C'est What Graceless Dawn, troisième album de Worm Ouroboros
Worm Ouroboros
que tu écoutais ce vendredi 23 décembre, avant que l'on ne te sonne pour t'annoncer la mort de ton père. Le corps et l'esprit lestés par le poids du chagrin et de la pitié, tu as dû entendre la fin de cet album, incapable que tu fus de te lever pour arrêter la lecture d'un disque que tu souhaitais certainement échanger contre celui du silence majestueux. Et alors, lorsque les lentes et lourdes notes de cette musique se sont tues, alors seulement le silence t'a convoqué, en colloque singulier, pour quelques jours ; pour quelques semaines... Tu as rendu hommage à ton père. Tu as maudit l'architecte du passé et du présent pour l'avoir tellement laissé souffrir. Tu as eu pitié de ses souffrances, tu as hurlé à l'injustice. Et lorsqu'enfin tu as compris que les larmes de la colère sont de cendre, le visage tuméfié par la lave encore chaude, alors seulement tu as échangé avec ton père, longuement. Dans un de ses silences, tu as entendu ton père citer Jaurès : « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l'avenir. »
Ton père, si discret pour rester droit, si taciturne pour rester humble, ton père n'a pas souffert en vain car l'amour survivra.
Aujourd'hui, apaisé, tu sais qu'il faut avancer, parce que pendant ce temps... le temps passe. Si l'amour transcende tout, même le temps, alors tu n'as plus honte d'avoir laissé l'album de Worm Ouroboros
Worm Ouroboros
aller à son terme, ce jour-là.
Retrouvant le souffle d'énergie nécessaire pour écrire cette maladroite chronique, tu commences à comprendre la chance que tu as d'avoir entendu, à ce moment là, cet album et non un autre.
Aujourd'hui, tu as plusieurs fois écouté What Graceless Dawn, tu as tremblé en entendant les plus beaux vers de William Blake murmurés avec la douceur des anges et tu t'es arrêté, longtemps, sur (Was It) The Cruelest Thing :
I hear you sing his name
A siren song, so filled with hope and pain
Tell me, was is the cruelest thing
To let you call and call and call and call
For one who will never come again
Tu sais maintenant que ce groupe et cet album sont soudés à ton âme, à jamais.
Et lorsqu'il te semblera y entendre la voix de ton père, tu pourras lui répondre, avec pudeur : « Moi aussi, Papa ».