Reportage

Kanonenfieber : Le grondement des canons contre la déraison de l'impérialisme

Anvers (Trix), le 18-03-2026

Vendredi 20 mars 2026



La Première Guerre mondiale a été un tournant majeur de notre Histoire contemporaine. Entre toutes les innovations technologiques, l’apparition d’une nouvelle approche tactique (la guerre de positions) et la transformation complète du monde, cette guerre aura surtout marqué les esprits par sa brutalité et les nombreux traumatismes qu’elle aura laissés à une génération entière. En observant cette période sombre sous ce prisme-là, on comprend facilement, grâce au large éventail d’émotions qui lui est associé, qu’il y a matière à la faire vivre en musique. Et quel genre musical est mieux placé, pour décrire les horreurs de la guerre, que notre cher Metal adoré. Depuis ses origines, le Metal s’est souvent inspiré des innombrables conflits qui jonchent notre Histoire pour alimenter son imaginaire et façonner ses univers. Il arrive que cette thématique soit romancée (Sabaton, Warkings, Marduk), mais la plupart du temps, le sujet est traité à travers une critique acerbe et militante (Sodom, Torture, Bolt Thrower). Pour revenir à la Première Guerre mondiale, elle n’échappe pas à la règle et se voit être reprise par plusieurs formations dont les plus connues sont 1914, FT-17 ou encore Minenwerfer (groupe pour lequel, je précise, les frontières entre les bords politiques et le côté edgelord semblent plus que douteuses). Néanmoins, s’il y a bien un groupe qui représente la Grande Guerre aux yeux des metalleux ces dernières années, c’est bien Kanonenfieber
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Projet solo du dénommé Noise (personnage énigmatique et tête pensante de Non Est Deus et Leiþa), Kanonenfieber
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s’est, en tout cas, très rapidement forgé une solide réputation dans les scènes Black et Death Metal. Créé en 2020 suite à la découverte des carnets de guerre de son grand-père, le projet s’est vite transformé en une retranscription la plus réaliste possible de la vie sur le champ de bataille et de tout ce que cela implique. Entre terreur, paranoïa et espoir vain, le groupe nous plonge, en seulement deux albums, en pleine immersion du côté allemand des tranchées. Car oui, c’est bien du côté de la Deutsches Heer que son grand-père a combattu. Loin de seulement se contenter de relater des faits, la formation se veut aussi critique envers cette guerre et l’utilisation qu’elle a fait de ses soldats (le premier album, Menschenmühle (2021), fait référence à tous ces hommes envoyés sur le front comme chair à canon). Grâce à des compositions prenantes, modernes et surtout mélodiques, Kanonenfieber
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a su fédérer un large public qui dépasse même le simple spectre des musiques extrêmes. Face à cet engouement vertical, c’est donc du côté d’un Trix sold out qu’il fallait se rendre, ce mercredi, pour l’étape belge de cette nouvelle tournée intitulée : « Soldatenschicksale Tour ». Bref, attachez vos casques, fixez vos baïonnettes et attendez le coup de sifflet qui, à défaut de ne pas nous emmener vers une mort certaine, annoncera le départ d’une bonne soirée.



Mais avant de partir pour le No Man’s Land de Verdun, voyageons plusieurs centaines de kilomètres à l’est pour atterrir dans la ville de Karlsruhe, d’où sont originaires les premiers à monter sur scène : Mental Cruelty
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. Formés en 2014, les Allemands se sont d’abord tournés vers un Slamming Deathcore poisseux et blasphématoire sur leurs deux premiers albums, avant de bifurquer, post-Covid, sur un Blackened Deathcore inspiré avec A Hill to Die Upon (2021). A ce moment-là, tout semblait aller pour le mieux, jusqu’à ce qu’en 2022, le groupe annonce se séparer de son chanteur originel, suite à des accusations d’abus sexuels. Un problème malheureusement inhérent à la scène et qui semble difficile à totalement éradiquer. L’arrivée au micro, un an plus tard, de Lukas Nicolai (ex-Sun Eater), leur a donné une toute nouvelle dynamique et c’est ainsi qu’a vu le jour leur quatrième et dernier album à ce jour, Zwielicht (2023). Bien plus influencé par le Black Metal que ses confrères Lorna Shore, Worm Shepherd et autres A Wake in Providence, Mental Cruelty
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se place comme la figure principale du style en Europe et arrive, ce soir, avec ce statut à défendre.

