Musicalement, VENTURA s'aventure encore et toujours dans ce monde où l'alternance entre fragilité et grosses guitares règne. Enclin à inscrire ses émotions fortement, la formation Suisse ne délaisse pas ses murs du son mais développe malgré tout ces moments délicats avec plus d'insistance accentuant pour un temps les mélodies.
Ce n'est donc pas un hasard si Ultima Necat résonne comme étant l'album le plus mélancolique de VENTURA. Sa noirceur obsessionnelle se meut en un ressenti déprimé mais touchant. Le groupe ne s'aventure pas dans une sphère pleurnicharde et s'attèle plus à retranscrire un état d'esprit.
Jouant sur les contrastes, Ultima Necat surprend par ses accents Pop en début d'album avant de se transcender sur un Intruder qui ouvre pleinement la vanne des distordions maçonnées. Avançant donc en deux temps, VENTURA s'est d'abord montré méticuleux avant de détailler la bête qui sommeille en lui. Alors que ce découpage aurait pu briser l'homogénéité de l'album, il vient au contraire renforcer la dichotomie qui a toujours habité la formation. Mieux que l'exposition alternée ou successive de ses deux facettes, VENTURA joue avec et vient perturber nos sens. Le début plus axé sur la délicatesse prépare les papilles auditives. Les parties soniques sont soit plus courtes, soit placées au second plan. Une fois l'angle passé, tout s'inverse. La force sonore prend le dessus sans toutefois délaissé les subtilités du travail qui apportent la différence.
A la pesée, déjà méritant le prix de la mélancolie, s'ajoute l'album le plus lourd de VENTURA. Même si la première partie trompe tout le monde et laisserait une écoute partielle penser d'eux qu'ils ont exploré leur Pop-Indie, Ultima Necat fait pencher la balance en seconde partie.
Une seconde partie qui ajoute également une corde stylistique à la formation. Bien plus évidente cette fois, cette influence 90's qu'est le Shoegaze à la MY BLOODY VALENTINE est prononcée sur Very Elephant Man et Exquisite And Subtle.
Massif et finement travaillé, Ultima Necat est tout autant finement travaillé et massif. Chaque écoute nouvelle remet en question la précédente et une nouvelle lecture de ses compositions s'ouvre à l'infini. Cet album de VENTURA se prédestine à une durée de vie très longue tellement il y a de possibilités de l'approcher. La faculté du groupe à s'appuyer sur le ressenti émotionnel plutôt que de le dépeindre augmente les combinaisons d'écoute possibles en fonction de notre humeur. Pièce maîtresse, Ultima Necat s'impose bien évidemment comme le meilleur album des Suisses de VENTURA qui nous rappellent indirectement la richesse musicale des années 90.

Ventura
My Bloody Valentine