'âge.»

Par contre, Franckie Peugnieu, lui, achète beaucoup de fringues et de vinyles en concerts, festivals ou magasins. En moyenne 200€ par mois. Ça donne à peu près 200 t-shirts, 40 bonnets et 90 vinyles d’Iron Maiden, Slayer, Exodus, Tankard, Behemoth, etc. Franckie confie qu’il trouve parfois que les prix sont trop hauts et que la qualité des produits n’est pas suffisante. « Je porte à peu près tout ce que j’achète, ajoute-t-il. Certains juste en concert, d’autres moins souvent parce que ce sont des éditions limitées. Les fringues c'est pour le style ou pour faire plaisir à certains groupes. Les vinyles c'est pour le côté décoratif et artistique. Quand on ouvre pour la première fois la pochette d’un vinyle, on découvre, on explore l'album comme si on lisait un bouquin, tout en écoutant la musique. »



Pour certains, le merch c’est aussi l’occasion de rencontrer les membres d’un groupe et d’échanger sur le concert, la musique, la vie. « Je trouve que c’est important pour un groupe d’avoir un merch, explique Laurent Bonmariage, surtout pour les petits groupes. On peut discuter voire même prendre un pot. Une fois, j'ai apporté une bouteille de Jack Daniel’s exprès pour le groupe Rotten Sound. Ils se sont bien marrés en la voyant et on a bien picolé. »

Dégueuler sur le merch

Dem s’est occupé pendant plusieurs années du merch sur les tournées de plusieurs groupes comme Cannibal Corpse, Cryptopsy, Dying Fetus, Myrkskog, Anvyl, Agent Style. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il en connaît un rayon sur le sujet ! Il raconte que pour être un bon vendeur de merch, l’idéal est d’avoir un minimum d'esprit commercial, d’être méticuleux, organisé, doué en maths et de savoir parler anglais. Etre créatif aussi pour mettre le merch en valeur et donner envie aux fans d'acheter. Un autre avantage est de connaître le groupe au niveau de sa bio et sa discographie, pour pouvoir répondre aux éventuelles questions.
Dem pense que les groupes ne doivent pas prendre leur merch à la légère. ''Surtout que maintenant, des groupes paient pour pouvoir tourner, ajoute Dem. Et ça, c'est dingue! Sans parler du téléchargement illégal. Les groupes qui sont sur un label important peuvent encore gagner de la thune avec leurs royalties. Mais un bon pourcentage de leurs revenus se fait sur la vente de merch durant les tournées. Pour les plus petits groupes, le merch est leur seul gain qu’ils pourront faire malheureusement. Plus objectivement, c'est aussi l'identité du groupe !''

Dem m’a également raconté une anecdote plutôt drôle qui s’est déroulée en Hollande lors de sa première tournée pour vendre le merch de Cannibal Corpse.
« Quand les portes se sont ouvertes, évidemment c’était blindé de peuple et paf, j’ai commencé à vendre vraiment pas mal. Mais le truc, c'est que je n'avais rien prévu pour ranger l'argent... Quel con !!! Donc, j’ai tout mis dans les poches de mon froc militaire. J'en avais partout, un truc de malade. Quand je les ai vidées dans le tour bus avec le manager et le groupe, je me suis rendu compte que j'avais pas loin de 15.000€ sur moi ! J'ai eu comme un coup de stress ! J'ai reçu une bonne petite comm de la part du groupe! J'ai continué la tournée avec eux, mais avec un coffre quand même ! »

Paul Speckmann a lui aussi vendu des t-shirt et des cd pendant de nombreuses années notamment pour Macabre, Six Feet Under , etc. Maintenant, il vend uniquement sa propre marchandise sur le net pour Master (le groupe dans lequel il joue), Deathstrike, Abomination, Warcry, etc. « J’aime ce boulot parce qu’il m’a donné la chance de voyager en Europe, explique Paul. J’ai été en tournée pendant plusieurs années. Cela m’a aussi permis d’être sous les projecteurs. Comme dans chaque job, il y a des côtés un peu plus compliqué à gérer. J’ai des personnes qui volent, qui dégueulent sur le merch, renversent de la bière et d’autres boissons. Mais ça m’éclatait ! Et c’est toujours le cas sur les tournées de Master. »



