La vie d’Alice in Chainsn’est pas un long fleuve tranquille. Malgré les épreuves traversées, le groupe a su garder le cap sans jamais oublier ce qui formait son essence.
L'histoire du collectif est divisée en deux temps. Le premier avec le charismatique Layne Staley au chant et le second avec William DuVall qui assure la relève. Entre les deux, Jerry Cantrell joue le rôle de trait d’union, de gardien de leur héritage. Après Black Gives Way to Blue (2009) et The Devil Put Dinosaurs Here (2013), Rainier Fog (2018) est le troisième témoignage de cette seconde ère.
Rainier Fog est marqué pour un besoin d’Alice in Chains de se rapprocher de ses origines, en atteste la composition de l’album à Seattle et la nécessité d’exorciser une bonne fois pour toute la mort de bon nombre des personnes qui leur étaient proches. Ainsi, le titre éponyme Rainier fog est un hommage à la scène de Seattle qui a lancé la première vague des groupes grunge fin des années 1980. La composition décrit les joies et les tragédies de ces groupes. Le mont Rainier, au centre du titre, surplombe Seattle ; il a aperçu la communauté qui s’est créée entre ces groupes et la mort de plusieurs de leurs figures de proue -Layne Staley, Chris Cornell ou encore Kurt Cobain- qui a fini par séparer leurs chemins.
The One you Know présente également un lien avec la mort d’un être important pour Alice in Chains, il a été écrit à l’époque du décès de David Bowie. Il s’inspire des sentiments que le titre Fame de Bowie suscite chez Jerry Cantrell, bien que sa structure musicale ne soit pas semblable. L’ambiance lourde qui se dégage de The One you Know , tout comme de So Far Under, est prodigieuse, il est difficile d’y rester insensible. C’est d’autant plus remarquable qu’au vu de la large audience dont ils bénéficient, ils auraient pu tomber dans la facilité en abandonnant ce genre de titres qui ne sont pas des plus accessibles, notamment en raison des riffs distillés sur un rythme assez lent –mais ô combien jouissif.
Bien que William DuVall soit présenté comme étant le chanteur principal et que Jerry Cantrell n’est sensé qu’assurer les chœurs, nous sommes en présence d’un véritable duo dont les voix se mélangent pour aboutir à un résultat détonnant. DuVall apporte sa pierre à l’édifice tandis que Cantrell s'assure que le passé ne soit pas mis de côté.
Rainier Fog prouve, si besoin en est, que la deuxième ère d’Alice in Chains vaut le détour. L’album est peut-être le dernier héritage du big four de Seattle et du grunge tels que ces membres le concevaient au début des années 1990. Entre les riffs lourds, les racines grunge et le duo vocal DuVall/Cantrell, vous ne saurez plus où donner de la tête. On attendra avec plaisir quelques années supplémentaires avant la nouvelle production du groupe si elle est de qualité équivalente.
Alice in Chains - Rainier Fog - Grunge - Seattle
Alice in Chains