Si la devise de Dimmu Borgir est qu'il faut diviser pour mieux régner, alors force est de constater que les black metalleux savent y faire en la matière. Je vois déjà les croix renversées s'orienter vers moi... Dimmu Borgir, du black metal? Oui, du black metal symphonique avec tout ce qu'il y a de plus majestueux dans cet adjectif. Et pour cause puisque, cette fois, le groupe ne s'est pas contenté de "louer" les services d'un seul orchestre symphonique mais bien de deux...
Son évolution n'a pas été formatée au goût de tous et les aficionados du genre qui préfèrent la moiteur des murs de caves suintantes plutôt que les projecteurs lumineux d'une belle et grande scène répéteront, encore, que Dimmu Borgir est un des plus grands imposteurs de la scène black metal.
De trahison, il n'en est pourtant pas question ici. Car les bases sont toujours perceptibles même si les orchestrations ont pris le dessus sur la rage et la puissance des riffs bien distortionnés.
Mais la vie de Dimmu Borgir ne s'assimile nullement à la trajectoire d'un long fleuve tranquille. Le groupe norvégien a dû faire face à de nombreuses épreuves puisque d'éternels changements de line-up sont venus perturber son existence. Ainsi, outre le départ du claviériste Mustis, Dimmu Borgir s'est séparé, dans la douleur et la haine, de son bassiste-vocaliste Vortex, véritable âme démoniaque du groupe.
Après un précédent album pour le moins décevant (In Sorte Diaboli), on était donc en droit de craindre le pire d'autant que le groupe annonçait sa tournée en première partie de Korn.
Fort heureusement, nos préjugés auront rapidement été balayés par ce très bon Abrahadabra.
Certes, la production reste trop lisse mais ce que la musique de Dimmu Borgir a perdu en agressivité elle l'a gagné en intensité. Dès l'ouverture, "Xibir" nous plonge dans une atmosphère malsaine d'outre-tombe. Et cela même si cette ambiance s'allège avec le dispensable "Gateways" qui fait vraiment tâche sur ce disque tant ses guitares sont étouffées à l'excès...
Fort heureusement, les orchestrations ne souffrent pas trop du départ de Mustis. Elles sont toujours aussi poignantes et vibrantes sur l'excellent "Chess With The Abyss".
L'apothéose de l'album se situe au centre de celui-ci avec "Dimmu Borgir". Les guitares semblent retrouver leur droit de parole et les superbes solis de Galder ne laissent pas indifférent.
Que dire aussi de "Ritualist" sur lequel le passage des accords de guitare acoustique se mêlent avec bonheur aux riffs sanguinolants et incisifs et placent le guitariste Galder au panthéon des meilleurs gratteux du genre.
C'est aussi là que Snowy Shaw, qui est revenu au sein de Therion aussi vite qu'il est arrivé dans DB, pose ses premières vocalises. On dénombre ainsi une ribambelle d'invités de marque qui posent, chacun, plus ou moins leurs griffes.
Car si Dimmu Borgir ne se présente désormais plus que sous la forme d'un trio (Galdner-Silenoz-Shagrath), il ne faudrait pas, non plus, sous-estimer l'apport du batteur Tony Laureano dit Daray qui fait preuve d'une dextérité et d'une précision à toute épreuve. Il suffit d'écouter son jeu sur le pourtant très moyen "Renewal" pour se convaincre des grandes qualités du bougre.
Abrahadabra ne compte donc que deux petites faiblesses sur les dix titres qu'il rassemble car "Ending And Continuations" ponctue l'oeuvre de magistrale manière et la prestation de Shagrath au chant se passe de commentaires superflus tant il navigue avec brio dans de nombreux registres.
Dimmu Borgir n'a donc pas réalisé un album cultissime mais Abrahadabra n'en reste pas moins un très bon album. Et tant pis pour ceux qui n'ont jamais accepté l'évolution du groupe. Ils risquent encore de déverser inutilement leur fiel... Et à tort en plus...

Dimmu Borgir
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