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Interview 30-11-2020 par Isabelle 8 min de lecture

Déhà

Un univers riche, intense, entre puissance et émotions (3/3)

Déhà vient de sortir une reprise tout en puissance de Gangsta's Paradise de Coolio. Nous avons profité de l’occasion pour faire connaissance avec ce musicien ultra passionné, boulimique de travail, multi instrumentiste aux 1.001 projets. En solo, en groupe ou de manière anonyme, il n’arrête jamais et propose la plupart de ses productions gratuitement sur le web.

L’homme est aussi producteur dans son studio, l'Opus Magnum Studios, à Bruxelles où il a produit notamment Wolvennest et La Muerte. Étant donné le nombre impressionnant de projets et de groupes dans lequel il est actif (*voir en bas d’article), nous avons décidé ensemble de nous concentrer sur le musicien. Déhà (nom de l’artiste et de son principal projet du moment) c’est de la passion, de la puissance, de l’émotion et un avis assez tranché par rapport à la scène alternative et à celles et ceux qui essayent de le limiter dans sa création.

Une interview en trois parties.
Une première partie publiée, hier, sur les débuts de son aventure amoureuse avec la musique et la gestion de son agenda qu’on imagine hyper chargé.
Une deuxième partie , publiée hier, sur ses sensibilités, ses inspirations, son travail au studio et sa place (ou non) dans la scène alternative belge.
Une troisième et dernière partie, aujourd’hui, sur le talent, le succès et la musique mise à disposition gratuitement.


Nous en étions au talent. Il n’est malheureusement pas suffisant pour être connu...
Ah mais le talent c'est qu'une minime partie du succès. Quand tu vois qu'en plus, maintenant, on regarde ce succès via le nombre de vues sur internet ou de streams sur Spotify, des clips qui vont choquer les gens où les faire réagir. Tout cela est entretenu avec du contenu non stop pour, finalement, ne plus être un musicien ou un artiste mais un performer et un divertisseur. C'est du chiqué. Putain, il y a des artistes géniaux qui font du contenu absolument incroyable sans vendre leur âmes (Alexandra Zerner) et puis tu vois des artistes qui deviennent des entertainers, avec du contenu médiocre mais qui font rire la personne moderne qui s'en bat les couilles de l'art, qui est juste là pour rire pendant une une minute ou mater. Ah, ça me fait râler.


Crédit photo: Emilie Foudelman

« Tu vois, c'est pour cela que l'on dit que c'était mieux avant. Parce qu'avant, le talent suffisait. Pink Floyd, Queen juste pour en nommer deux. Mais la musique moderne mainstream est en train de se révolutionner. »

Des artistes géniaux comme Lana Del Rey ou même Billie Eilish sont bien là pour le montrer. Le public en a marre d'être pris pour un con qui mangerait la même merde jusqu'à la fin des temps. Donc, la « pop indépendante » qui a un message intelligent et un fond réel, bah ça passe mieux qu'une autre chanson étudiée pour faire bouger des culs dans une boîte (genre Despacito). Je crois, vraiment, en cette révolution. Les gens veulent que les 90's reviennent, avec son ouverture d'esprit, sa musique variée, ses vrais hits de ouf. C'est d'ailleurs aussi pour cela que je fais cet album de reprises pour noël. Retrouver ce feeling, le façonner à ma façon et l'offrir aux gens pour qu'ils se rappellent, ou qu'ils découvrent et que ça leur fasse du bien !

Pour choper la carte du succès, ne faut-il pas aussi de bons contacts, un peu de chance, une communication adéquate, etc. ? Qu’en penses-tu ?
Là, tu me dis qu'il faut être businessman. Donc je dirais oui et non. Oui parce que oui, faut vendre. C'est obligatoire. Tu dois vendre, c'est malheureux, donc tu deviens une prostituée à la promotion. Ou tu paies des gens qui vont faire chier d'autres gens pour qu'ils achètent ta musique en feignant des likes, commentaires, streams. Oui oui, le monde moderne est tellement génial ! Et non parce que le talent devrait suffire. Enfin c'est ce que je pense, comme un con.

