Kannon n'est pas un album qui s'éloigne de la pièce pharaonique de SUNN O))), Monoliths & Dimensions, pour rien. En gestation depuis longtemps, ce nouvel album fait également suite aux deux collaborations, l'une avec ULVER et l'autre avec SCOTT WALKER, sorties entre-temps.
Certaines démos qui ont servi à l'écriture de cet album remonteraient à 2006 et d'autres parties avaient déjà été incluses dans des prestations live du groupe. Kannon marque un retour à une certaine simplicité. Alors que SUNN O))) relevait le défi d'un album ambitieux pour lequel il fallait gérer la kyrielle d'invités et une production complexe, le besoin de revenir à l'essentiel taraudait déjà les deux protagonistes du temps des préparatifs de Monoliths & Dimensions.
Décliné en trois parties, Kannon tourne principalement autour de l'interaction entre Stephen O'Malley et Greg Anderson à laquelle viennent toutefois s'ajouter les vocaux de Attila. C'est d'ailleurs autour de ce noyau dur que la formation devrait tourner pour promouvoir l'album. SUNN O))) revient donc aux bases.
Bien que l'album, par soucis de distanciation peut-être, ne soit pas aussi écrasant qu'attendu, la lourdeur des accords parcimonieux se joue en mode métal et rampant. Là aussi, probablement par opposition au sixième album de SUNN O))), Kannon est relativement court et accessible. Voire trop accessible et trop court.
Cette accessibilité serait d'ailleurs spirituellement désirée puisque Stephen O'Malley confie que Kannon 1, 2 et 3 fonctionnent comme des Mantras. Bien que les titres soient interdépendants, une fois atteint Kannon 2, SUNN O))) semble cependant avoir donné la messe avec cette plage.
Entre Kannon 2 et 3, on note une cassure provoquée par un essoufflement de l'attention, lui-même conséquent à une forme de lassitude léthargique engendrée par la succession de Kannon 1 et 2. Pourtant c'est Kannon 3 qui s'impose comme étant la composition marquante de l'album. C'est effectivement avec cette version que l'on mesure au mieux les particularités et les objectifs du disque.
Côté longueur, si SUNN O))) est habitué à des formats plus importants, on ne peut que pointer l'interdépendance qui existe aussi entre la fin de Kannon 3 et le début de Kannon 1, formant ainsi une boucle. Si l'exercice est intéressant, il renforce aussi malheureusement cette impression de répétition cyclique qui anesthésie l'attention.
Les défauts de Kannon seront pourtant les qualités de SUNN O))). L'album déjà correct, d'une formation clairement au-dessus de la mêlée musicale, démontre surtout que le projet bicéphale ne pratique pas la surenchère. En revenant aux sources, tout en apportant son évolution,SUNN O))) n'est pas en quête d'un toujours plus haut mais d'une sincérité qui lie la réflexion à une démarche musicale quasi spirituelle.

Sunn O)))
Ulver