Carnival of Love ouvre les hostilités et mixe d’emblée tous les ingrédients qui forment la recette Årabrot: riffs de guitare rugueux, basse rampante, rythmes enlevés et vocaux habités. Il y a bien cette ligne de clavier un rien cliché et ces chœurs pas très heureux, et on a peu l’impression d’écouter une redite en moins bien de Maldoror’s Love, le titre qui ouvrait le précédent opus de la formation, mais globalement on reste en terrain connu. Pour le moment seulement ! Car dès The Rule of Silence, on perçoit un petit côté clinquant qui gêne venant d’un groupe connu pour envoyer des salves noise rock âpres et sans concession. Une impression définitivement confirmée avec Feel it On, aux allures de single survitaminé, calibré pour les radios et les scènes des festivals.
De manière générale, on perçoit une attirance pour les lignes mélodiques qui accrochent instantanément le tympan et les refrains fédérateurs. C’est souvent plutôt bien fait (The Lie, The Crows, Kinks of the Heart), c’est parfois plus maladroit (Feel it On, toujours, et ses hou-hou-hou dispensables), quand ce n’est pas complètement raté (le sirupeux Hallucinational et ses envolées de cordes qui évoquent le pire de la variété américaine). Au détour de Hounds of Heaven, on voit aussi poindre la mine enfarinée d’un Marilyn Mansonen mode Dope Show, et, même si Årabrotne tombe pas complètement dans le piège de la parodie (ouf !), ce n’est clairement pas la direction qu’on espère voir les Norvégiens emprunter.
Norwegian Gothic n’en recèle pas moins quelques perles sombres (Hailstones for Rain, The Moon is Dead), qui tutoient fièrement le meilleur de la discographie du duo. Mais ce sont aussi des perles orphelines, car, sur la durée, Årabrottâtonne beaucoup et s’égare souvent entre ce son rêche qu’il n’abandonne pas complètement et cette coloration mainstream qu’il essaie de glisser ici et là. En résulte un album un peu bancal, qui laisse l’image d’un groupe tiraillé entre un passé (glorieux) qu’il ne parvient pas à refermer tout à fait et un futur aux contours encore bien incertains.
En dépit de plusieurs longueurs et d’un manque global de cohésion, Norwegian Gothic s’écoute facilement. On comprend qu’il s’agit très vraisemblablement d’un album charnière ; reste à savoir sur quoi il ouvrira.
En attendant, on retournera avec plaisir à Revenge, Solar Anus ou The Gospel qui, eux, ne laissaient aucun doute sur leurs intentions.

Årabrot
Marilyn Manson