« Je ne fais pas de musique pour en vivre. Faut être con pour, en 2020, réussir dans la musique, surtout dans le metal extrême et underground. »

Ce que j’aime c'est découvrir un ou une artiste sur bandcamp, me dire que c'est bien vraiment et en parler à des gens, jusqu'à ce que cette personne se retrouve avec des commandes incroyables et qu'un label débarque pour dire « oui, je veux ! ». Exemple typique : Zeal & Ardor. Je les ai connu quand c'était juste Manuel, seul, et le fait que cela ait explosé m'a rendu tellement heureux pour le mec ! Tournées partout, reconnaissance mondiale, originalité, voilà, voilà!

Si j’ai bien compris, tout ce que tu produits est téléchargeable gratuitement sur Bandcamp. J’imagine que la raison première est de rendre la musique accessible à toutes et tous (et c’est super) mais comment s’y retrouvent les musiciennes et musiciens ?
Mon bandcamp (Musical Excrements), nom de merde, contient donc mes projets solo, certains de mes groupes, quelques groupes qui ne sont pas de moi mais d'amis proches que je veux aider via ce tremplin. Je mets tout gratuit et en donation, si les gens veulent.

« Je souhaite que ma musique reste accessible et gratuite au maximum, oui. A l'ère actuelle, c'est presque logique. Ça permet simplement de ne pas mettre un couteau sous la gorge des gens pour qu'ils achètent du digital. Ils font ce qu'ils veulent, et j'aime donner ce choix. »

Les musiciens et musiciennes avec qui je travaille sont, souvent, des amis proches avec qui je pourrais avoir un deal concernant les ventes digitales. Certains s'en foutent, d'autres moins, et c'est plutôt des accords amicaux qu'autre chose. Après, je bosse souvent seul donc bon, j'ai rarement ce problème.



J’ai lu sur le web que tu avais dit avoir « 99 projects, but a bitch ain't one » (« 99 projets, mais pas une salope »). Pour les projets, ça a toujours l’air d’être le cas. Pour le reste, ça ne me regarde pas :-) Sur quoi tu bosses, pour le moment ?
Ah, la traduction n'a pas l'impact de la version originale. Si tu as trouvé la référence à Jay-Z, je t'aime fortement, cher lecteur !
Je bosse sur, donc, le fameux album de reprises de Noël, qui s'appelle « Pandechristmas ». J'espère le sortir vers le 20 décembre. Digital et gratuit uniquement.
Début décembre, je sors, en digital, le prochain Déhà en digital, « Contrasts II », qui est un album de post black metal ultra mélodique et, disons-le, qui tape pas mal.
Fin décembre, je sortirai « Obstruct », un album de rock/goth/post punk en digital.
Je travaille forcément sur les prochains albums de la série « A Fleur de Peau », à savoir les albums IV et V. Nous travaillerons avec Detrvire dès que possible pour enfin hurler sur scène. Et plein d'autres choses. Faire une liste serait ennuyeux je pense... ça serait de trop.

Veux-tu aborder d’autres sujets ? Ajouter quelque chose ?
J'aimerais parler de la série d'albums, « A Fleur de Peau », oui. C'est une série de cinq albums que j'ai commencé début 2020 qui parlent de dépression, d'émotions et de catharsis au sens large ou au sens personnel. Il s'agit d'un mélange de 'post', de doom, de black metal dépressif, très émotionnel. Il y a déjà eu trois albums :
I – There is no home : sorti début d'année, digital, plutôt doom en structure
II – Burdening Everyone : sorti pendant le premier confinement, digital, plutôt DSBM pur et dur, avec la présence géniale de mon ami Kim Carlsson d'Hypothermia
III – A Fire that doesn't Burn : sorti fin août par Naturmacht Productions (CD), plutôt post-black metal, avec des guests géniaux comme Natalie (Shape of Despair), Carlos (Collapse of Light), Tim (Austere), Hauke (Maladie) et Nils (Sirenia).
Les deux prochains sont toujours en travaux, j'espère les sortir pour 2021 (et pas qu'en digital), pour finir cette série et passer à autre chose.

The end.

*Actif dans : Aardling, Absit Omen, Acathexis, Alenda, Aurora Borealis, Auto Destruction Needed, COAG, Coma., Cult of Erinyes, Déhà, Detrvire, Dropdead Chaos, ExcuseExcuse, God Enslavement, Imber Luminis, Khel, Maladie, Merda Mundi, Nadddir, Noise of Death, Silver Knife, Slow, Sorta Magora, The Penitent, We All Die (Laughing), Wolvennest, Yhdarl.

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