Reportage

Obsidian Dust 2026 - Jour 1 : Doom di dam !

Bruxelles (Botanique - Obsidian Dust), le 16-05-2026

Lundi 18 mai 2026



Durant ce long week-end de l’Ascension, le Botanique s’est paré de ses plus sombres couleurs afin de s’approcher le plus esthétiquement possible d’une vieille cathédrale païenne reconvertie en temple du riff. Deux journées durant lesquelles Bruxelles aura d’abord transpiré lentement sous un ciel grisâtre avant de se prendre une “drache” magistrale, pendant qu’une armée de types en vestes élimées, patches cousus à la main et regards déjà légèrement embrumés convergeaient vers les serres du Bota tel un véritable pèlerinage doom.

L’Obsidian Dust, qui se veut comme une version modeste d’un Desertfest « à la Bruxelloise », arrive ici en terrain conquis. Après une première édition remarquée l’an dernier et condensée sur une seule journée, le festival revenait cette fois avec des ambitions encore plus solides et une identité déjà bien affirmée. Derrière l’organisation, le collectif belge Metadrone continue tranquillement de bâtir quelque chose de précieux : un rendez-vous capable de réunir sludge, doom, psyché et expérimentations lourdes sans tomber dans le cliché du festival metal caricatural rempli de Vikings sous bière tiède et de concours de barbes huileuses. Ici, tout semble pensé avec amour du son lourd mais aussi avec une vraie cohérence artistique. Et surtout, le cadre des Nuits Botanique apporte ce contraste toujours délicieux : voir des groupes pareils jouer au milieu des jardins élégants et des serres du Botanique reste une expérience à part entière.



Il faut bien reconnaître une chose : depuis quelques années, le Botanique semble assumer de plus en plus franchement son amour pour les musiques lourdes et alternatives. Une évolution naturelle tant le lieu, à l’instar du Magasin 4, s’est progressivement imposé comme un refuge crédible pour les scènes metal, sludge, psyché, noise ou stoner à Bruxelles. Entre les différentes éditions des Nuits Weekender, les expériences abrasives du Tumult Festival, le savoureux mélange entre musiques roots, blues, garage, surf, punk et psychédélisme du Tough Enough ou désormais de l’Obsidian Dust qui nous occupe aujourd’hui, le Bota construit lentement mais sûrement une programmation capable de parler autant aux amateurs d’indie qu’aux fidèles du riff pachydermique. Et honnêtement, voir un lieu culturel historiquement associé à une programmation plus éclectique accueillir aujourd’hui des murs d’amplis capables de décoller la peinture des plafonds a quelque chose d’assez réjouissant. Faire cohabiter avec autant de naturel les amateurs de noise expérimentale, de doom mystique et de stoner enfumé : voilà donc le nouveau pari du Bota qui semble avoir compris qu’il y avait là un public fidèle, passionné et surtout particulièrement vivant.

Ce samedi 16 mai, l’Obsidian Dust ouvrait donc son premier acte comme on ouvre un vieux grimoire : lentement, avec une odeur de houblon, d’encens douteux et de saturation analogique.



À 13h tapantes, les Bruxellois d’Echo Solar Void
Echo Solar Void


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avaient la lourde tâche de réveiller les morts et les festivaliers encore engourdis. Mission accomplie. Leur doom instrumental, quelque part entre la lenteur d’un astéroïde et une montée de fièvre sous kétamine, s’est répandu dans la salle du Museum comme un brouillard épais. Peu de monde encore, mais déjà cette sensation particulière des débuts de festival : les gens se regardent discrètement, évaluent les t-shirts, hochent la tête en cadence avec ce petit sourire de connivence qui signifie « oui, toi aussi tu as payé pour souffrir du dos toute la journée ? ». Le groupe, encore relativement obscur malgré quelques sorties confidentielles appréciées des amateurs de psyché européen, étire ses morceaux jusqu’à transformer la salle en aquarium intersidéral. Dix minutes après le début, plus personne ne savait vraiment quelle heure il était. Ce qui, pour du doom, est généralement bon signe. En live, Echo Solar Void
Echo Solar Void


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développe une expérience plus physique que narrative : un mur sonore dense, enveloppant, qui privilégie l’immersion et la sensation plutôt que la structure classique des morceaux. Leur démarche est clairement ancrée dans la scène underground bruxelloise, avec des liens étroits avec d’autres formations extrêmes locales telles que Abysmal Descent
Abysmal Descent


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, Dehuman
Dehuman


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ou encore Emptiness
Emptiness


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. Au programme : guitares saturées, basse profonde et batterie répétitive qui créent une sensation de dérive dans un tourbillon sonore presque spatial. Leur arme secrète réside avant tout dans la force de frappe du batteur-chanteur Laye Louhenapessy, capable aussi bien de plonger dans des graves abyssaux que de se montrer étonnamment suave, avec des inflexions bluesy. Excellente mise en jambe !