Face à une assemblée déjà bien compacte, les Allemands se placent sur scène discrètement, accompagnés par les chœurs et les battements épiques de « Midtvinter » qui sert d’introduction. Avec son châle noir sur la tête, Lukas a des airs de Nergal (le corpse paint en moins) et instaure dans la salle, une atmosphère presque cérémonielle qui donne le ton. Ça va être sombre, violent et teinté d’occultisme. Une fois le blast beat lancé, on reconnaît directement les premières notes de « Obsessis a Daemonio » qui ouvre logiquement les hostilités. Un très bon choix qui permet aux curieux de découvrir l’essence même de Mental Cruelty
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, c’est-à-dire des mélodies autant envoûtantes que mélancoliques, des breakdowns d’outre-tombe et des vocalises démoniaques que ne renieraient pas un certain Will Ramos. Après cette mise en bouche des plus efficaces, nous avons droit à leur nouveau single, « Helheim », qui parle du royaume des morts dans la mythologie nordique (et qu’ils essayent de vendre comme du Vikingcore, mouais…). Jusqu’à présent, le public est encore un peu timide et semble avoir besoin d’un petit coup de pouce pour démarrer. Et justement, c’est à ce moment précis que les lumières deviennent rouges et transforment la salle en un terrifiant Pandémonium pour « King ov Fire ». Tel un électrochoc, les passages Slam réveilleront les quelques coreux des premiers rangs et me permettront d’assister, enfin, au premier vrai mosh pit de la soirée.

Bien que le son soit très bon depuis le début, il faut bien reconnaître qu’un poil de guitare supplémentaire dans le mixage n’aurait pas fait de mal. Après un « Pest » où les circle pits se sont enchaînés, il est l’heure d’accueillir le sulfureux « Ultima Hypocrita » et son solo final juste merveilleux (n’hésitez pas à aller y jeter une oreille). Un grand moment qui sera suivi par « Forgotten Kings » et « Nordlys » dont les influences Dimmu Borgiriennes ne sont plus à prouver. Jusqu’ici, le concert est passé à toute allure et pour garder ce rythme, les dernières minutes vont être réservées à l’acoustique « Zwielicht » qui annonce dans la foulée, la mélancolique « Symphony of a Dying Star ». Durant ce morceau final, Nahuel Lozano (guitare) en aura profité pour, à son tour, prendre le micro et nous gratifier de quelques envolées puissantes. En seulement 45 minutes, Mental Cruelty
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aura pleinement réussi sa mission de première partie et repartira, même, avec quelques nouveaux fans supplémentaires. Pour ma part, c’est toujours un plaisir de les retrouver sur scène et j’ai déjà hâte de suivre leurs futurs projets.



La Première Guerre mondiale, comme la majorité des conflits armés, est souvent dépeinte dans la pop culture à travers le regard des vainqueurs (je pense au film 1917 ou au jeu vidéo Battlefield 1 par exemple). Une vision souvent embellie et compréhensible, car il est plus facile de se pavaner quand on est du « bon » côté de l’histoire. Cependant, depuis plusieurs années, la tendance semble s’inverser avec de plus en plus d’œuvres se voulant plus nuancées ou racontant l’horreur vécue également par l’autre camp (j’ai en tête le remake de À l’Ouest Rien de Nouveau). Bien évidemment, je vulgarise le propos qui est bien plus complexe que ça, mais l’idée d’aborder ces thématiques d’un point de vue différent et critique est clairement dans l’air du temps. Dans ce sens, Kanonenfieber
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s’inscrit dans cette logique et compte bien nous immerger au maximum dans cette période sombre du XXe siècle. Pour ce faire, le groupe va diviser sa performance en plusieurs parties cohérentes, qui vont être accompagnées par des décors et des costumes saisissants.

