Avec ce retour aux sonorités protodigitales et froides de la fin des années 70 et du début des années 80, j'en déduis que la théorie s'applique pareillement à la cumulation de cycles. Cette scène est justement en pleine effervescence depuis quelques mois. Au nord du pays, SKEMER, lancé en 2019 par Mathieu Vandekerckhove (AMENRA, SYNDROME) jouit déjà d'une certaine visibilité grâce à la notoriété de ses deux protagonistes. Au sud du pays, THE DEADS fait office de nouveaux venus alors que le duo (originaire de DEEPSHOW) commet déjà des méfaits au sein de TURN OFF THE LIGHT.
Et il y a fort à parier que la situation actuelle va générer pléthore de nouveaux projets (provisoires ?) orientés vers cette dimension minimaliste, digitalisée et aux ambiances sombres ou glaciales. La crise du Coronavirus mais surtout les mesures prises pour lutter contre la propagation du virus, à savoir le confinement et l'éloignement physique ainsi que les ambiances de désolation urbaine sont propices à ce renouveau. Au niveau de la logistique, c'est plus facile de gérer un projet solo ou à deux lorsque la distance s'impose. D'autant que les moyens technologiques sonores ou d'enregistrement d'un côté, de communication de l'autre font aujourd’hui des merveilles.
Ce premier album de FAUST PROJECT est un exemple ce ce qui est possible aujourd'hui. Il a été enregistré et mixé dans le studio personnel de l'intéressé. Seul le mastering s'est fait à l'extérieur, à Bruxelles, chez Blackout Studio. Une tâche qu'il est possible de commander sans sortir de son canapé grâce à internet.
Toutefois, FAUST PROJECT n'est pas le produit de la situation liée au COVID-19. Son album se préparait bien avant les débuts de la crise. Et il était déjà l'auteur d'un premier EP sorti en 2018 avant de sortir son premier album.
FAUST PROJECT est en réalité le projet solo d'un rescapé de la scène Punk-Hard-Core du sud de la Belgique. Il a trainé ses instruments dans des groupes tels que NCID, NERVOUS CHILLIN ou POISON HEART avant de se nourrir à la source du Rock'n'Roll avec HELL-O-TIKI. Formation de laquelle son nom de scène émergera, Faust Federel. Il a également eu un projet plus Rock, MOTUEKA où ses envies de triturer les machines ont pu s'exprimer doucement.
FAUST PROJECT était d'ailleurs encore sur scène peu de temps avant que la situation ne dégénère. Il ouvrait pour la première apparition de FRONT 242 à Namur. Une évènement majeure qui, sans le savoir à l'époque, pourrait être le dernier de 2020.
Si la création artistique n'est pas liée à la situation sanitaire, la crise a toutefois précipité la sortie de l'album. Analog Wasteland Records avait programmé la sortie physique du disque en septembre 2020. Mais avec les stratégies de report de différentes sorties et l'accumulation de sorties qui s'annoncent, FAUST PROJECT a souhaité communiquer son travail au plus vite, en période de confinement, par voie digitale. D'autant que le disque était prêt.
The Future Comes On Sleeping Pills est le nom du premier album de FAUST PROJECT. Fruit du hasard, mais ce titre trouve évidemment un écho particulier en ses temps troublés.
On peut découper ce premier album en deux parties égales. Ce qui est pratique lorsqu'une sortie vinyle est prévue.
La première partie allant de Oktober à Eleven Ways inclus, est plus minimaliste dans son approche. FAUST PROJECT explore sa partie Noise et Dark. Même si l'auteur puise dans la réserve de matériel qu'il a accumulée dans ses différents projets et ressort sur Payback des sonorités à connotations plus festives et empruntées à HELL-O-TIKI.
Sur la face A, FAUST PROJECT met finalement en avant ses ambiances et peaufine le travail initié sur son premier jet, Somewhere Between The Shadows There Is A Place Called Us. Cette moitié reprend d'ailleurs Tornado qui figurait sur le premier EP.
La face B est plus innovante et permet de découvrir les nouveaux horizons de FAUST PROJECT. Cette partie est aussi plus audacieuse. Elle débute d'ailleurs par un exercice périlleux avec Injecté. FAUST PROJECT y chante en français. Peu accoutumé de l'exercice, il n'hésite pas à s'exposer au risque. Celui, avec un texte dépouillé et une musique inspirée par les années Dark Wave, New Wave, d'être comparé aux peu recommandables INDOCHINE.
Musicalement, cette partie allant de Injecté à Ghost Rider, la reprise de SUICIDE, est plus dynamique. FAUST PROJECT joue la carte d'une musique tendue, sombre mais plus volumineuse. Le choix des sons digitaux sont plus physiques et modernes (The Hideout). Tout en préservant son identité, il propose une deuxième facette plus contemporaine de cette appropriation musicale.
L'album se clôture avec le mythique titre de Alan Vega et Martin Rev, Ghost Rider. Cette reprise de SUICIDE, FAUST PROJECT la propose depuis ses débuts scéniques. C'est effectivement la composition emblématique pour décrire simplement le projet actuel de Faust Federel.
A l'instar de cette deuxième face de The Future Comes On Sleeping Pills, cette interprétation de Ghost Rider est juste magistrale. FAUST PROJECT s'est nettement rapproprié la composition. Il ne l'a pas dénaturée. Il lui a simplement donné du corps en apportant de la dimension et en l'enrichissant de sonorités contemporaines ou d'effets modernes. La tension du titre est préservée ainsi que son ambiance entêtante et oppressante.
Pour son premier album, FAUST PROJECT a su hisser la barre haute. Certes, le choix de distinguer deux sections renforcera peut-être les avis tranchés qui préféreront en fonction la face A ou la face B. Mais on ne peut dire que l'une est qualitativement moindre que l'autre. Il s'agira d'une question de goût. Ou d'humeur car il est tout à fait possible d'apprécier au même titre les deux visions sonores en fonction du moment. En transcendant son interprétation de Ghost Rider, FAUST PROJECT finit par propulser son album dans les étoiles.
Skemer