À peine le temps de récupérer une petite mousse et d’observer les premiers groupes de survivants s’installer sur les marches extérieures du Botanique que Cult of Occult
Cult of Occult


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prend possession de la Fountain Stage, la grande scène extérieure du festival. Et là, changement d’ambiance radical. Fondé à Lyon au début des années 2010, le groupe traîne depuis longtemps une réputation de machine de guerre sludge absolument implacable. Sur disque, c’est déjà écrasant. Mais sur scène et en plein air, c’est une expérience vaguement comparable à se faire rouler dessus en bonne et due forme sous un ciel menaçant. Bien qu’un léger crachin se fasse observer, nos amis français préfèrent assurer leurs arrières en gardant leurs capuches sur la caboche. Le batteur lève sa canette à notre santé et on lui rend bien évidemment la pareille, au contraire du bassiste qui passera pas mal de temps à balancer les siennes dans un public qui commence enfin à se densifier sérieusement devant les planches. On remue la tête, on ferme les yeux, et on encaisse les lentes déflagrations. Entre deux morceaux, un spectateur lâche un spontané « putain que c’est crade ». Résumé parfait. On sent clairement leurs influences qui naviguent entre doom lourd, black metal, drone et noise, le tout dans une esthétique volontairement sale, monolithique et oppressante. Leur identité repose sur une idée simple mais radicale : la musique comme rite de saturation et d’effondrement. Les morceaux avancent à un rythme quasi immobile, saturés de fuzz, de feedback et de répétitions hypnotiques, avec une voix d’écorché vif. L’ensemble donne une impression de masse sonore compacte, comme si le son lui-même était un bloc en train de s’effriter. Devant nous, Cult of Occult
Cult of Occult


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pousse cette logique encore plus loin : lumières minimales, souvent rouges ou quasi inexistantes, un chanteur qui nous toise d’un regard menaçant, postures statiques pour le reste des musiciens et un mur sonore qui remplit l’atmosphère sans chercher le spectaculaire traditionnel. Il n’y a pas de show au sens classique, mais plutôt une expérience d’écrasement progressif, où le public est absorbé dans une lente descente. Bref, ces messieurs nous ont mis la main occulte, et on n’a pas protesté ! Anecdote croustillante : leurs sobriquets ne sont autres que JC VanDoom, Gary McDoom ou encore Henri Salvadoom ! Que dire de plus ?



Puis arrive le premier vrai dilemme de la journée : Earthbong
Earthbong


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ou Fange
Fange


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. Enfin… ça, c’était le plan initial. Quelques jours avant le festival, les Teutons annoncent malheureusement l’annulation de leur venue, laissant un petit vide dans le cœur des amateurs de stoner et de riffs pachydermiques, venus spécialement pour leur doom enfumé tout droit sorti de Kiel. Pour sauver la situation, les Belges de Your Highness
Your Highness


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sont appelés en renfort. Un remplacement loin d’être absurde tant le groupe traîne depuis des années sa réputation de rouleau compresseur sludge made in Belgium.

Mais finalement, direction le Museum pour Fange
Fange


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. Et honnêtement, difficile de regretter ce choix tant les Brestois semblent déterminés à transformer la salle en bunker post-apocalyptique. Depuis plusieurs années, Fange
Fange


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s’est imposé comme l’une des formations les plus radicales de la scène sludge/noise française, mélangeant lourdeur suffocante, textures industrielles et violence hardcore avec une absence totale de compromis. Pas de batterie ici mais un chanteur qui fait les 400 pas et qui gigote tel un ver de terre qui aurait reçu un coup de bêche. C’est physique, sale, oppressant. Le son ressemble à une usine qui s’effondre au ralenti pendant que le public encaisse méthodiquement chaque déflagration. Ça remue la tête, ça pousse légèrement devant, ça commence à transpirer abondamment. Mathias en profite pour sortir de scène via la fosse, à la cool, pépère ! En fin de set, plusieurs festivaliers affichent ce regard un peu vide propre aux gens qui viennent de survivre à quelque chose de particulièrement intense. Pendant ce temps-là, les échos du set de Your Highness
Your Highness


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débordent jusque dans les couloirs du Botanique, preuve que leur remplacement improvisé aura malgré tout largement tenu la route.



