Si l’urgence chaotique de Abuse to Suffer est d’une quelconque indication, c’est bien celle que nos vétérans ne sont victimes d’aucun phénomène de lassitude. Rotten Sound pilonne sans relâche, 28 minutes durant, armé de riffs coupés au vinaigre, de tempos déjantés et de blasts frénétiques. Un Grind crusty synonyme d’agression concentrée et de férocité toute pitbullienne, qui ne s’éloigne toutefois pas de la formule maintes fois éprouvée par le groupe, si ce n’est dans ce son plus crade, plus âpre que d’habitude. Autant dire les choses clairement : s’il est bon de retrouver un Rotten Sound aussi furieux, cette production, bien loin de celle du dernier Gadget par exemple, ne facilite pas les retrouvailles. Marque de fabrique ou véritable point faible de cet album, il y a quand-même de quoi s’interroger.
Quoi qu’il en soit, Abuse to Suffer parvient à insuffler une certaine dynamique dans cette adrénaline sonore, en la ponctuant de quelques pics encore plus agressifs, et de cadences engageantes, mais toujours menaçantes. Des éléments qui pointent assez régulièrement et permettent à plusieurs morceaux de sortir de la masse (sonore) : Machine, Time for the Fix, Slave to the Rats, Brainwashed proposent leur lot de groove, de riffs entrainants et d’arrangements dynamiques. Un processus créatif qui culmine sur Extortion and Blackmail, final façon collision Grind/Noise/Sludge.
S’il n’atteint pas le niveau de Exit (2005), Abuse to Suffer prouve donc que l’on peut toujours faire confiance à Rotten Sound. Mais si l’ensemble de l’album montre que le groupe maintient son standard, les meilleurs moments restent ces chansons plus créatives, cassant la dynamique furieuse emmenée par cette production cradingue et cette compression un peu brutale, pas évidente à dompter.

Grindcore Finlande Nasum

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