Cette réputation est à double-tranchant. On ne compte plus les groupes taillés pour la scène qui se sont avérés décevant en studio, incapables de retranscrire la spontanéité de leur énergie dans une épreuve en studio. Avec leur EP Escalades sorti deux ans et demi plus tôt déjà sur Black Basset Records, nous avions déjà la confirmation que le groupe gérait bien le studio. Le résultat était une vraie réussite, mais le son roots et brut avait pu décourager ceux qui n'apprécient avoir les oreilles qui saignent que lors d'un concert suintant de sueur et de vapeur de bière.
Que les puristes se rassurent : Mont-Doré n'est pas passé complètement de l'autre côté de la force en troquant son identité sonore par de quelconques artifices de production. Si le début de l'album, qui s'ouvre sur le titre Before We Go, est d'apparence plutôt calme, il enchaîne rapidement en guise d'intro sur des cris scandés en choeur puis à des instruments de plus en plus présents. Mais c'est Don't Go Wasting Your Devotion qui va permettre à Mont-Doré d'être clair sur ses intentions et son évolution : plus mélodieux et plus vulnérable, Mont-Doré apparaît comme un animal blessé et révolté : ses émotions passent de la colère à la tristesse de manière tellement subite qu'on pourrait croire que le groupe ne le contrôle pas lui-même.
Pour varier les émotions, c'est la nature même de sa musique que Mont-Doré transforme au fil de ce Fractures : screamo ''à la française de la dernière décennie'' pour les passages les plus à vif, riffs et rythmiques presque black-metal sur ceux qui laissent le groupe laisse exploser sa douleur. Après tout, la frontière entre les deux n'est pas si épaisse, à en juger par la transition entre Mihai Edrisch et Celeste il y a près de dix ans. Bref, là n'est pas le sujet. Mont-Doré ose le jeu dangereux de la dissonance sur Of Course You Are avec des transitions vers des passages plus profonds et presque introspectifs avec un timing et un feeling parfaits. L'interlude The Longest Silence Ever Heard permet de prendre un pas de recul avant la nouvelle déferlante de rage sur Show Me Where It Hearts, au départ plus simple voire basique que le reste de l'album mais il montrera rapidement une facette presque acoustique de Mont-Doré, sur laquelle Paul vient une nouvelle poser ses cris, avec cette impression de distance qui gonfle encore l'intensité d'un live.
Mont-Doré a pris de la bouteille et s'il ne s'est pas calmé depuis la sortie de l'EP Escalades, sa violence et son intensité ont gagné en maturité. Escalades était un prolongement du groupe en live et permettait soit de connaître les morceaux avant de voir le groupe, soit de se remémorer un bon set une fois rentré à la maison. Au contraire, Fractures a ce qu'il faut pour marquer dès les premières écoutes et donner envie de voir le groupe sur scène même sans en avoir entendu parler auparavant. Mont-Doré est et restera un groupe de scène mais prouve ici son ambition avec un album qu'on attendait... mais pas avec un tel niveau.
brussels post-hardcore

Mont-Doré

Mihai Edrisch