Ufomammut
Ufomammut


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débarque ensuite sur la Fountain Stage et, à vrai dire, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre. Sur le papier, l’expérience semblait trop monolithique pour réellement nous happer. Mais il n’aura fallu que quelques minutes pour balayer ces réserves. Les Italiens n’enchaînent pas des morceaux : ils ouvrent des vortex. Depuis la fin des années 90, le trio s’est imposé comme une référence incontournable du sludge psychédélique européen, porté des nappes sonores titanesques. Sur cette grande esplanade extérieure, le groupe transforme littéralement le Botanique en zone de décollage. Le son est monstrueux, physique, presque liquide. Même si la voix demeure parfois noyée dans le maelström, les basses font vibrer les côtes et plongent le public dans une véritable cérémonie interstellaire. Certains restent figés, complètement absorbés. D’autres oscillent lentement comme des algues sous narcotiques. À ce stade, on ne regarde plus vraiment un concert : on le subit avec fascination et remerciements. Une maestria qui est à souligner et surtout une envie de jouer à « Je te tiens, tu me tiens » qui ne nous a pas quittée de tout le show ! Grazie Mille !

En milieu d’après-midi, le festival trouve enfin son rythme de croisière. Les files devant les bars s’allongent. Les discussions deviennent passionnées, absurdes, parfois philosophiques. On entend des débats improbables sur le meilleur album de Neurosis
Neurosis


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ou sur l’importance historique du médiator orange chez les guitaristes sludge. Un type tente même de nous expliquer pendant quinze minutes pourquoi le doom est je cite « la seule musique honnête face à l’effondrement du capitalisme »… Bon ben, si tu l’dis…

Pendant que Gnod
Gnod


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transforme l’Orangerie en laboratoire kraut sous acides et que Crouch
Crouch


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(comprenant des membres de Wiegedood
Wiegedood


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, Oathbreaker
Oathbreaker


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et Living Gate
Living Gate


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) balance son hardcore boueux dans le Museum, le festival atteint cette zone floue propre aux longues journées : plus personne ne sait exactement combien de bières ont été consommées ni depuis combien de temps les oreilles sifflent. Et c’est précisément là que tout devient agréable.




Entre deux concerts et plusieurs détours stratégiques vers le bar, les stands de merchandising auront eux aussi largement participé à l’atmosphère du festival. L’Obsidian Dust avait réuni plusieurs artistes et structures profondément ancrés dans l’esthétique heavy, psyché et underground de l’événement, transformant les allées du Botanique en véritable terrain de chasse pour amateurs de vinyles, sérigraphies et t-shirts impossibles à ramener raisonnablement à la maison. Branca Studio exposait ses visuels sombres et minutieusement détaillés nourris d’imagerie doom et ésotérique, tandis que Heavy Psych Sounds faisait le bonheur des collectionneurs avec une sélection de vinyles et de sorties devenues incontournables dans les sphères stoner et heavy psych. De son côté, Jo Riou attirait les regards avec ses créations immédiatement reconnaissables, entre affiches de concerts hallucinées et esthétique rock vintage, pendant que Ink To The Void (composé du YouTubeur passionné et passionnant The Doom Dad ainsi que du talentueux graphiste Ëmgalaï -proposant la sérigraphie officielle du concert de Hermano
Hermano


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qui se tiendra le lendemain-) complétait parfaitement le décor avec ses impressions et artworks nourris d’un humour délicieusement référencé, multipliant les clins d’œil aux running gags, pochettes cultes et petits buzz absurdes qui agitent régulièrement la sphère metal et underground. Le genre d’endroit où beaucoup auront prétendu « juste jeter un œil » avant de repartir avec un poster sous le bras, un sac rempli de wax et quelques regrets financiers parfaitement assumés.



