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15 ans de SMA - Pierre : '' J'espère améliorer l’image que revêt le rock dur dans la société.''

Mercredi 25 décembre 2019



Pierre, tu as rejoint le team il y a un peu plus d’un an en tant que rédacteur. Qu’est-ce qui te motive à faire du bénévolat avec des mecs et des nanas un peu zarbé·es?

Je pense que ce n’est qu’en rejoignant l’équipe de l’intérieur qu’on se rend compte du réel degré de dégénérescence de chacun et chacune… Mais bon, blague à part, je collaborais auparavant avec un autre webzine, plus généraliste, Musiczine pour ne pas les citer (kussjes aux membres qui nous lisent). J’avais envie alors depuis quelques mois de me recentrer sur une équipe qui ne traiterait que de rock dur. L’idée a petit à petit mûri et puis c’est devenu comme une évidence qu’il était temps que j’envoie ma candidature à Shoot Me Again.

Ayant une formation de journaliste, j’ai toujours été attentif à ce qui se faisait en matière de presse musicale en Belgique francophone. Et sans se jeter des fleurs, Shoot Me Again est une des références. La barre est mise assez haute, ce qui est publié se doit d’être de qualité. On est toutes et tous bénévoles, mais on bosse pour ce webzine comme des professionnel·les.
J’ai donc postulé et proposé mes services à l’équipe, le 12 octobre 2018. J’ai ensuite rapidement ( !) reçu une réponse de Dieu, Erik pour les intimes. Il m’a posé toute une série de questions, dignes d’un entretien à la Commission européenne : mes motivations, pour qui d’autres j’écrivais (cet homme est d’un possessif maladif), ce que je comptais faire et comment… Je me suis dit : on ne rentre pas (toujours) dans l’équipe comme dans une salle de concert. Il faut croire ensuite que mes réponses ont convaincu…
J’ai finalement petit à petit appris à faire connaissance avec tout le monde, des personnalités toutes aussi différentes que sympathiques. Chacune haute en couleur, possédant son caractère et sa façon de bosser. Mais… toutes réunies par une même passion : l’amour de la musique. Que ce soit par le cliché ou par le verbe, l’équipe de SMA entretient cet indescriptible feu intérieur de toujours aller plus loin dans la découverte et de partager cela avec le plus grand nombre.

Maintenant que tu y es, as-tu des objectifs ? Des envies ?

Ce travail qu’on fait avec SMA, je suis peut-être utopique à ce niveau-là, mais j’espère personnellement qu’on puisse par-là améliorer l’image que revêt le rock dur dans la société. Ou du moins, faire entrer dans l’imaginaire collectif qu’il s’agit là d’un genre « comme un autre ». Ni plus, mais surtout ni moins. Que ce n’est pas que du bruit qui stimule une bande d’écervelé.es. Qu’il y a énormément de musicien·nes qui bossent avec acharnement, qui ont un talent fou et qui sortent leurs tripes pour qu’émergent leurs productions culturelles. Je ne pense pas que ce soit la vocation d’un band de metal que de se retrouver affiché dans des abribus, ça restera toujours, à quelques exceptions près, des sonorités de l’ombre.

J’espère néanmoins qu’avec notre modeste boulot, qu’on puisse contribuer à amener plus de respect pour ce que font ces formations, qu’on prenne autant au sérieux un groupe de black metal qui débute qu’un.e jeune artiste de pop qui se fera remarquer par une vidéo YouTube à 150.000 vues en trois jours. La Flandre est déjà plus évoluée sur ce plan-là, la Wallonie a encore un bon bout de chemin à faire. Notre plat pays regorge de formations de qualité, en-dehors de la musique mainstream et des groupes de covers. Il faut juste consacrer du temps pour les écouter et les soutenir.

La quasi-totalité de tes live reports concernent des groupes proches de la Church of ra. Qu’est-ce qui t’inspire dans ces groupes (à Amenra
Amenra


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, Oathbreaker
Oathbreaker


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, etc.)?


J’ai un jour entendu quelqu’un qui disait qu’il était possible de tomber amoureux musicalement. C’est mon cas avec Amenra
Amenra


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. Et pourtant, je ne suis pas un fan des premiers jours. Je ne les ai découverts qu’il y a peu, plus précisément quelques semaines après leur concert à l’Ancienne Belgique pour la release de leur dernier album, Mass VI. Un show qui avait été enregistré par l’AB et mis à disposition sur YouTube. J’aime beaucoup écrire le soir, en laissant les algorithmes de YouTube me proposer des vidéos que je regarde d’un œil sur l’écran de télévision. Et ce soir-là est apparu ce concert. Je me suis tout d’abord arrêté de travailler. Puis j’ai relancé leur set une nouvelle fois. C’était une période en creux, où quelques soucis me trottaient en tête. Ce concert est arrivé précisément au bon moment.

Je ne crois absolument pas au hasard. Tout acte, toute pensée, toute parole entraîne une conséquence. Il semble que c’était ce soir-là que je devais découvrir leur univers musical. Deux jours plus tard, je me rendais chez Consouling, leur label gantois pour l’Europe, afin d’acheter leur dernier vinyle. Je n’ai jamais décroché depuis lors et leurs compositions continuent encore et toujours de me renverser, de me bousculer, de toucher du bout du doigt cette partie inaccessible de l’inconscient.

