Avec RORCAL, on sait d'emblée à quoi s'attendre : un disque monumental. Adeptes des formats massifs et monolithiques, les Suisses ne connaissent ni la demi-mesure ni la retenue.
À force de fusionner Post-Black Metal, Sludge et nappes Drone, RORCAL a façonné une identité sonore parmi les plus écrasantes et suffocantes du continent. Figure incontournable des franges les plus audacieuses et extrêmes de la scène européenne, le groupe repousse depuis longtemps les limites du supportable.
Cette intensité irrigue naturellement Mahre, un album entièrement consacré aux cauchemars. Autant dire que l'expérience s'annonce éprouvante avant même la première note. Quant à son artwork aussi sobre qu'inquiétant, il ne laisse guère présager d'éclaircie.
Les astres semblent d'ailleurs parfaitement alignés pour accompagner sa sortie physique. Disponible en numérique depuis la fin septembre, Mahre prend corps au moment précis où s'installent le froid, l'humidité et les journées qui raccourcissent. Une coïncidence qui n'a finalement rien d'anodin.
Après une introduction particulièrement anxiogène, les Suisses nous happent dans une succession de mouvements à la fois hypnotiques et oppressants. Très vite, l’auditrice.teur s'enfonce dans une masse sonore glaciale et pesante dont elle.il devient difficile de s'extirper. Et comme tapies dans l'obscurité, surgissent alors les premières déflagrations Black Metal, accompagnées de hurlements déchirants.
Cette radicalité se révèle immédiatement menaçante. L'atmosphère est lourde, mais le malaise et l'insécurité qu'elle génère prennent ici une dimension physique. Dès les premières minutes, RORCAL impose son décor et ne desserre jamais son étreinte. À l'image d'une présence démoniaque, le groupe refuse tout répit et affiche sans détour sa volonté de malmener l’auditrice.teur. Emporté dans un vortex malsain, son auditorat ne subit pas simplement l'album : il l'endure. Tant Mahre possède une matérialité et une puissance d'impact rares.
Chaque minute semble conçue pour écraser sous des tonnes de noirceur, jusqu'à laisser hagard au milieu des décombres. Peu de groupes parviennent aujourd'hui à rendre leur musique aussi physique, aussi palpable dans son pouvoir de contamination émotionnelle. Monument de Post-Black Metal, de Sludge et de Drone, Mahre ne cherche jamais à rassurer. Il s'impose, broie et hante durablement. Une œuvre extrême dans le fond comme dans la forme, qui confirme une fois encore que RORCAL évolue dans une catégorie à part, là où le cauchemar devient matière sonore.

Rorcal