Le début de soirée apporte un des grands moments de cette édition avec Earthless
Earthless


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et mazette que ce fut bon ! Le trio californien, actif depuis 2001, est devenu mythique grâce à ses improvisations gigantesques et son amour assumé pour le hard rock cosmique des années 70. Et en live, c’est une cavalcade hallucinée ! Le ciel est bleu, le vin n’est pas très bon mais on va vite tomber amoureux ! Le guitariste Isaiah Mitchell joue comme un homme poursuivi par des démons invisibles, multipliant les solos interminables avec une décontraction insolente. Les morceaux explosent, s’étirent, mutent. À un moment, on oublie même le concept de chanson. Ça devient simplement une longue autoroute psychédélique traversant l’espace-temps. Dans le public, certains ferment les yeux comme en pleine expérience mystique ; d’autres regardent les manches de guitare avec l’expression de pèlerins découvrant une relique sacrée. La guitare est au centre du dispositif, avec des solos fuzz acides et ultra expressifs, portés par un sens du groove très libre, improvisé en permanence. La section rythmique, elle, joue un rôle essentiel : elle maintient un socle solide mais vivant, permettant à la guitare de partir très loin sans perdre le fil. Sur scène, Earthless
Earthless


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dégage une impression de flux continu, comme si le groupe jouait moins des morceaux que des états de conscience. Peu de paroles (sauf pour le dernier morceau), peu de pauses : tout est dans la tension, la répétition et la montée en intensité. Visuellement, c’est assez sobre, un véritable “anti-show” : pas d’effets superflus, pas de mise en scène théâtrale. Mais l’intensité vient de l’exécution elle-même, une forme de transe rock psychédélique pure, à la fois maîtrisée et totalement libre. Même un gentil toutou qui fera des aller-retours sur la scène aura apprécié le moment ! Si Earthless
Earthless


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refuzz les étiquettes, il a bien mérité son titre de meilleur concert du jour !



Entre deux plongées cosmiques et plusieurs litres de bière artisanale, Coilguns
Coilguns


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débarque comme une décharge électrique incontrôlable. Les Suisses jouent avec cette intensité chaotique qui donne constamment l’impression que tout peut s’effondrer à n’importe quel moment, et c’est précisément ce qui rend le concert aussi fascinant. Depuis plus d’une décennie, le groupe s’est forgé une réputation solide dans les sphères noise, hardcore et post-metal grâce à des lives réputés imprévisibles et physiquement épuisants. Sur scène, ça part dans tous les sens sans jamais réellement perdre le contrôle : riffs abrasifs, explosions rythmiques, hurlements habités et cette énergie nerveuse capable de transformer instantanément une foule compacte en organisme vivant. Et si la guitare de Louis Jucker alimente largement cette tension électrique, c’est paradoxalement lorsqu’il la délaisse que l’on se surprend à préférer sa présence vocale, encore plus habitée, incandescente dans sa façon de tenir le chaos à mains nues. Là où beaucoup de groupes lourds écrasent par leur masse, Coilguns
Coilguns


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préfère provoquer l’urgence et la tension permanente. Une sorte de chaos méthodiquement organisé qui secoue le festival juste au bon moment, quand les organismes commencent doucement à flotter entre fatigue, acouphènes et euphorie collective.

Au milieu de cette succession de murs sonores et de tempêtes sludge, les demoiselles de Blackwater Holylight
Blackwater Holylight


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apportent une respiration hypnotique au festival. Le quatuor américain, né à Portland et devenu en quelques années une référence discrète mais précieuse de la scène psychédélique moderne, déroule un set aussi brumeux qu’élégant. Ici, la lourdeur ne cherche pas forcément l’écrasement frontal ; elle avance plutôt comme une vague lente, enveloppante, portée par des harmonies vocales éthérées et des riffs saturés qui semblent flotter au-dessus du public. Entre psyché hanté, atmosphérique et élans shoegaze, le groupe construit progressivement une bulle étrange au cœur du Botanique. Bien que le son ne soit pas des plus optimaux (c’est le moins que l’on puisse dire), beaucoup restent immobiles, absorbés par cette mélancolie qui rappelle parfois Windhand
Windhand


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ou les moments les plus planants de King Woman
King Woman


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. Une parenthèse quelque peu contemplative dans une journée où les amplis avaient jusque-là surtout cherché à provoquer des tremblements de magnitude non calculée sur l’échelle de vous-savez-qui.



