Reportage

Bring Me The Horizon : communion d'un nouveau genre

Anvers (Lotto Arena), le 16-11-2018

Mardi 27 novembre 2018

Flashback. Août 2018, Reading Festival, Royaume-Uni. On annonce la venue en toute dernière minute du groupe An Invitation to Salvation sous le chapiteau de la scène Radio 1. Mais, surprise, ce sont les membres de Bring Me The Horizon
Bring Me The Horizon


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qui débarquent sur scène pour la promotion de l'album Amo et se lancent dans un set d'une poignée de titres. En découle une captation vidéo de la performance qui fait le tour de la toile metal. À peine quelques jours après la sortie du single « Mantra », des milliers de fans reprennent l'entièreté des paroles en choeur. Assez bluffant, il faut le reconnaitre. Suffisamment en tout cas pour reléguer dans un coin de notre crâne les déceptions des concerts précédents et nous motiver à prendre la route un vendredi soir de novembre. Direction Anvers ! Bring Me The Horizon
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a donné rendez-vous à ses adeptes à la Lotto Arena, en compagnie de The Fever 333
The Fever 333


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et Yonaka
Yonaka


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.



Une première chose nous frappe en entrant dans la salle : le public dans la fosse est majoritairement jeune, voire très jeune. Des gradins, on a un peu l'impression qu'on va assister à une avant-première de la suite de Trolls avec toutes ces tignasses colorées en bleu, vert, rose, mauve, ... Mais surtout, c'est la preuve que le public de Bring Me The Horizon
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cuvée 2018 n'est pour une bonne partie pas le même que celui de l'époque Count Your Blessings ou Suicide Season. Ce qui, en soi, n'est pas surprenant : musicalement comme esthétiquement parlant, c'est un autre groupe que l'on vient voir ce soir. Mais on y reviendra.

Parce que Yonaka
Yonaka


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entre en scène. Le mot d’ordre du début de leur prestation ? « Rouge », comme la cover de leur EP Creature : lumières rouges, logo rouge en fond de scène, et surtout un manteau de fourrure rouge du plus bel effet pour la chanteuse. Le groupe entame son set avec le morceau « Own Worst Enemy », un bon exemple de leur rock percutant soutenu par un peu d'électro et la voix de la chanteuse, qui nous rappelle par moments une certaine Gwen Stefani de l'époque No Doubt. Ça claque, c'est frais, c'est franchement agréable. D'autant qu'on percoit une belle dynamique entre les membres du groupes. Suivent entre autres « Ignorance » et son refrain entêtant et le plus dansant mais tout aussi convaincant « All Fired Up ». Avec ce nouvel EP, Yonaka n'en est pas à son coup d'essai, mais alors à quand l'album ?



On s'y attendait : la salle est déjà bien plus remplie pour accueillir le trio américain de The Fever 333
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. Deuxième groupe à ouvrir pour Bring Me The Horizon ce soir, et deuxième groupe à suivre la tournée sans album. Les mauvaises langues diront que la tête d'affiche craint la concurrence. Les autres se réjouiront de voir un groupe prometteur tourner en Europe aussi tôt dans sa carrière. Le groupe n'existe que depuis 2017, mais s'est déjà fait une réputation de fauteur de trouble avec son EP au titre évocateur Made an America puis la sortie du single « Trigger » en réaction à la résurgence du débat sur les armes à feu aux États-Unis l'été dernier. Mais trêve de bavardages, a fever is coming! La salle est plongée dans le noir, l'éclairage est très léger sur scène. Dans la fumée, on distingue une silhouette en salopette noire, une cagoule sur la tête, les mains dans le dos, à la manière d'un condamné à mort attendant la corde. L'intro de « Burn It », le nouveau single sorti quelques jours plus tôt, fait monter la tension. Jusqu'à l'explosion. À partir de là, on ne peut plus rien faire pour les arrêter. Si le batteur n'était pas limité par son instrument, il y a fort à parier qu'il serait lui aussi en train de courir et sauter d'un bout à l'autre de la scène comme une bête sauvage qu'on essaierait d'attraper pour tuer. Jason, le chanteur, est déjà dans la fosse pour le second titre, « We're Coming In », l'un des plus rageurs de l'EP. Il grimpe dans les gradins et échappe aux spots pour le morceau suivant tandis que, sur scène, on fait ce qu'on peut pour suivre avec le câble du micro et que le guitariste assure sans forcer le show à lui seul. Le groupe dépense une telle énergie sur scène que le contraste avec le peu de mouvement dans le public est d'autant plus fort. The Fever 333
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a le potentiel pour retourner littéralement une salle, mais ça ne sera pas pour ce soir. Pas avec le public de Bring Me The Horizon
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en 2018. La set se clôture sur « Hunting Season » avec les éructations du chanteur : « You can't keep us, no, you can't keep us under your thumb! » On n'oserait même pas essayer. Par contre, aucun risque à prendre pour se ruer sur l'album Strength in Numb333rs prévu pour janvier 2019.



