La première formation à monter sur scène est The Dose : un duo nous arrivant tout droit de Los Angeles, composé de Ralph Alexander (sympa le t-shirt « Back Off, Warchild. Seriously » en référence à la réplique culte de Patrick Swayze dans ‘Point Break’) à la batterie et d’Indio Downey (chant, guitare) qui n’est autre que le fils de Robert ‘Iron Man’ Downey Jr. ! C’est devant un décor plus que minimaliste (aucun backdrop ni jeu de lumières) que débarquent les deux acolytes. Ces derniers prennent place aux extrémités de la scène afin d’envoyer un rock sauvage à la sauce grunge/garage, sorte de fusion entre Alice In Chains, Sex Pistols et Nirvana, aux quelques personnes présentes de bonne heure. Et on sent que les lascars ont été biberonnés au rock alternatif, eux qui sont pourtant nés durant sa période d’essoufflement… Une impression d’une part renforcée visuellement par Indio qui rappelle terriblement le défunt Cobain dans le look (sa Gibson SG des débuts dans les mains, son jean déchiré recousu à l’arrache et ses cheveux mi-longs) mais également dans sa gestuelle (on en veut pour preuve la posture légèrement incurvée dans laquelle le grand Kurt pouvait se tenir sur scène … ou lors d’un énième mal de ventre en coulisse) et d’autre part vocalement tant son timbre pourtant loin d’être singulier nous évoque les plus grandes heures du Seattle du début des nineties. Est-ce à dire qu’il s’agit ici d’une pâle copie du mythique original ? Nous n’irions pas jusque-là. The Dose apporte sa petite touche personnelle au genre et oscille entre moments planants et poussées d'adrénaline décapantes. Une musique qui parvient à canaliser les fantômes du grunge, du punk, de l’indé et de l’alternatif dans une collection de titres pesants, poétiques et puissants. Certes, le concert ne sera peut-être pas aussi emballant et engageant qu’espéré pour un public venu en particulier pour pogoter sur des titres résolument punk rock mais le duo aura valu la peine d’être vu et entendu. The Dose est-il la réponse yankee au Royal Blood britannique ? Seuls le temps et l’abnégation pourront le dire…

Changement radical de style pour le pop punk de Boston Manor qui investit ensuite les lieux. Avec un nouvel album (« Welcome to The Neighbourhood ») sorti l’an passé chez Pure Noise Records, les natifs de Blackpool ont quelque peu modifié et fait évoluer leur musique avec une palette de sonorités beaucoup plus sombres que sur leur précédent opus donnant ainsi une tournure dramatique à leur propos. La voix unique d’Henry Cox n’y est bien évidemment pas étrangère, cela se remarquera d’ailleurs une nouvelle fois ce soir. Directement après avoir fait leur entrée en scène, le groupe démarre sur les chapeaux de roue avec Flowers In Your Dustbin. Cox harangue la foule et l’incite déjà à donner tout ce qu’elle a dans le ventre. Boston Manor va ainsi faire défiler nombreux morceaux reflétant désillusion et colère (England’s Dreaming) en les agrémentant de synthés aux sonorités sinistres et inquiétantes (Stick Up) qui contribuent à créer une ambiance et une atmosphère globalement moroses. On sent une certaine inspiration qu’a pu provoquer Failure ou autre Nine Inch Nails. Mais sur scène, le tout sonne terriblement frais. L’accent anglais savoureux de Cox y joue également un rôle important. Un des points d’orgue du show est très certainement ce Bad Machine durant lequel la combinaison de leurs voix brutes et inflexibles avec cette douce grâce en fait une harmonie sur laquelle la foule se raccroche pour entonner un refrain catchy. Avec Funeral Party, on assiste ensuite à une nouvelle démonstration de guitares dark et de chant enragé et désespéré. On revient à un son beaucoup plus pop malgré tout sur Laika provenant de leur premier album. Henry Cox rappelle que leur premier concert en dehors de leur patrie s’est déroulé en Belgique et qu’ils seront au merch après le concert afin de déguster quelques bières avec leurs fans avant de terminer en beauté avec le grandiose Halo et les jumps répétés de la foule un peu plus nombreuse que tout à l’heure. À partir de sa propre expérience, Boston Manor avait clairement bon nombre de choses à nous compter sur les épreuves et réalités auxquelles on doit faire face dans la vie, n’hésitant pas au passage à asséner de cinglantes attaques à l’égard de la classe moyenne, trop souvent dirigée par sa situation sociale. Personnellement, nous avons apprécié ce show honnête et totalement maîtrisé.