C’est sous un soleil déclinant qu’arrive The Sword
The Sword


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, pour ce qui aurait pu être le concert le plus fédérateur de la journée. Avec leurs riffs héroïques nourris au heavy metal classique, au stoner et à la fantasy épique, le groupe a toujours cultivé ce mélange de Black Sabbath
Black Sabbath


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, de Conan le Barbare et de bière tiède bue dans un parking après un concert de Motörhead
Motörhead


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. Du moins, c’est ce à quoi nous nous attendions. Mais la sauce ne va pas prendre tout de suite, loin de là ! J.D. Cronise et ses potes s’installent avec un peu trop d’aisance et une nonchalance détachée, tentant de nous enfumer dans une ambiance de comptoir bluesy façon “brandy en main”. Bref, ça ne fonctionne pas du tout ! C’est au moment d’un changement de guitare anodin, que le déclic s’opère. Comme si quelque chose venait enfin de s’aligner dans la mécanique, le set prend soudain une autre allure, plus tranchante, plus habitée. Le public accroche, les têtes commencent à hocher à l’unisson, et l’ambiance glisse progressivement vers une euphorie franche. Après plusieurs heures de noirceur cosmique et de lente agonie sonore, The Sword
The Sword


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agit enfin comme un moment de communion joyeuse. Du stoner/doom, oui, mais avec des gros muscles et un sourire carnassier. Le groupe déroule alors un mélange de proto-metal heavy rock extrêmement accrocheur, porté par des riffs solides, immédiatement “hookés”, qui donnent envie de headbanger sans réfléchir. Contrairement à des formations plus psychédéliques ou atmosphériques, tout ici est compact : ça avance, ça frappe, ça repart. Ils conservent ainsi une attitude cool et légèrement ironique, sans jamais tomber dans la parodie. Il y a ce côté “road movie heavy metal” : poussiéreux parfois mais parfaitement maîtrisé. Le rendu live est aussi très physique : gros son de guitare, batterie sèche et puissante, basse épaississant l’ensemble. Les morceaux gagnent une dimension encore plus directe qu’en studio, les bières sont levées et les nuques en rotation automatique. Bref, on a eu chaud au début, mais finalement ce n’était pas un coup d’épée dans l’rhum !



La soirée continue à empiler les propositions improbables, jusqu’à ce que Jarboe
Jarboe


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, accompagnée de Joy Von Spain
Joy Von Spain


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, ouvre une parenthèse totalement à part. Ancienne figure essentielle des mythiques Swans
Swans


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, elle conserve cette présence magnétique capable de transformer une salle entière en rituel, mais c’est ici sans doute le moment le plus respirant de la soirée. Entre chants d’oiseaux, collages expérimentaux et voix habitées mais étonnamment douces, l’ensemble prend des allures de dérive fragile et suspendue hors du reste du festival. On passe bien sûr par des zones plus troubles, des textures bruitistes qui affleurent sans jamais écraser, mais le fil conducteur reste cette sensation d’espace, de lente expansion sonore. Certains restent fascinés, comme absorbés par cette respiration nouvelle au milieu du chaos ambiant. D’autres semblent complètement perdus. Ce qui est probablement, là encore, exactement l’effet recherché. Une salle, une ambiance…



En parallèle, Conjurer
Conjurer


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transforme l’Orangerie en champ de bataille moderne. Le quatuor anglais, figure montante du sludge britannique, y déploie un mélange d’agressivité hardcore et de lourdeur doom d’une efficacité redoutable. Dès les premiers instants, les cervicales sont mises à rude épreuve face à cet ouragan de riffs lancé à pleine vitesse, sans le moindre temps mort. Les premiers vrais mouvements de foule apparaissent : ça pousse, ça saute, ça hurle les refrains avec cette énergie cathartique propre aux festivals de musique extrême, où la violence reste paradoxalement bienveillante et où tout le monde finit toujours par relever tout le monde. Même après un détour par le snack du festival, l’attaque reste la même : une avalanche sonore difficile à encaisser, surtout pour les festivaliers déjà bien entamés par les bars, certains peinant clairement à suivre jusqu’au bout. Et pourtant, Conjurer
Conjurer


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ne relâche jamais la pression. Le groupe avance comme un bloc, sans respiration inutile, allant chercher son dû avec une assurance brutale. L’ensemble est tendu, captivant, et ponctué de véritables coups de poing dans l’estomac qui placent le groupe à part sur l’affiche, dans une zone où la lourdeur devient autant physique que mentale. Grand moment ! On vous invite, si ce n'est pas encore fait, à relire la chronique de leur concert au Dynamo Metal Fest dans l'an dernier.