Sur les coups de 20h45, les lumières s’éteignent et on distingue, au travers de sons perçants, des bruits lointains d’explosions d’obus et des tirs de mitrailleuses. Puis, les musiciens apparaissent face à nous, entourés de barbelés et au milieu d’une fausse tranchée reconstituée. Rien qu’avec ça, j’en prends déjà plein les yeux ! Sachant que le projet se veut porté sur l’anonymat de ses membres, tous, arborent une cagoule noire recouvrant l’entièreté de leur visage. Un symbole fort qui renvoie aussi à la dépersonnification des soldats, considérés à ce moment-là, comme de la vulgaire chair à canon. En parlant de ça, le show s’ouvre par « Die Feuertaufe » provenant de leur premier album Menschenmühle (2021) et directement, je me prends de plein fouet leur Black / Death Metal mélodique, à grand coup de blast beat soutenu et de mélodies imparables. Avec son casque à pointe iconique, Noise dégage un charisme terrifiant et dirige, tel un véritable chef d’orchestre, tout ce qu’il se passe sur scène, en plus d’haranguer une foule qui lui mange dans la main. D’ailleurs, ce dernier enlèvera son casque pendant « Dicke Bertha » qui suit, afin de participer au headbang collectif. Cette chanson, excellente, sera marquée par des passages lourds, presque Death-Doom, rappelant la monstruosité d’une telle arme et mimant le vacarme assourdissant de ses détonations.



Tournée promotionnelle oblige, nous allons ensuite avoir droit à l’entièreté de la compilation Soldatenschicksale (2026) avec comme premier arrêt : les deux titres de Yankee Divison (2022), à savoir « The Yankee Division March » et « Die Fastnacht Der Hölle ». Entre des refrains exquis remplis d’espoir pour le premier et une marche martiale à coup de « Links » pour le second, je suis, jusqu’à présent, sur un petit nuage. Néanmoins, ce petit nuage douillet va vite se transformer en un blizzard neigeux et glacial pour « Der Füsilier I & II ». Grâce à une petite saynète où les musiciens se mettent en scène, on comprend que les hivers devaient être rudes et que les conditions de vie étaient loin d’être optimales. L’immersion, de cette deuxième partie de spectacle, est poussée à son paroxysme avec la chute de flocons de neige, qui accentue davantage la vision désolante et froide du champ de bataille.

Après une courte pause pendant laquelle les roadies (eux aussi masqués) se sont activés à changer le décor, nous nous retrouvons face à un U-Boot (donc un sous-marin) qui nous charge dessus et dont les ultrasons du sonar semblent se rapprocher. Ces éléments inquiétants annoncent le début du thème marin avec « Kampf und Sturm » et son break incisif d’ouverture, puis « Z-Vor! » que le public reprendra militairement en chœur, avant de s’empoigner férocement dans un wall of death. Très franchement, jusqu’à présent, je n’ai pas grand-chose à redire du concert qui déroule tel un char Mark IV sur les lignes ennemies. On poursuit notre avancée marine avec « Heizer Tenner » et « Die Havarie » qui, je trouve, sont légèrement en dessous du niveau des autres morceaux du soir. La faute à des arrangements classiques pour du Kanonenfieber
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et manquant cruellement d’originalité. Une fois ce petit moment de flottement passé, la salle plonge une nouvelle fois dans le noir et deux tabourets sont amenés au-devant de la scène avec une guitare acoustique. Cette configuration est là pour la ballade « Verscharrt und Ungerühmt » dont le texte, repris par une partie des fans, est d’une tristesse déprimante.

