À ses débuts, la formation suisse réunissait Jonathan Nido, Louis Jucker et Luc Hess, trois figures issues de la scène Punk-Hardcore DIY de La Chaux-de-Fonds. Ce qui distinguait alors COILGUNS, c'était cette urgence permanente et cette impression d'explosion imminente qui traversaient autant ses prestations scéniques que ses enregistrements. Le groupe avançait avec une spontanéité fébrile, comme s'il composait au bord de la rupture.
Au fil des années, COILGUNS a progressivement enrichi son langage musical. Sans jamais perdre son ancrage dans la scène underground, le groupe a appris à construire des compositions plus sophistiquées, à travailler les contrastes et à affiner ses arrangements. Sur scène, en revanche, cette imprévisibilité fondatrice est restée intacte. Cette part de danger et de chaos maîtrisé continue de faire basculer les salles dans une forme de communion aussi intense qu'incertaine.
L'arrivée de musiciens comme Donatien Thiévent puis Kevin Galland a accompagné cette transformation. Toujours aussi abrasif et viscéralement attaché aux textures Noise, COILGUNS n'a jamais renoncé à son indépendance artistique. En demeurant intimement lié à Humus Records, le label fondé par Jonathan Nido, le groupe a préservé une liberté créative devenue rare. Surtout, il a appris à canaliser sa violence expressive pour explorer des structures plus ambitieuses et techniques, flirtant parfois avec certaines approches du Math-Rock sans jamais s'y enfermer.
D'artisans de déflagrations sonores, les Suisses sont ainsi devenus de véritables architectes du bruit. Everything We Love, We Destroy bénéficie d'ailleurs d'un soin particulier à tous les niveaux de sa production. Fidèles à leur volonté de maîtrise et d'autonomie, Jonathan Nido et Louis Jucker ont pris en charge l'enregistrement. Le disque a ensuite profité de l'expertise de Tom Dalgety (PIXIES, GHOST, ROYAL BLOOD), assisté de Ben Chisholm (CHELSEA WOLFE), Scott Evans (LA DISPUTE, NEUROSIS) et Robin Schmidt (THE HIVES, YUNGBLUD). Le résultat impressionne par son équilibre. Chaque instrument trouve naturellement sa place dans le spectre sonore et la voix bénéficie d'une clarté remarquable sans jamais perdre sa force et sa colère.
Mais la véritable nouveauté réside sans doute dans l'implication de Kevin Galland. Pour la première fois, le musicien participe pleinement à la composition et à l'écriture des dix titres de l'album. Une contribution qui semble avoir nourri le renouvellement du discours musical de COILGUNS sans en altérer l'identité.
Certes, cette production méticuleuse nous éloigne du caractère volcanique et presque incontrôlable des premiers enregistrements. Pourtant, la fièvre qui anime COILGUNS depuis ses débuts demeure intacte. Elle s'exprime simplement autrement, à travers des morceaux plus rigoureusement construits, mais toujours habités par la même tension nerveuse. C'est sans doute ce paradoxe qui explique pourquoi une partie du public, notamment celui qui a découvert le groupe à l'époque de Millennials, considère aujourd'hui Everything We Love, We Destroy comme son album le plus direct. Non pas parce qu'il est le plus spontané, mais parce qu'il est peut-être celui où COILGUNS maîtrise le mieux l'art de transformer sa rage en langage musical.
La véritable question n'est donc pas de savoir si Everything We Love, We Destroy est l'album le plus instinctif de COILGUNS. La question est plutôt : de quel COILGUNS parle-t-on ? Celui des débuts, dont chaque morceau semblait pouvoir s'écrouler sur lui-même à tout instant, ou celui d'aujourd'hui, capable de transformer cette même urgence en compositions redoutablement maîtrisées ? Entre les deux, il n'y a pas de rupture mais une continuité. Et c'est précisément ce qui fait de Everything We Love, We Destroy l'un des albums les plus fascinants de sa discographie.

Coilguns
Pixies
Ghost
Royal Blood