Et puis vint YOB
YOB


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, le genre de concert qui ne se contente pas de suspendre le temps : il le plie, le mâche, puis le recrache lentement dans un état légèrement différent de celui dans lequel il l’a trouvé. Depuis la fin des années 90, Mike Scheidt et ses compagnons ont élevé le doom à une forme de rituel quasi spirituel. Ce n’est plus seulement de la musique lourde, c’est une quête existentielle jouée à travers des amplis qui ont probablement déjà servi à faire trembler des plaques tectoniques. Dès les premières notes, la Fountain Stage bascule ailleurs. La nuit est tombée sur le Botanique, les lumières découpent les silhouettes du public, et l’esplanade extérieure prend des airs de cérémonie païenne où personne n’a exactement signé la feuille de présence, mais tout le monde est quand même là. Au fil du set, YOB
YOB


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donne surtout l’impression de faire perdre toute notion du temps. Les morceaux ne s’enchaînent pas vraiment : ils dérivent les uns dans les autres comme de longues masses cosmiques en lente collision. Des morceaux comme Quantum Mystic qui installent immédiatement cette sensation étrange de décélération générale, avec un riff avançant comme une vieille tortue sous calmants pendant que le public comprend doucement qu’il vient d’entrer dans une autre temporalité. Pas d’urgence, pas de panique, juste cette lente élévation sonore typique de YOB
YOB


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qui donne presqu’envie de vérifier son pouls par simple curiosité scientifique. À d’autres moments, le trio épaissit encore davantage l’atmosphère. Ball of Molten Lead transforme littéralement l’air en matière dense et visqueuse, comme si l’oxygène lui-même hésitait à continuer sa carrière de gaz.



On encaisse tout cela avec un calme religieux. Personne ne bouge vraiment. Chacun semble accepter collectivement son écrasement sonore avec une sérénité admirable. Puis, le groupe laisse apparaître cette mélancolie lumineuse qui le distingue de tant d’autres. Beauty in Falling Leaves flotte comme une contemplation lente de la chute, fragile et immense à la fois, pendant que Upon the Sight of the Other Shore pousse encore plus loin cette sensation de traversée spirituelle. On ne sait plus très bien si l’on assiste à un concert ou à une forme de méditation collective organisée par des amplis gigantesques. À ce stade, même le silence entre deux accords semble peser plusieurs tonnes. Et puis vient Burning the Altar, joué comme une véritable conclusion cérémonielle. Le titre porte parfaitement son nom : ça brûle, oui, mais au ralenti, comme un feu sacré qui aurait décidé de prendre son temps pour réfléchir à la combustion. Le son est colossal mais d’une clarté indécente, chaque note semblant peser le poids d’une planète en fin de cycle administratif. L’ami Mike aux favoris d’argent élève les mains vers le ciel comme un prophète invoquant les dernières forces encore disponibles dans l’univers et nous prenons ainsi congé d’une tête d’affiche qui aura mérité tous les éloges possibles ! Du grand art !



La fin de soirée appartient aux insomniaques courageux. Lili Refrain
Lili Refrain


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transforme le Museum en transe tribale futuriste avec ses boucles hypnotiques et ses percussions incantatoires tandis que Warning achève les survivants dans l’Orangerie avec son doom désespéré et majestueux. Voir Warning
Warning


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en 2026 tient presque du miracle tant le groupe est devenu culte grâce à « Watching from a Distance », immense monument de mélancolie publié en 2006 puis élevé au rang d’œuvre sacrée par toute une génération de doomers tristes en hoodie noir.

À la sortie du Botanique, Bruxelles semble étrangement silencieuse. Les oreilles sifflent encore. Les jambes protestent, les dos sont courbés, les vestes sentent le tabac froid et la bière renversée. Des petits groupes traînent çà et là, commentant déjà les meilleurs sets avec le sérieux d’analystes géopolitiques. Quelqu’un affirme que YOB
YOB


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a « réaligné ses chakras ». Un autre cherche désespérément un kebab ouvert. La civilisation reprend lentement ses droits…

Et au milieu de cette fatigue délicieuse flotte déjà une évidence : l’Obsidian Dust n’a pas simplement proposé une succession de concerts. Le festival a fabriqué, pendant une journée entière, une bulle parallèle où le temps s’étire au rythme des riffs, où des inconnus deviennent copains autour d’une binouze, et où l’on accepte collectivement qu’un ampli poussé trop fort puisse parfois ressembler à une expérience rédemptrice… Nul ne savait encore ce que la journée du lendemain allait nous réserver !

En attendant, profitons une dernière fois de ce beau ciel bleu...



Remerciements au Botanique

Texte et photos : Panda

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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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