S’en suivent Holy War (2015) et Dear Desolation (2017) qui reprennent les mêmes ingrédients et recettes que le prédécesseur en poussant encore plus loin le concept. Capitalisant grandement sur la réussite de son aîné, ils appuient encore davantage ses qualités, sans pour autant en proposer de nouvelles. Alors, Human Target (2019) est-il un dérivé amélioré de ce qu’ils ont proposé auparavant ou offre-t-il un changement de cap vers de nouveaux horizons ?
Les qualités principales sont toujours de mise. Le chant de Chris CJ''McMahon reste brutal à souhait et les parties instrumentales sont d’une rapidité d’exécution et d’une technicité qui suscitent l’intérêt. Nous sommes en présence d’une valeur sûre du deathcore et ça se ressent ; peu peuvent se targuer d’être en mesure de distiller des torrents de brutalité de manière continue comme le fait si bien Thy Art is Murder.
Pourtant, le sentiment de répétitivité vient contrebalancer la première impression positive qui s’est emparée de nous. Les riffs paraissent semblables à ceux produits dans le passé. De plus, les compositions de la nouvelle fournée sont fort proches l’une de l’autre, ce qui commence irrémédiablement à lasser lorsque les trente-huit minutes s’égrènent. Au point qu’il en devient préférable de picorer une ou deux pistes sans ordre particulier plutôt que de dévorer la galette d’une seule traite.
La variante qualitative des paroles laisse circonspect. Make America Hate Again s’essaye à critiquer l’hypocrisie d’une partie de la classe politique américaine qui fonde son succès sur la haine propagée à l’égard des adversaires. Certes, Donald Trump dispose d’un réservoir d’opposant hors norme, ce qui lui est probablement imputable. Pour autant, fallait-il à nouveau enfoncer le clou de l’opposition à sa manière d’être alors que tant d’autres l’ont déjà fait ? N’est-ce pas céder à la tentation d’être à la mode en s’attaquant à un ennemi public d’un grand nombre ? A vouloir marcher sur plates-bandes d’autres artistes contestataires comme Ministry avec AmeriKKKant (2018) ou Body Count et son pamphlet Bloodlust (2017), les australiens se brulent les ailes en stagnant dans une ligue inférieure.
Human Target n’est pas un désastre, mais il illustre à la perfection le marécage dans lequel Thy Art is Murder est englué, à savoir celui de la répétitivité d’une musique qui a participée à leur renommée. Le défi de proposer du deathcore brutal de bout en bout est relevé avec succès. Pour le reste, il serait temps pour les australiens de se poser afin de réfléchir à l’évolution qu’ils souhaitent emprunter, peut-être en attendant plus longtemps que deux ans avant de revenir à la charge avec un sixième effort.
Thy Art Is Murder - Human Target - Chronique - Deathcore

Thy Art Is Murder
Chelsea Grin