Maintenant que nous avons lâché quelques larmes, il est temps d’entrer dans la dernière partie du concert qui va se concentrer exclusivement sur le dernier album, Die Urkatastrophe (2024). Et pour ouvrir les hostilités, les Allemands lancent l’assaut sur « Menschenmühle » qui est, sans conteste, ma chanson préférée de leur discographie. Entre des riffs plus excellents les uns que les autres, une mélodie centrale magnifique et des « Deutschland , Deutschland» déclamés poing en l’air, je suis complétement conquis. Portant un casque à plume d’officier, Noise est toujours aussi juste dans son chant et ira jusqu’à mimer des tirs de mitrailleuses lors des riffs saccadés de la chanson suivante, « Goot mitt der Kavallerie ». Bien moins Black Metal que son prédécesseur, Die Urkatastrophe va même jusqu’à chiper des caractéristiques presque Deathcore, comme ce break bien lourd pendant « Panzerhenker », que le public aura accueilli belliqueusement. Cependant, c’est véritablement lors de « Der Maulwurf » que l’ambiance va atteindre son climax. Une fois de plus, les paroles sont scandées en chœur par une foule en délire et devant des musiciens titubants et apeurés par leur funeste destin. Après une dernière micro pause, je comprends qu’on approche doucement de la fin et à l’image de la plupart des soldats sur le front, beaucoup d’entre nous ne reviendront pas en un morceau. Cette vision terrible est d’autant plus frappante, en étant illustrée par un Noise aux allures de Dieu de la mort qui, avec son masque squelettique, s’apprête à exécuter « Ausblutungsschlacht ». Portée par des éléments symphoniques épiques, cette dernière chanson clôt parfaitement ce concert magistral qui aura été sublimé par une immersion totale.



En un peu plus d’1h30, Kanonenfieber
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nous aura fait voyager à travers différents champs de bataille, tout en nous confrontant à la dure réalité du front. Emmené par un Noise des grands soirs, je tiens également à féliciter l’entièreté des musiciens qui ont assuré un show d’une qualité incomparable. Avec une identité visuelle aussi forte, des compositions aussi efficaces et une mise en scène aussi immersive, je ne pense pas me tromper en prédisant que nous sommes en face de l’un des futurs gros noms du Metal extrême pour les années à venir. Derrière cette représentation prenante et terrible de l’un des événements les plus meurtriers du siècle dernier, se cache une critique acerbe de la guerre et de la folie des hommes. Une thématique qui, de nos jours, a encore énormément de sens, surtout quand on observe le contexte géopolitique actuel et le retour des idées néoimpérialistes de certains pays. Quoiqu’il en soit, c’est ici que se termine ce long live report et j’espère qu’il vous aura plu. On se retrouve prochainement pour de nouvelles aventures.

Remerciements à Biebob Concerts pour l’accréditation.
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AUTEUR : Maxime
Adepte de breakdowns et de pits bien énervés, Maxime aura grand plaisir à te faire découvrir les scènes Metalcore et Deathcore (et bien plus) sou...
Adepte de breakdowns et de pits bien énervés, Maxime aura grand plaisir à te faire découvrir les scènes Metalcore et Deathcore (et bien plus) sous toutes leurs formes. Musicologue de formation et mélomane aguerri, tu risques très certainement de le croiser au milieu d'un wall of death ou en train de taper ses meilleurs spin kicks. Si ce n'es...
Adepte de breakdowns et de pits bien énervés, Maxime aura grand plaisir à te faire découvrir les scènes Metalcore et Deathcore (et bien plus) sous toutes leurs formes. Musicologue de formation et mélomane aguerri, tu risques très certainement de le croiser au milieu d'un wall of death ou en train de taper ses meilleurs spin kicks. Si ce n'est pas le cas, tu pourras toujours le suivre à travers le récit de ses aventures musicales ou bien en l'observant ...
Adepte de breakdowns et de pits bien énervés, Maxime aura grand plaisir à te faire découvrir les scènes Metalcore et Deathcore (et bien plus) sous toutes leurs formes. Musicologue de formation et mélomane aguerri, tu risques très certainement de le croiser au milieu d'un wall of death ou en train de taper ses meilleurs spin kicks. Si ce n'est pas le cas, tu pourras toujours le suivre à travers le récit de ses aventures musicales ou bien en l'observant déclamer son amour pour les riffs chugs....
Adepte de breakdowns et de pits bien énervés, Maxime aura grand plaisir à te faire découvrir les scènes Metalcore et Deathcore (et bien plus) sous toutes leurs formes. Musicologue de formation et mélomane aguerri, tu risques très certainement de le croiser au milieu d'un wall of death ou en train de taper ses meilleurs spin kicks. Si ce n'est pas le cas, tu pourras toujours le suivre à travers le récit de ses aventures musicales ou bien en l'observant déclamer son amour pour les riffs chugs....

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