Un Trop Plein De Rouge. Une introduction qui vous fait voyager de nuit dans les méandres d’un parc d’attractions abandonné, où les rires d’enfants se sont taris et ont fini d’habiter les lieux. Vous apercevez néanmoins une lumière au loin. Vous vous approchez et apercevez une silhouette chancelante, blazer rouge carmin déchiré, aux gros boutons dorés, bretelles de rigueur sur un corps rongé par le temps, soutenant un pantalon noir trop large, vestige d’un temps glorieux révolu. C’est Vaerohn, l’homme-clown déséquilibré multi-instrumentiste derrière ce projet musical pour le moins hors-norme.
Deux Bals Dans la Tête. Des trompettes enjouées sont accompagnées de blasts à la double pédale, avant que la chansonnette ne vire aux sonorités d’un film d’horreur et que la voix, qu’on pourrait deviner celle d’un Ça complètement aviné, vienne s’abattre sur le morceau. L’ambiance est donnée : Pensées Nocturnes a recueilli les pires cauchemars que pouvaient avoir les charmantes petites têtes blondes à propos du cirque et de ses clowns, les a lentement prémâchés pour au final les renvoyer à l’expéditeur, en les vomissant en dix morceaux (neuf si on retire l’intro) à l’architecture aussi éclatée qu’apocalyptique. Typique de ces rêves incohérents après avoir abusé de la gnôle.
Poil de Lune. Certainement le titre le plus impressionnant de cet opus, il ne manquera pas de vous faire chantonner à votre tour. En chef d’orchestre secoué du bocal, Vaerohn convoque Charlie Chaplin d’entre les morts afin de reprendre en chœur cet extrait du film Les Temps Modernes, où Charlot se voit obligé face à un public d’inventer au fur et à mesure des paroles. C’est ici une reprise délicieusement sauvage qui s’offre à l’oreille, où une voix de baryton fait rapidement place à des growls les plus graves. Puis plus rien, le ronronnement d’une trompette prend possession des lieux, adjointe de quelques notes de piano. Une guitare finit par les accompagner, ça en devient presque suave. Avant que ne viennent finalement les rejoindre la double pédale et le retour au chant du clown dément, attirant la composition, tel un aimant, dans les sinuosités les plus sombres de l’univers de Bouglione. Rideau rouge, le teaser prend fin. Je ne vais quand même pas vous raconter tout le film.
Ecouter Pensées Nocturnes, ça nécessite d’avoir l’esprit musical assez large. Parce qu’il faut quand même l’avouer : cet album est un véritable bordel. Truffés de samples, des extraits de films aux bruits d’ondes en passant par les klaxons, les morceaux partent dans tous les sens. Tout le temps, sans relâche. Ne tentez pas d’y chercher un modèle de construction, vous en aurez les pieds sciés avant de vous en rendre compte. Et vous vous prendrez une tarte à la crème acidulée en plein visage pour le même prix. Pendant trois quarts d’heure, Grand Guignol Orchestra se profile sur une même tension, tel un tir à la corde vacillant tout du long entre imposture et éclats de génie. Mais après une bonne dizaine d’écoutes, j’ai fini par m’en faire une opinion. Achetez votre ticket, montez sur les gradins et faites-vous la vôtre !
cirque black metal pensées nocturnes ladlo

Igorrr