Djevel est de ceux-là, et nous sort aujourd'hui Norske Ritualer. Si Djevel ne vous dit rien, peut-être êtes vous un peu plus familiers avec le CV de ses membres. Surtout d'un de ses membres : le chanteur, Erlend Hjelvik (même si le bassiste Mannevond a joué live pour Endstille). Hjelvik est en effet le hurleur en chef de Kvelertak – là, ça devrait vous parler. Le bonhomme sort donc des sentiers plutôt second degré de son groupe principal, fourre-tout aux confins du black, du punk et du rock'n roll, pour se plonger dans le bain chaud du black metal le plus traditionnel.
Vous aimez les titres de chansons tellement longs qu'ils frisent l'absurde ? Djevel est fait pour vous. Vi Slagter Den Foerste og Den Andre, Den Triedje Lar Vi Gaa Mot Nord ouvre Norske Ritualer et étale d'emblée et en quasi neuf minutes tout le savoir-faire du groupe en matière de riffs volcaniques et d'ambiances occultes – comme avec ce break acoustique accompagné de choeurs désincarnés, qui prend par surprise avant une reprise tout bonnement formidable, leçon de tremolo picking soutenue par la voix surpuissante de Hjelvik. Une claque. Djevel synthétise tout ce que la scène norvégienne (la classique, pas l'expérimentale) peut offrir de meilleur. Comme pour le souligner, Hoest, le fameux vocaliste de Taake, est de la partie sur Doedskraft og tri Nagler, autre titre à tiroirs tout aussi bien composé. L'utilisation de changements de rythme, entre accélérations percutantes et passages plus lourds, est pertinente et facilitée par un Dirge Rep (batterie) métronomique. Il faut dire que le gaillard a un CV long comme le bras : plusieurs années au sein d'Enslaved, passé par Gorgoroth en tant que batteur live, bref une référence dans le microcosme norvégien.
Si les longues pièces sont probablement les plus marquantes de Norske Ritualers, Djevel sait aussi envoyer la sauce. Med Christi Legeme og Blod Under Hoeire Fod tabasse sans discontinuer et Hjelvik, sans être méconnaissable, sonne nettement plus rugueux qu'avec Kvelertak. Certes, le tout est moins inventif et plus « classique » que chez ces derniers, mais c'est bien le but. Et surtout, c'est particulièrement bien fait. Un titre comme Med Tornespiger Var Van Haengt, au riff black'n roll et chant scandé(nave), a même un sacré cachet, tout comme cette capacité impressionnante à enchaîner les riffs entêtants (Le final de Maatte Vetter Rase Som Aldrig Foer – je vous avais prévenus pour les titres).
Certes, Djevel ne réinvente rien. Cet album n'est pas particulièrement génial, pas aussi innovant que les nombreux groupes de black expérimental qui redéfinissent le genre en ce moment. Et pourtant, Norske Ritualer est indispensable pour cette même raison : nous rappeler que le black, c'est aussi, voire surtout ça. Et c'est bon.
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