Nous avons tout d’abord droit aux gars de Tax The Heat qui se chargent d’inaugurer cette soirée. Déjà présents aux côtés de Europe lors de leur précédente tournée, les dandys anglais aux costards impeccables balancent un rock’n’roll aux saveurs rhythm & blues d’excellente facture. Avec un premier album convaincant sorti chez Nuclear Blast en avril dernier (« Fed To The Lions »), les originaires de Bristol offrent un show divertissant aux confluents d’un rock sixties et d’un rock beaucoup plus moderne. Le groupe possède un talent indéniable à l’image des backing vocals absolument sublimes que propose le guitariste J.P. Jacyshyn. Mais le spectacle est principalement assuré par le chanteur/guitariste Alex Veale ainsi que le batteur Jack Taylor. Chaque morceau provoque l’enthousiasme d’une salle qui commence à se remplir progressivement au fil des chansons et Tax The Heat termine son concert par quelques bons riffs bien lourds entourant une batterie frénétique. Une bonne mise en bouche avant d’accueillir les compatriotes de Björn Borg.

Le moment est enfin venu ! La salle est plongée dans le noir total avant que deux écrans géants nous poussent à être attentifs. Ces derniers nous informent que nous sommes sur le point d'assister à la représentation live de « The Final Countdown » de 1986 dans son intégralité pour célébrer les 30 ans de sa sortie. La foule applaudit et se fait bien sûr entendre. De nombreuses femmes de petite taille se tiennent sur leurs orteils tandis que leurs hommes se chargent de sortir les Smartphones. Cependant, avant de pouvoir nous livrer corps et âmes dans la frénésie des années 80, les écrans affichent : «... mais d'abord». La foule s’observe, une légère déception dans le regard. Europe jouera tout d’abord intégralement son nouvel album « War of Kings » sorti l’année passée. Une bien courageuse décision de prendre le risque de proposer une setlist basée sur seulement deux albums quand on voit la carrière et le chemin parcouru par un tel groupe. Et force est de constater que cette décision fut la bonne puisque « War of Kings » contient de nombreux grands morceaux accrocheurs et le leader Joey Tempest va une nouvelle fois démontrer qu’il est toujours aussi charismatique qu’à la Grande Époque. Véritable bête de scène, il fait tournoyer son pied de micro et court dans tous les sens. À côté de sa présence scénique, sa voix est toujours aussi puissante et la magie opère rapidement.

On commence avec Hole In My Pocket au rythme frénétique pour lequel le batteur Ian Haugland garantit le spectacle et cogne ses fûts aussi durement que possible. Le zeppelinesque The Second Day et son refrain évangélique poussent les musiciens dans des retranchements gospel et l’on est une première fois soufflé par la puissance vocale de Tempest sur le lent Praise You. Le rythme s’intensifie au fur et à mesure du show et atteint son paroxysme avec Nothin 'To Ya, puissant plaidoyer hard rock agrémenté par les claviers organiques de Mic Michaeli. On se détend quelque peu avec California 405 et la fantastique ballade Angels (With Broken Hearts) avant que le rock ne reprenne le dessus avec Days Of Rock N Roll pour lequel le riff remarquable de John Norum traverse littéralement l’atmosphère. On arrive tout doucement à la fin de cette première partie. Children Of The Mind avec un John Leven (basse) absolument prodigieux et un Rainbow Bridge épicé peuvent se targuer de devenir de futurs grands classiques des Suédois. Ces derniers nous font même le plaisir de jouer l’instrumental Vasastan que n’aurait pas renié un certain Pink Floyd. Light It Up, qui, par moment, rappelle le groupe Extreme, voit une nouvelle fois John Norum se délecter d’un beau moment guitaristique. Et le groupe de clôturer cette première partie par le titre éponyme de son album : lourd et menaçant morceau rock sur lequel on peut entendre les nombreuses influences classiques des 70’s, assurément une des meilleures chansons proposées par le groupe.

La salle s’obscurcit pour la dernière fois… Le compte à rebours a commencé. Les deux écrans géants font défiler par ordre décroissant l’entièreté des albums studio du groupe jusqu’à atteindre le classique des classiques : faut-il encore le nommer ? Les claviers grondent et introduisent le mythique morceau éponyme, la foule est en délire et l’Ancienne Belgique toute entière célèbre chaque note, chaque parole, chaque couplet, chaque refrain. Le niveau d’énergie est au maximum et Rock The Night, single tout aussi emblématique, poursuit sur cette lancée. Pendant ce morceau, des images et vidéos du groupe au cœur des années 80 sont projetées rappelant l’hystérie collective qui s’est emparée du monde entier à la sortie de l’album. Surfant sur la vague de la célébrité, Europe s’en ira conquérir l’Asie et plus particulièrement l’Empire du Japon où son succès ne sera jamais démenti. Et l’on se rend compte à la vue de ces images à quel point leurs concerts étaient dantesques. Du pur glam metal dans la tradition des Twisted Sister, Bon Jovi ou autres Whitesnake. La ballade par excellence des années 80, Carrie, recueille également tous les suffrages. Les lights sont divins. Drapé de noir, John Norum offre un son de guitare d’une clarté sans égal qui se marie parfaitement au timbre de voix fondant de Joey Tempest. On poursuit avec Danger On The Track : nouvelle envolée rock pour laquelle sont à nouveau projetées des photos de chambres de fans, de tournées et de concerts. Preuve s’il en fallait une que la relation entre le groupe et ses afficionados est extrêmement forte. La chanson Ninja aux paroles épiques («If I were a noble ancient knight, I’d stand by your side to rule and fight ») permet une nouvelle fois à Mic Michaeli de démontrer l’étendue de son talent aux claviers et le proclame fournisseur universel du « son Europe », reconnaissable entre mille. Ultime tour de chant pour le public avec Cherokee sur fond de paysages et de vastes étendues appartenant au Grand Canyon avant Time Has Come, Heart of Stone et On the Loose joués pied au plancher comme si le show débutait à l’instant. Love Chaser ponctue enfin un concert anniversaire dantesque pendant lequel Europe aura donné à ses fans une excellente occasion de célébrer et d'apprécier son plus grand succès discographique.

Le groupe a démontré qu'il reste un des acteurs les plus importants dans l’univers du rock mélodique et du glam. Tel un vin d’exception, il se bonifie avec le temps. On en a encore eu la confirmation. Chapeau bas, Messieurs !

Remerciements à Live Nation
Photos : Jean Pierre Vanderlinden (Merci beaucoup !)
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