Une forme de soutien

Et les groupes, qu’est-ce qu’ils en pensent du merch ? Comment ils mettent ça en place ?
Chez Jarhead, par exemple, il n’y a pas de responsable merch attitré. Cela varie d'un concert à l'autre. Cela peut être un membre du groupe ou une personne qui l’accompagne.
Mathieu Deleuze, le guitariste m’explique que oui, le merch est important au niveau de l’image et de la visibilité du groupe. C’est un fait, voir des gens porter le t-shirt d’un groupe fait incontestablement la pub de ce groupe. « Et c'est également important au niveau financier car c'est avec ça qu'on peut essayer de renflouer les caisses, surtout dans le milieu hardcore, poursuit Mathieu. Les gens qu’on rencontre au merch viennent aussi pour nous rencontrer, discuter, donner les impressions sur le concert, etc. »
Jarhead ne propose pas énormément de merch. Le groupe s’est limité à des t-shirts en 2 coloris mais de nouvelles choses devraient arriver dans un avenir plus ou moins proche. « On sélectionne ça simplement entre nous, en se basant sur ce que l'on aimerait nous-mêmes porter », conclut Mathieu.

Erik, le chanteur de Rogash, assure aussi la partie merch. Tout d’abord pour une question de facilité et de place dans les véhicules. Ensuite, parce qu’il est compliqué de trouver une personne sérieuse et de confiance qui accepte de donner de son temps pendant un concert.
« C’est toujours difficile quand les gens veulent baisser les prix, poursuit Erik. Nos produits sont assez bon marché, comparés à d'autres groupes. CD et t-shirt pour 12€. Nous sommes toujours un petit groupe donc les gens devraient savoir que nous n'achetons pas très bon marché et qu’ils nous soutiennent directement en achetant nos affaires, mais il y a toujours beaucoup d'entre eux qui veulent baisser le prix à 10€. Merde, ça craint, si tu veux savoir. Eh les mecs, Amon Amarth vous a vendu son t-shirt à 10€? Je ne pense pas ! »



Reinier, le guitariste de Saille, m’explique que les grandes organisations et les festivals ont toujours leur propre personnel pour vendre le merch. « Ils peuvent facturer 20 à 30 % des marchandises qui ont été vendues. C'est épouvantable, mais on ne peut rien y faire », ajoute-t-il. Dans des plus petites structures, les membres de Saille sont eux-mêmes derrière la table, tout le monde à tour de rôle, 30 minutes chacun plus ou moins. Reinier avoue que ça peut être amusant comme ennuyeux.
Il partage également avec moi une mésaventure arrivée avec un imprimeur lors d’une commande de t-shirts. « Ils ressemblaient à de la merde et nous les avons donc renvoyés à l’imprimeur qui nous a répondu quelque chose du genre : ces metalleux ne verront jamais la différence ! J'ai été stupéfait par cette réponse. Finalement, nous avons reçu les bons t-shirts, correctement imprimés. Il n’était pas question pour nous de vendre de t-shirts de mauvaise qualité à nos fans! »

Le merch et tous ceux qui tournent autour forment une véritable petite entreprise. Des rentrées d’argent parallèles qui sont parfois les seules qui permettent aux groupes de poursuivre leur route.
Le merch est incontestablement un aspect non négligeable de l’après-concert. Un moment de rencontre, d’échange, de shopping.
Une sorte de publicité gratuite qui se décline dans tous les sens avec des choses qui n’ont parfois plus beaucoup de rapport avec l’idée première. Par exemple, des bikinis, des pare-soleils, des gourdes, des figurines…
Perso, une petite voix dans ma tête crie toujours « yeahhhh » quand un de mes collègues me dit : « classe le t-shirt » ! (J'imagine sa tête si je venais en bikini au boulot !)
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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