
Mais avant d’arriver au clou du spectacle, il va falloir survivre aux trois premières parties qui risquent, elles-aussi, de nous achever avant la fin de la soirée. Pour ouvrir les hostilités, faisons place aux rigolos de Big Ass Truck qui, comme leur nom l’indique, aiment beaucoup trop les gros camions. Alors que la salle commence doucement à se remplir, les Américains passent directement la cinquième et appuient à fond sur le champignon des breakdowns avec « Beef », qui sert d’introduction. Ne se prenant pas du tout au sérieux comme vous l’aurez compris, les membres enchaînent les blagues entre les morceaux et amènent une ambiance très fun et posée, qui est drastiquement opposée au Beatdown Hardcore joué sur scène.
Grâce à un couvercle de poubelle comme cymbale (pas littéralement, mais vous avez compris), chaque temps est marqué avec fracas et chaque mosh part est lancée avec un son glaçant. L’une des spécificités du groupe est de nommer la plupart de ses chansons à son image. Ainsi, nous allons avoir droit à l'alcoolique « Big Ass Beer », la canine « Big Ass Dog » et ses « wouf wouf » dévastateurs ou encore l'éponyme « Big Ass Truck » en fin de set. De son côté, le chanteur sort un peu du lot des frontmans du genre avec notamment, son timbre de voix plutôt rauque, rappelant autant un redneck bourré, qu’un bouledogue enragé. Bref, c’était chouette et après presque 30 minutes rudement menées, je peux vous assurer avoir passé un Big Ass Concert qui m’a donné le Big Ass Smile.

Bon, je ne vais pas vous le cacher, mais le groupe qui me hypait le plus ce soir, c’était bien Psycho-Frame. Sans aucun doute la formation la plus connue de la scène MySpace Deathcore Revival, c’est déjà la deuxième fois qu’elle traverse l’Europe en moins de 6 mois. Une cadence de tournée soutenue, mais qui est loin d’être aussi dense que la musique proposée. En effet, sur les coups de 19h35, la salle plonge dans le noir complet et sans aucun disclaimer, on se mange le premier breakdown du set. Au moins, on sait à quoi s’attendre comme ça ! Grâce à ses deux chanteurs qui se complètent à la perfection, Psycho-Frame enchaîne les vocalises rapides et assassines pour le plus grand plaisir des fans qui, de leur côté, se réveillent petit à petit dans la fosse. Entre un « The Portal » bien lourd et un « The Plot To Nuke the Midwest » évocateur, nous avons droit au chef d’œuvre de leur dernier album, « Blueprints For Idol Genocide », et son passage faisant fortement penser à du Emmure. Simplement du grand art !
Comme souvent avec le MySpace Deathcore, tout est poussé à son paroxysme, à l’image des bass drops qui font exploser les enceintes, mais aussi le jeu de lumière qui est tantôt très (trop) sombre et tantôt complétement épileptique. Je veux bien reconnaitre que ça accentue le côté oppressant du show, mais d’un autre côté, il est plus difficile de suivre ce qu’il se passe sur scène. Quoi qu’il en soit, c’est bien évidemment sur « 24 Hours Left » et ses innombrables breakdowns que va se terminer ce concert ultra efficace. Très content d’avoir pu les voir en action et j’espère que d’autres formations du style vont suivre la tendance, en venant découvrir les salles européennes dans un futur proche.

Est-ce que j’arriverais un jour à vous rapporter un évènement Deathcore, sans que je ne doive revenir sur une polémique liée à l’un des chanteurs ? Très franchement, ça devient usant et pourtant, c’est encore le cas ce soir avec les Anglais de Ingested. Suite au départ en 2024 de Jason Evans (ancien frontman et membre fondateur), le groupe s’est tourné dans la foulée vers Josh Davies qui venait, de son côté, de mettre fin au projet Monasteries. Tout semblait aller pour le mieux, jusqu’à ce que Ingested nous annonce abruptement, mi-février, le départ de son nouveau chanteur. Les raisons ? Vous commencez malheureusement à les connaître avec des allégations d’abus sexuels. A quelques semaines du début de la tournée et à quelques mois du nouvel album, tous les plans semblaient être compromis. C’est alors qu’a été appelé à la rescousse, Adam Mercer (ex-A Wake in Providence) afin d’assurer les prestations live, tandis que les parties vocales de l’album ont été réenregistrées par les deux guitaristes. Bref, les problèmes ont l’air d’avoir été résolus et j’espère que ça ne se reproduira plus.
Pour revenir au concert du jour, c’est donc sous une configuration spéciale que la formation va se produire. Boss final du Slamming Deathcore, Ingested n’est en tout cas pas venu enfiler des perles et nous le prouve directement avec la nouvelle chanson « Nefarious Tongues », qui ouvre le show. Entre quelques breakdowns bien placés, je remarque que le chant d’Adam est nettement plus grave comparé au registre habituel et promulgue, ainsi, une dimension bien plus caverneuse aux différents cris. Au micro, ce dernier nous explique être en Europe pour la toute première fois et nous exprime sa gratitude de pouvoir participer à cette tournée. Après ces paroles touchantes, le groupe va enchaîner les Slam Parts dégueulasses et nous faire voyager à travers la majorité de sa discographie. Heureux d’avoir pu headbanger sur la géniale « Altar of Flesh » et la destructrice « Impending Dominance » qui ont clairement fait monter la température. Afin de terminer sur une vibe old school, la prestation se clôturera par « Cremated Existence » provenant du premier album et sous les yeux d’un public belliqueux qui se sera vigoureusement empoigné dans le pit. Un chouette concert « one shot » qui nous amène au clou du spectacle.