Pendant que les roadies font place nette sur scène au son notamment de The Bloody Beetroots et Die Antwoord
Die Antwoord


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— un choix pas anodin, la salle continue de se remplir de gens qui n’auront pas eu la chance de découvrir Yonaka
Yonaka


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et assister au show de The Fever 333
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. De notre côté, on ne va pas se mentir, on se prépare déjà à être déçu par la prestation de Bring Me The Horizon
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. Pas très pro, on est d’accord… Aussi, on s’efforce de faire abstractions de nos a priori lorsque les musiciens s’installent sur scène pour l’intro de « Mantra » — évidemment, avant d’être rejoints par le chanteur Oli Sykes sous les cris du public hystérique. Les mots « Do you wanna start a cult with me? » prennent tout leur sens. Tout se passe plutôt bien, jusqu’au cri au milieu du morceau… qui fait tellement peu de bruit qu’on pourrait presque croire à une panne de micro. On est vache, mais c’est pas si loin de la vérité.

Quelques mots sur la scénographie pour éviter d'en rajouter trop vite. Alors qu’on est habitués à voir beaucoup de matériel sur scène en concert, elle est en l’occurence tout à fait déserte. Les musiciens ont chacun leur place, mais rien ne l’indique à part les instruments pour la batterie et le clavier, bien entendu, et les pédales pour les cordes. Surprenant, mais indéniablement esthétique. Un choix qui laisse par ailleurs plus de place aux lumières avec là de très bonnes idées. La scène consiste en fait en un plateau éclairé par en-dessous et surplombé par un carré de la même taille qui se déplace de haut en bas et s’incline pour créer différentes ambiances. Pas évident à décrire, mais le résultat est intéressant.

Le groupe enchaîne sur « The House of Wolves », un morceau de 2013 plus lourd qui demande d’assurer au niveau du chant. Et c’est là qu’on découvre le pot aux roses : si Oli peut faire confiance au public sur les refrains, c’est surtout grâce à Jordan Fish, qui rejoint le groupe au clavier en 2013 et assure les backing vocals, que ça tient un minimum debout. Les haters de YouTube ont d’ailleurs eu tôt fait de renommer le groupe en Bring Me The Fish. On aurait voulu avoir l’idée. Il faudra attendre le quatrième morceau, « Go to Hell, for Heaven’s Sake », pour enfin entendre Oli en chanter un seul de bout en bout. Exploit qu’il paie cash sur le titre suivant, « It Never Ends », plus parlé que chanté. On a un tas d’autres exemples à citer pour illustrer que la voix d’Oli Sykes n’est plus à la hauteur ni des anciens morceaux (mais là, ça se comprend), ni même des versions studios des morceaux plus récents. Et pourtant, malgré ça et malgré la discrétion des musiciens qu’on distingue à peine sur scène, force est de reconnaitre que, si on considère qu’un concert est une réussite quand le public prend son pied, alors c’est bien le cas.

Alors après la courte interruption de milieu de set, on choisit de faire abstraction des défauts du chant et, en toute honnêteté, on passe un excellent moment. Le public se lance dans un timide wall of death sur « Happy Song » qui fait plaisir à voir, « Sleepwalking » est très bien exécuté et on retiendra « Can You Feel My Heart » comme le meilleur morceau du concert. Une partie de nous regrettera l'absence de titres de l'album Suicide Season, qui reste notre préféré, dans la setlist, mais une autre partie se satisfait d'avoir échappé à la déception que ça aurait forcément engendré. Bring Me The Horizon a commencé comme un groupe de deathcore et s’est progressivement orienté vers quelque chose de radicalement différent. Ça, personne ne peut le nier. L’essence de leurs concerts, aujourd’hui, ce n’est pas tant la musique metal que le sentiment de communion qu’il y a entre le public et le chanteur. Celui qui y va pour pogoter dans la fosse sera forcément déçu. Celui qui y va pour avoir le sentiment d’appartenir à une communauté qui entend quelque chose qui lui parle dans les paroles d’Oli Sykes passera un bien meilleur moment. Parce qu’il faut lui reconnaitre ça : il sait encore écrire des textes de qualité. Le groupe termine son set sur « Throne », peut-être le titre le plus dansant de sa discographie — jusqu’à présent, du moins, et en ce sens un choix aussi assumé que significatif. « So you can throw me to the wolves, tomorrow I will comme back leader of the whole pack. » Peu importe les critiques, Bring Me The Horizon
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continuera de grandir dans la direction qu’ils ont choisi de suivre.
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