La Church of Ra, ce sont également des groupes qui ont une esthétique : dans l'architecture de leurs titres, dans leur artwork, dans leur merchandising, sur scène, etc. Il y a une unité, l’un renforce l’autre. Une imagerie sombre, dépouillée et parfois spirituelle. Il y a une attention portée au détail, qu’il soit sonore ou visuel. Ils utilisent des symboles et font des références à certains écrits. Bref, ils n’offrent pas que des morceaux, mais délivrent plusieurs portes d’entrée vers un univers aussi riche que complexe. Ce n’est pas de la musique fast-food qui se consomme en fond sonore comme une ambiance d’ascenseur. Elle demande de se réserver du temps, de s’en imprégner, de laisser certains passages de côté pour mieux les comprendre plus tard.

Tu as aussi assisté à des concerts « expériences ». Tu peux en dire plus ?

Amenra
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prend en outre particulièrement le soin de régulièrement croiser des compétences artistiques. Tel que par exemple le 20 juillet 2018, à Diksmuide, où le groupe a joué un set spécial en lien avec les commémorations de la Première Guerre mondiale. Ils avaient invité Imre Thormann, un artiste qui pratique la danse buto, un art japonais visant en gros à recracher par une forme de danse mystique les remous et les problèmes de société. À cela étaient mêlés des projections d’images d’archives du conflit à Diksmuide, mais également des visuels composés par Tine Guns et Dirk Braeckman. Un moment inoubliable, d’une intensité émotive rarement atteinte.

Ou encore plus récemment, à l’occasion de leurs vingt ans de carrière, où le sculpteur Johan Tahon avait façonné pour l’occasion une statue reprenant leur célèbre potence inversée, sur laquelle était accroché un corps d’homme nu, sans bras et sans tête. Cette statue a été recouverte et disposée, avant que le public n’arrive, sur un bucher. C’était le 20 octobre dernier, à Menen. Dans le froid de l’automne, et accompagné d’un silence quasi monastique, le feu a été bouté au bucher, laissant petit à petit apparaitre la sculpture, en même temps qu’un set interprété tout d’abord par Lingua Ignota puis Amenra. Également le genre d’expérience qui fait appel aux cinq sens et qui, irrémédiablement, reste gravé en tête.

J’ai remarqué aussi que tu utilisais l’écriture incluse dans tes écrits. Pourquoi ?

Ça peut paraître de prime abord bateau quand on le dit, mais pour moi, tous les êtres humains sont égaux. Chaque être humain sur terre mérite le même respect, et doit en retour témoigner le même niveau de respect et de tolérance. C’est donc dans cet esprit que je soutiens notamment certains combats féministes, dont celui de l’utilisation de l’écriture inclusive.

Mais il faut d’abord être précis quant à son usage et la voir comme un outil et non pas comme un « remplacement » des règles grammaticales en vigueur. Selon moi, et ce n’est pas l’opinion la plus partagée parmi celles et ceux qui défendent cette nouvelle forme d’écriture, il n’y a pas d’intérêt à l’employer dès l’école ou même dans n’importe quel contexte. C’est un moyen politique, où « politique » est à prendre dans son sens le plus large. Il sert à faire prendre conscience que la société actuelle est construite sur un modèle patriarcal, dont les tentacules se répandent jusque dans l’écriture.

Pourquoi le masculin devrait l’emporter sur le féminin ? Pourquoi est-ce que certaines professions – en particulier celles liées de près ou de loin au monde littéraire – devraient uniquement être au masculin ? La réponse magique tombe toujours tel un couperet : c’est la langue française, on a toujours fait comme ça. Et bien c’est faux, la langue française a évolué au fur et à mesure des siècles. Et bon nombre de termes féminins ont par exemple été gommés, par principe, car certaines professions ne pouvaient être exercées que par des hommes.

Avec l’écriture inclusive, on ne féminise pas le langage. On ramène uniquement un équilibre quant au genre des mots utilisés. Une langue n’est pas figée, même si elle peut parfois donner l’apparence du contraire. Elle vit avec son temps, elle s’adapte avec les époques. Il suffit de voir chaque année le nombre de nouveaux mots qui rejoignent le dictionnaire. Ou encore d’autres langues, telle que le néerlandais par exemple, où des néologismes sont inventés tous les jours. Mais… « le » français, ainsi que celles et ceux qui préfèrent le voir encrouté dans une certaine vision de monde, a du mal à accepter de le voir prendre une nouvelle forme, coupée de quelques stéréotypes.

Le metal, ou même le rock en général, est au départ une musique revendicative. Tout faire pour arriver à une meilleure égalité entre les hommes est une revendication aujourd’hui. Il était donc imaginable de proposer en interne chez Shoot Me Again, et sans aucune obligation, que ce type d’adaptation de l’écriture soit à la portée de celles et ceux qui voudraient l’utiliser. Comme on porterait un patch pour lutter contre toute forme de racisme. Certaines révolutions commencent dans les détails, autant alors en être les porte-étendards si ce combat nous touche et nous fait bouillonner.
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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