Alors que le monde vit plus que jamais replié sur lui-même, calfeutré entre quatre murs face à un ennemi invisible, Déhà jette Contrasts II en pâture, à qui voudra l’entendre et s’en imprégner. Comme son nom l’indique, il s’agit ici d’un second volet. Le premier était sorti sous la bannière d’Imber Luminis, un projet solo du même artiste devenu depuis lors un groupe à part entière. Vu que les quatre morceaux de ce nouvel album sont sortis tout droit des mains et des cordes vocales de Déhà, il était donc logique qu’il voie le jour en son nom propre.
Ce qui vous attend ? Quatre longues salves plaintives – deux de 20 minutes, deux autres de 10 minutes – de black metal atmosphérique. Les parties vocales sont délicieusement dépressives, n’étant pas sans faire penser à Rainer Landfermann, chanteur sur l’album Dictius Te Necare de Bethlehem. De la mélancolie poussée dans ses retranchements, parsemée d’éclats incisifs propres à une forme de folie suscitée par un retranchement trop abyssal dans les méandres de l’être humain.
Si Hole joue davantage la carte de l’usure par la lenteur et le côté répétitif, Maddening pose un rythme beaucoup plus effréné et rentre-dedans. Telle une haine ressassée jusqu’à satiété dans le premier morceau, qui serait ensuite ici recrachée à la face de l’humanité avec délectation. Et pour ce faire, rien de tel que de s’adjoindre la voix malsaine, gutturale et torturée de Chris Gebauer (Exitium Sui, Humanitas Error Est, I Am All Wounds, Lebenssucht). Les progressions sont lancinantes et collent aux pieds, sans jamais pour autant se lasser ou même se perdre. Plus que des morceaux, d’intenses pérégrinations au cœur des tréfonds de la noirceur de l’âme, là où les sentiments et les ressentis ne peuvent plus être protégés par une quelconque carapace. Tout est à nu.
Après avoir été malmené.e, Bliss permet de retrouver son souffle. Un temps, du moins. Jusqu’à se prendre une pluie de blasts aussi acérés que des lames de rasoir. Un climax, là où toutes les tensions sont portées à leur paroxysme. La folie devient destructrice, l’implosion devient explosion. Une marche errante qui se termine par la réappropriation de This Dreadful Emptiness, des Australiens d’Austere. Les derniers pas vers un crépuscule perpétuel, sans aucune promesse d’un lendemain renaissant. A peu de choses près, la métaphore stéréotypée mais actuelle de notre quotidien, à toutes et tous.
Déhà
Bethlehem