Après plusieurs années à venir chauffer les salles pour tout un tas de groupes bien différents (Stick To Your Guns, Spite, Chelsea Grin, Carnifex), il est enfin temps pour Bodysnatcher de montrer qu’il a, lui-aussi, les épaules assez solides pour assurer la place de tête d’affiche. Pour marquer le coup, le groupe a décidé de rester sobre comme à son habitude. Pas de décor flamboyant, pas de pyrotechnie dans tous les sens et surtout, pas de virage stylistique qui aurait pu parler à un plus grand nombre. Non ! Si nous sommes là, aujourd’hui, c’est pour se prendre un Deathcore / Beatdown hyper vicieux dans la tronche et toucher le plafond du Trix Club avec nos spinkicks. Sachant que leur nouvel album, Hell is Here, Hell is Home, est prévu pour dans quelques jours, c’est tout naturellement que les hostilités s’ouvrent par « The Maker » qui y en provient. Sur cette chanson, le groupe revient aux sonorités d’origine, c’est-à-dire en mettant l’accent sur le côté Hardcore des compositions. Face à tant de violence, il n’aura pas fallu 5 secondes pour que le pit s’enflamme et se transforme en cours d’autodéfense.
Toujours aussi charismatique, Kyle Medina (chant) alterne entre des discours véhéments et des paroles bienveillantes, comme par exemple, en nous remerciant d’être là. Après un « Wired For Destruction » et un « Behind the Crowd » qui ont fait le taf, Bodysnatcher a décidé de nous enterrer plus vite que prévu avec « Black of My Eyes » et son final d’une violence inouïe. Inouïe, à tel point que j’ai même l’impression que ça a claqué quelques fois dans le pit. Toujours portées sur l’efficacité, les chansons s’enchaînent rapidement, permettant ainsi de conserver une ambiance bouillante dans la fosse. Pour ma part, c’est véritablement lors de « Take Me to Hell » et la puissante « Murder8 » (autre nom pour le fentanyl) que je vais prendre mon pied. Que ce soit à travers leurs breaks assourdissants ou leurs paroles prenantes, j’en ai clairement pris pour mon grade. Le concert se poursuit et nous avons droit à un nouvel extrait du futur album, en la personne de « Violent Obsession » qui porte très bien son nom. Alors qu’on approche doucement de la fin, le groupe décide de nous prendre par le colback avec l’écrasante « Twelve/Seventeen » et « Open Wounds » qui a fait office de vieillerie dans la setlist. Depuis le début, Kyle n’arrête pas de demander à ce qu’il y ait davantage de stage dive et c’est ainsi qu’une pluie humaine n’a pas arrêté de se déverser sur les premiers rangs.
Comme d’hab avec ce genre de groupe, on évite la mise en scène classique du rappel et on va droit au but avec le dernier morceau, « King of Rats », dont le début d’une violence ahurissante, donnerait envie à n’importe qui d’aller faire le moulin à vent dans le pit. Seulement, une fois ce moment brutal de passé, plusieurs personnes ont commencé à faire des mouvements de croix dans la foule (signifiant qu’il y a un problème) et un fan est même monté sur scène pour faire stopper le show. Et pour cause, un spectateur est gravement blessé, ouvert à la tête et semble avoir perdu connaissance. Directement, la sécurité demandera à tout le monde de s’écarter et une ambulance sera aussitôt appelée. Même si ce n’est pas la première fois que j’assiste à ce genre d'incident en concert, je dois bien vous avouer, qu’ici, ça dépassait tout ce que j’ai déjà vu. Par respect pour la victime et pour qu’elle puisse être prise en charge dans les meilleures conditions possibles, le concert est arrêté définitivement et tout le monde est prié de sortir de la salle. Ne sachant pas comment tout cela s’est terminé, j’espère en tout cas que cette personne va bien et qu’elle a pu se remettre de cette soirée mouvementée.
Bon, même si tout le monde est au courant que les concerts de Metal (et d’autant plus ceux de Hardcore) sont à risque, c’est toujours malheureux que ça se termine avec un blessé (surtout que c’était la dernière date de la tournée). Néanmoins, en omettant la fin, ce fut une soirée riche en émotion qui aura tenu toutes ses promesses. Content d’avoir pu découvrir en live Big Ass Truck et Psycho-Frame et d’avoir pu assister à un show spécial d’Ingested. Concernant Bodysnatcher, ils nous ont prouvé qu’ils avaient tout ce qu’il fallait pour tenir ce nouveau rôle et j’ai déjà hâte de découvrir leur nouvel album.
Remerciements au Trix pour l’accréditation.

Bodysnatcher
Ingested