On prend les mêmes et on recommence ! Pour cette tournée 2019 en Europe, Good Charlotte a décidé de faire dans le déjà-vu puisqu’ils reprennent à l’identique leur opening act principal en la personne de Sleeping with Sirens, officiant depuis une dizaine d’années dans un post-hardcore à tendance emo. Les originaires d’Orlando débarquent sur scène et d’emblée leur énergie semble communicative et a son petit effet sur l’assemblée. Dès l’intro (Do It Now Remember It Later), le chanteur Kellin Quinn déploie son chant inimitable rappelant Vince Neil durant l’âge d’or de Motley Crüe. Le son reste compact pour la suite avec Here We Go et Empire To Ashes, nouveau et seul morceau de leur dernier album (« Gossip ») joué ce soir, malgré une voix qui commence à vaciller légèrement nonobstant le punch dont le gaillard fait preuve. La foule, elle, n’a l’air d’avoir cure des problèmes remarqués sur Better Off Dead et s’emploie à soutenir le groupe avec zèle même lorsqu’il ordonne qu’un wall of death se forme dans le public. Heureusement, les choses reviennent à la normale pour Go Go Go à la mélodie accrocheuse et aux battements de batterie constants ainsi que pour Congratulations aux riffs saignants. L’ambiance de la soirée atteint son apogée quand les premières notes de If I’m James Dean, You’re Audrey Hepburn, le tube qui lança le groupe au top de sa carrière, résonnent. Clôturant avec If You Can’t Hang et Kick Me, SWS aura proposé un show à leur image : parfois arrogant et nonchalant mais tout de même particulièrement percutant. On pourra regretter les petits pépins vocaux dont aura fait preuve leur leader, y compris sur certaines de ses parties chantées a capella. À la vue du public reconnaissant et scandant le nom du groupe, le show aura globalement été apprécié, on reste quelque peu sur notre faim en ce qui nous concerne.

21h pétantes ! C’est enfin le moment de retrouver Good Charlotte. La foule est impatiente d’en découdre et ainsi se rappeler les doux moments de l’adolescence : les chambres tapissées de posters, l’argent de poche dépensé en gel pour cheveux, la belle époque des clips MTV, les Vans usées, le skate et on en passe. Mais si le groupe est en partie présent pour remémorer certains souvenirs, il ne faut pas oublier qu’il est là pour défendre un nouvel album loin de faire l’unanimité auprès des critiques. On a ainsi pu lire pas mal de choses : titres plats, sons punk éclipsés au profit d’un soft rock, rythmiques fort similaires sur l’ensemble des morceaux, … Les jumeaux Madden auront donc l’opportunité de prouver la force de cette nouvelle galette en live. Nous voici donc face à cet immense backdrop représentant la pochette inquiétante et pour le moins surprenante de ce « Generation Rx » lorsque les lumières s’éteignent et que l’intro à la mélodie pesante est lancée. C’est le délire pour accueillir les cadors de Waldorf. Et avant d’avoir eu le temps de dire ‘ouf’, nous sommes projetés dans un monde violent, malsain et totalement inconnu. Avec Self Help, le groupe nous montre avec conviction une première facette de son potentiel : hurlements jouissifs de Joel Madden et guitares metal ténébreuses à foison, le tout entrecoupé par des envolées de fumée qui se disperse sous le plafond de l’Ancienne Belgique. Et quand The Anthem apparaît si tôt dans le show, le baril de poudre explose, les pogos fusent et l’ambiance atteint déjà un niveau très élevé. Joel Madden n’hésite d’ailleurs pas à faire chanter l’assemblée avant d’enchaîner avec un deuxième extrait de leur album culte « The Young and The Hopeless » (2002) puisqu’il s’agit de The Story of My Old Man. Après quoi, il décide de lire un panneau cartonné tenu par un fan dans le public : « Good People Listen To Good Charlotte » et de lancer : « Pour qui d’entre vous est-ce le premier show de Good Charlotte ? Vous nous écoutez depuis longtemps ? »

