Mais justement, Abyssic, revenons-y. A Winter's Tale est un monstre. Une créature pachydermique qui, dès ses premières minutes, vous emmène, que vous le vouliez ou non, pour un voyage hallucinant et halluciné. Pourquoi tant de lyrisme pour ce qui, au premier regard (titres d'une longueur exagérée, riffs simples et lents, atmosphères pesantes, voix d'outre-tombe) pourrait n'être qu'un album de funeral doom de plus ? Parce qu'Abyssic joint à sa musique – ou plutôt met au centre de sa musique – des orchestrations symphoniques, grandiloquentes et presque cinématographiques.
Dès Funeral Elegy, des cuivres oppressants se joignent rapidement à un riff massif, avant l'arrivée d'une note lancinante et de choeurs qui rendent l'entrée en scène de la voix de Memnoch particulièrement saisissante. Abyssic, dont le nom est particulièrement bien trouvé, nous donne tout au long de ce premier titre la sensation de traverser les abysses. Des notes de piano glaçantes, à mi-chemin, nous donnent des frissons, et les cordes reviennent, nous rappelant quelques unes des compositions les plus sombres d'Howard Zinn – celles composées pour la trilogie Batman de Christopher Nolan, notamment. Impossible, pour tout lecteur de Jules Verne, de ne pas songer à cette écoute à la traversée de la mer souterraine et à ses monstres sous-marins, dans Voyage au Centre de la Terre ...
Dès le deuxième titre, l'éponyme A Winter's Tale, l'ambiance change légèrement. Vingt-huit minutes d'un funeral doom moins chargé, sur lequel vient se greffer une boucle électronique tout aussi planante que glauque. La voix criarde du bassiste André Aaslie offre une dualité vocale intéressante, tandis qu'au niveau instrumental l'ombre de My Dying Bride plane. Les voix, d'ailleurs, sont nettement plus mises en avant que dans du funeral doom traditionnel – pas question ici de chant lointain, ce qui rapproche parfois le groupe du doom/death le plus sombre. Sur Sombre Dreams, le tout évoque les morceaux les plus funeral de Swallow the Sun, notamment ceux issus du récent Songs from the North ; ce titre, un peu plus direct que le reste de l'album, se permet même quelques accélérations réussies et un semblant de refrain (!).
Si l'utilisation des cordes s'essouffle quelque peu, faute à la longueur particulièrement exigeante de l'album, The Silent Shrine clôt l'album en instaurant une ambiance... de tombeau, l'utilisation discrète d'orgues – et pas du Hammond à la Deep Purple – aidant. Après les abysses, après un voyage glacé dans l'espace, vous voilà au beau milieu d'un livre de Bram Stoker, pour ce qui est probablement le titre le plus noir du lot...
A Winter's Tale est, évidemment, un album difficile. L'écouter d'une traite nécessite d'être amateur du genre, même si la présence d'éléments symphoniques et l'importance donnée au chant rend Abyssic plus accessible que la moyenne. Mais chaque morceau pris séparément est une expérience à couper le souffle, à tenter de préférence au casque et sans interférences extérieures. Un monstre est né, il pèse plusieurs tonnes et devrait marquer 2016 de sa grosse empreinte.
Abyssic

My Dying Bride
Swallow the Sun