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AQME
Hérésie (At(h)Ome) Chroniquer un CD, c’est accepter de faire abstraction au moins partiellement de ses goûts et de ses à priori afin de garder une part d’objectivité sur ce que l’on va entendre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que AqME n’a jamais vraiment fait l’unanimité. Le groupe français a plutôt tendance à diviser. D’un côté les « pour » qui défendent aveuglément le groupe becs et ongles et de l’autre les « contre » qui même sans avoir prêté une quelconque attention vont rejeter les Français pour divers raisons et souvent pour une histoire d’étiquette et de démarche. Dans les deux cas, un jugement prononcé souvent à la hâte. C’est suffisant, puisque l’occasion m’est donnée, pour m’inciter à me plonger une bonne fois sur la sortie de ce nouvel album. Hérésie est le 4ème album des Parisiens. Le groupe a travaillé comme pour la première fois (Sombres efforts en 2001) avec Daniel Bergstrand ( MESHUGGAH , IN FLAMES , STRAPPING YOUNG LAD). Cet album est promotionné à grands renforts de clichés et de phrases quelque peu vides de sens comme « Jamais AqME n’aura sonné aussi proche d’ AqME » lâché par son chanteur Thomas. Hérésie est annoncé comme étant le plus burné, le plus rageur et le plus vindicatif des albums du groupe. Un discours souvent tenu dans la promotion et qui a été pour ainsi dire utilisé aussi pour les précédentes plaques du groupe à l’exception de La Fin des Temps (2005) qui voulait replacer AqME dans une cour Rock plutôt que Métal. Objectivement, il y a déjà de quoi se méfier du groupe qui s’inscrit dans une démarche plutôt mercantile et de consommation qu’artistique ou culturelle. Mais passons à la musique… Il est vrai que cet album est musclé. Le ton est sombre et énergique. C’est principalement la rythmique qui impose la force malgré une mise en avant peu suffisante. Les guitares sonnent par le volume mais ont finalement peu de consistance. C’est le travail du son et la qualité du matériel employé qui donnent cette impression de vigueur. Un défaut que l’on peut reprocher par ailleurs à beaucoup d’autres groupes qui pensent que le volume sonore ou les effets vont palier au manque de rage réelle. Musicalement AqME n’est plus à la fête. Le groupe a perdu une certaine superficialité qui fait sonner le disque plus noir. Au niveau des textes, un certain mal vivre se traduit comme sur Les Enfers ou En Saga Om Livet, ou on retrouve aussi la mélancolie déjà présente sur les précédentes plaques du groupe mais aussi un questionnement sentimental (Romance Mathématique). Des préoccupations en fait très adolescentes et surtout des sujets traitées de manière trop adolescente. Alors qu’en 7 ans, le groupe se targue de s’être forgé un style unique, il n’a pas tellement acquis de maturité sur le contenu. AqME s’adresse plus à un public en pleine puberté en usant trop facilement des caractéristiques de cette tranche d’âge. Une démarche qui rappelle celle des publicitaires phagocytaires de culture qui ne vient pas par conséquent au secours de l’éventuelle sincérité du groupe. Le chant quant à lui devient le maillon faible de la musique d’ AqME . Mélangeant le chant clair et crié, le chanteur d’ AqME peine à varier son style et les parties claires sont même parfois un peu limites. Sur un premier album, ces imprécisions pourraient être tolérées mais quand on reconnaît l’évolution musicale du reste du groupe, Thomas donne l’impression d’être à la traîne dans la sienne. Finalement, on s’en doutait un peu, Hérésie n’est pas l’album le plus violent, le plus rageur qu’on puisse entendre. Il l’est peut-être dans la discographie du groupe mais je ne connais pas suffisamment les disques précédents pour le certifier. Par contre, Hérésie marque vraisemblablement un tournant dans la carrière du groupe. À l’exception de la maîtrise vocale, le style du groupe se forge et mûrit. Ce qui vient progressivement contraster avec le public réceptif aux textes d’ AqME . Ce paradoxe renforce le sentiment calculateur qu’on attribue au groupe et à sa démarche. On a du mal à accorder la sincérité revendiquée à cette rage. La production est plutôt décevante car trop linéaire. Ce retour chez Daniel Bergstrand s’utilise dès lors plus comme un argument marketing qu’un choix judicieux. Hérésie est donc en demi-teinte. Si le groupe estime ce 4ème album comme le plus abouti, ce n’est pas ce dernier qui rassemblera autour des Parisiens. La polémique et les débats houleux autour de AqME ont encore de beaux jours devant eux. Mais là aussi cette situation profite quelque part au groupe puisqu’on finit par parler d’eux, tout en révélant l’ambiguïté même d’une telle situation. Qu’ AqME soit sincère ou qu’il soit calculateur dans son projet, on parle du groupe et la finalité de la majorité des artistes est peut-être là (faire parler de soi). Chroniqué par fred le 01-04-2008 | ||
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