Avec Girls & Boys et Life Changes, le rythme est toujours aussi soutenu et l’on est content de voir arriver le nouveau et calme Actual Pain, une ballade douce et intense à la fois, dans un style pop punk complet avec un énorme son de basse. Sur la scène, alternent faisceaux de lumière, fumée et étincelles. L’enchaînement avec Shadowboxer voit une chape de plomb s’abattre sur l’assemblée tant l’atmosphère est étouffante. Les screams scandés par Joel sont percutants et malgré tout cohérents. On regrettera une certaine longueur dans les discours politiquement incorrects du style « Ce qu’il se passe en Amérique, c’est du grand n’importe quoi, gardez vos bonnes ondes et partagez-les au monde entier ! » après Predictable. Benji Madden prend alors la place de son chanteur de frère derrière le micro pour le calme Prayers avant que Joel ne prenne la parole pour introduire Hold On qui sera repris en chœur par le public : « Vous savez ce qui est incroyable ? C’est qu’on a commencé le groupe dans le salon de Paul (bassiste) et vous connaissez le chemin parcouru, j’ai eu l’opportunité de créer ce groupe et d’être ce que je suis devenu un peu grâce au public, merci pour tout ce soutien, je sais ce que c’est d’être au fond du trou… ». Il est temps de se remémorer le tout premier album avec le cool WaldorfWorldwide jamais joué en live dans nos contrées et Little Things ayant pour thème la popularité au lycée et les vexations qu'ont pu subir certains à cause de leur différence. C’est une vague de slams qui prend ensuite place au cœur de l’AB pour The Young and The Hopeless. Le groupe aura même un petit mot sympa pour les opening acts : « On voudrait remercier nos premières parties de nous accompagner en tournée ! Tout d’abord The Dose qui est sans aucun doute notre groupe préféré du moment, les British de Boston Manor et leur accent absolument charmant et enfin Sleeping with Sirens avec lesquels on est habitués à se fourrer de gaufres, de chocolats et de bière quand on passe par chez vous ! Merci les gars ! » avant d’apostropher avec humour deux personnes surprises à quitter leur place dans les gradins : « Hé mais, le show n’est pas terminé encore ! ». Les absents vont avoir tort car voici qu’arrive The River, joué à une vitesse vertigineuse et qui se ponctue par une démonstration épatante du batteur Dean Butterworth.

Le trio gagnant final est orchestré par Dance Floor Anthem, I Just Wanna Live et le classique Lifestyles of The Rich & Famous qui laissera la fosse époumonée et en sueur. On aura pu apprécier les nouveaux morceaux à leur juste valeur dans lesquels pas mal d’émotions sont mises à nu, où les guitares y sont lourdes, le chant possédé, mais dont le calme et la sérénité s’en ressentent grandement. Certes, ils sont loin d’avoir le statut de hits en puissance mais permettent de calmer le jeu quand cela s’avère nécessaire. Connu pour son passé punk-rock, Good Charlotte a prouvé qu´il n´était pas qu´un petit groupe pour nostalgiques mais qu’il était toujours capable de produire une musique mature et cérébrale. Culoté mais réussi ! Pour le reste, l’ambiance aura été au rendez-vous du début à la fin et même si nos goûts musicaux ont pu évoluer avec le temps, nous aurons pu savourer une nouvelle fois ces morceaux cultes et intemporels d’une génération passée…
Remerciements à Denise Pedicillo (Kinda Agency)
Photos live : Jürgen Bruynooghe
Good Charlotte

Sex Pistols