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Chronique 24-01-2019 par Renaud 4 min de lecture

Fever 333 — Strength in Numb333rs

Après un début d’année en mode mineur, nous y sommes enfin, j’ai pu poser mes mains délicates sur Strength in Numb333rs (2019) de The Fever 333. Pour les distraits, nous rappellerons que la formation se compose de Jason Aalon Butler –Letlive, Stephen Harrison -The Chariot- et Aric Improta –Night Verses.

Ils ont rapidement gagné en notoriété avec plusieurs faits saillants à leur tableau de chasse. Entre une nomination pour la meilleure prestation rock (!) au Grammy Award pour Made in Amercia –issu de l’EP éponyme (2018), le pamphlet à l’encontre des armes à feu Trigger ou des prestations démentielles bien que peu adaptées au public présent en support de la tournée européenne de Bring Me the Horizon, l’année 2018 a été couronnée de succès pour le trio californien. Ces débuts prometteurs amènent à se demander si le début de brasier initié par The Fever 333 est en mesure de se transformer en feu de joie avec un premier album qui fera date dans l’histoire du rapcore ?

La première écoute me réserve une désagréable surprise, je ne retrouve pas ce que j’espérais, à savoir un ou plusieurs titre(s) à l’énergie brutale rencontrée précédemment avec We’re Coming In ou Trigger ; c’est regrettable car mis à part Ho99o9, je ne vois pas qui pourrait les égaler sur ce terrain pour le moment. La déception passée, force est de constater que malgré ce léger manque de brutalité que j’affectionne tant, les californiens nous ont réservé un condensé d’énergie qu’ils imposent avec autorité. Certes, il y a peut-être (?) une légère baisse d’énergie sur la fin, mais le rythme reste soutenu de bout en bout avec une constance à toute épreuve.



La signature musicale du groupe oscille entre rock, metal, hip hop, post-hardcore ou encore punk. Le tout forme un ensemble détonnant qui impose le respect en raison de son homogénéité. Par ailleurs, les lignes de basse très funk comparables à celles de Rage Against the Machine apportent une touche d’éclectisme supplémentaire.

Les paroles propagent un message politique classique, sans pour autant verser dans l’excès de bons sentiments. L’ouverture de l’album débute par courte une piste qui annonce que « there’s motherfuckin’ fever coming ! », dans la même veine que Civil War sur Bloodlust (2017) de Body Count. Le message s’articule autour des 3 « C » : communauté, charité et changement. Les membres de The Fever 333 partent en croisade pour informer et mobiliser les auditeurs des différentes formes d’oppression qu’ils exècrent et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça fait mal.

Nul doute que certains passages vont immédiatement percoler et vous pousser à la réflexion, je pense notamment à « Not to shoot a man while he on the floor. That’s why these youngins they run before talkin’ to police » (The Innocent) ou « You’re not the only one that feels like the only one » (Prey for Me/3). Inglewood/3, consacré à l’oppression raciale, atteint des sommets en termes de paroles tranchantes. Cette rage au ventre permanente transpire dans l’écriture de l’album et pourrait contribuer à sa renommée future.



Tout n’est pourtant pas idyllique. Ainsi, le frontman tombe à certains moments dans la facilité en usant un peu trop à notre goût de son timbre de voix proche de celui de Chester Bennington ; les refrains ont tendance à se rapprocher dangereusement de ce que proposait Linkin Park dans le milieu des années 2000. Ce n’est pas désagréable, mais ça participe à l’atténuation de l’aspect brutal que nous regrettons. D’un autre côté, cette ouverture mainstream, tout en gardant leurs racines rapcore à l’énergie hors norme, pourrait s’avérer être un choix payant pour l’avenir -commercial- du groupe.

Tout comme Bloodlust (2017) de Body Count, Strength in Numb333rs se concentre sur l’oppression raciale et les inégalités du système politique des USA ; nous lui souhaitons d’avoir un retentissement semblable. Il s’agit sans conteste d’un des meilleurs albums de ce début d’année, qui pourtant pèche en voulant à tout prix être mélodique sans s’assurer de ne pas perdre cette force brutale qui a participé à son succès naissant. Le tremblement de terre annoncé atteint la magnitude attendue au niveau de l’impact des paroles, mais perd de sa puissance dévastatrice au niveau instrumental. Quel dommage, nous n’étions pas loin d’assister à la naissance d’un classique.

Tags Fever 333 - Strength in Numb333rs - Rapcore - Linkin Park

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