Ce Wistful Addictions s'ouvre sur une intro en voix claire posée sur une arpège de guitare. Ok, on aurait donc droit à une intro calme de quatre minutes sur un EP de cinq morceaux? Heureusement non, Even The Worst Has An End ne se limite pas à faire figure d'intro puisqu'au bout d'une grosse minute, les premiers cris arrivent pour lâcher le vrai son de Jarhead : une musique aussi intense que mélodique au tempo plutôt modéré. Plus modérés que les cris qui sortent des tripes de Simon, davantage dans l'émotion que dans l'agressivité. Les progrès depuis Haste sont évidents, dans un style beaucoup plus affirmé et puissant.
Puissant, à l'image de And There He Lies qui commence pourtant de manière très calme. A l'aise sur différents timbres de clean vocals, le chanteur parvient à les rendre digestes en variant les intensités. Intensité qui monte au fil du morceau, avec des passages qui s'enchaînent à très grand vitesse tout en prenant soin de nous garder dans l'écoute active à tout moment.
Le groupe affirme sur chaque morceau ses facettes mélodique et explosive, chacune déclinée en approches différentes. Si The Heart Prevails laisse d'abord apparaître des sonorités qui peuvent rappeler les scènes emo / post-rock d'il y a une quinzaine d'années, c'est pour ensuite se terminer avec les passages les plus chaotiques de ce Wistful Addictions. Et en écrivant ces lignes, je me rends compte que c'est certainement sur ce point que Jarhead a le plus évolué : le groupe parvient enfin à créer des morceaux composés de parties très différentes tout en gardant une certaine uniformité, une identité propre à chaque morceau.
Seul From The Buried To The Fool, que le groupe nous avait déjà présenté en vidéo au début de l'été dernier, pousse un peu plus loin le vice dans l'assemblage de structures au hachoir mais compense largement par la qualité de sa ligne de chant, ses mélodies et sa rythmique carrée.
Jarhead a donc comblé la seule lacune qui m'empêchait de vraiment adhérer à l'univers du groupe, comme je l'écrivais en août 2013 au moment de la sortie de Haste : certains morceaux qui peinent à se distinguer les uns des autres et donnent l'impression d'entendre plusieurs titres en un seul. Ce Wistful Addictions, construit dans la plus pure tradition DIY, a tourné de nombreuses fois dans mes oreilles sans encore me lasser, grâce à l'identité que Jarhead est parvenu à lui offrir, en maîtrisant de très jolie manière ses atouts.

belgium melodic emotional chaotic hardcore

Jarhead