« Il n’y a plus personne pour y croire ! », peut-on entendre Vincent crier sur le refrain de « Entre les mains », single et titre d’ouverture de l’album. Un morceau qui joue parfaitement son rôle de porte-étendard de l’album et embarque l’auditeur dans un tourbillon d’émotions dès les premières notes d’un riff efficace et ravageur… pour ne plus le lâcher jusqu’à la toute fin de l’album. S’il ne fallait retenir qu’une chose de cet album, c’est précisément cette charge émotionnelle, parce qu’elle est présente à tous les niveaux. Prenons les deux morceaux suivants pour l’exemple : l'émotion atteint un nouveau registre de hargne sur « Enfer » avec ce cri en écho derrière celui du chanteur, puis se fait plus douce-amère sur « Un adieu » dont on se surprend à fredonner l’air dès la première écoute. On notera que les paroles y sont pour beaucoup dans l’émotion que dégage l’album, les textes sont beaux, touchants et on les sent sincères.
Alors, oui, c’est émouvant et on voit d’ici les larmes des fans au premier rang. Mais ce n’est pas tout. Là où d’autres auraient pu opter pour le confort d’un best-of de fin de carrière, tout le mérite revient au quatuor de livrer un album qui marque une énième évolution musicale. Vincent abandonne presque complètement le chant guttural dont il avait marqué AqME à son arrivée dans le groupe pour se concentrer sur un chant clair et des hurlements, passant aisément de la douceur à la rage. Julien signe encore des riffs d’une précision et d'une qualité irréprochables avec un savant mélange de douceur et de violence. Charlotte et Étienne assurent avec brio une partie rythmique qui ne sombre jamais dans la facilité, et dieu sait comme c’est souvent le cas ailleurs. L’ensemble se distingue paradoxalement à la fois par sa cohérence et sa diversité. « Illusion », par exemple, explore plusieurs ambiances tout au long des 7 minutes qui lui sont consacrées, depuis une intro presque acoustique jusqu’à un final typé doom en passant par des séquences plus hardcore, mais parvient malgré tout à garder une unité de ton. Et que dire de « Sans oublier », qui clôture brillamment l’album dans une explosion sonore suivie d’une fin toute en délicatesse ? La qualité de cet ultime album rend la rupture d’autant plus douloureuse, et il faudra du temps pour se faire à l’idée que l’aventure d’AqME se termine ici.
On pourrait s’étendre et continuer d’analyser en détail les morceaux qui composent cet album, mais le fait est que Requiem doit, à mon sens, s’appréhender comme un tout. Comme le chant d’adieu d’un groupe qui ne voit d’autre issue que de mettre un terme à une carrière exemplaire. Comme une dernière célébration avant la mort. Comme un requiem, précisément. Parce que, cette fois, les rôles se sont inversés : AqME s’est tuer.

AqME