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Yohann Thibaut, le Barrabas de la scène underground!

Mardi 3 avril 2018

Carte d’identité de l’individu:
Homme. 28 ans. Barbu. Pas de tatouage. Batteur de Spectral Damnation
Spectral Damnation


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. A traîné aussi dans Black Harmonia et Mystica
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. Activités musicales en pause pour le moment suite à un accident de la route en novembre 2017. Ceci ne l’empêche pas de continuer d’être actif au sein du Mcp-Apache Music Evenements et du Metal Corporation Festival en tant que bookeur/promoteur.




I : Pour préparer notre rencontre, j’ai scrupuleusement analysé tes profils Facebook et Instagram et j’en ai retiré cinq éléments. Le premier truc que j’ai noté c’est que tu bois souvent de la bière !

Y : Oui (rires).

I : En bas de chez moi, il y a la brasserie Fantôme. Je t’ai amené deux bières. J’espère que tu ne les connais pas !

Y : Ah non, je ne connais pas. C’est gentil. Merci. Oh elles sont marrantes, en plus. Je suis sur une application qui s’appelle Untappd, c’est un genre de réseau social pour les bières. C’est un pote qui m’a fait découvrir ça, il y a un an ou deux, je pense. Chaque fois que tu bois une bière, tu la mets sur le site, tu peux taguer tes amis, chaque ami à son profil. Chaque bière à son profil avec explications. Plus tu bois une bière blonde, par exemple, plus tu auras des suggestions de bières blondes et on gagne des badges. Je vais regarder si la Fantôme est dedans. Ah ouais, elle est dessus ! Fantôme de saison, Fantôme hiver, Fantôme chocolat. Ils en font beaucoup finalement.

I : Ok, on va quand même parler un peu de musique.

Y : Non, c’est mieux les bières. Shoot Me Beer ! (rires)

I : Une autre photo m’a interpellée : ta fameuse armoire avec 2.000 cd ! C’est un truc de fou ! Ça fait combien de temps que tu l’alimentes ?

Y : Avant, c’était l’armoire de mon père. Il a repris une partie chez lui. Maintenant, je commence à avoir un peu plus que lui, je pense. Quand j’étais gamin, je l’aidais à les classer. J’aimais bien. C’est pour ça que j’ai jamais été fort vinyle et que je suis plus cd. Il écoutait de tout mais il avait les Ozzy Osbourne
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, les Marilyn Manson
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, des Rammstein
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et vers douze ans quand je me suis intéressé, je lui piquais ses cd. Il le voyait du coup parce qu’il y avait des trous (rires).

I : J’imagine qu’on prend soin d’une collection pareille!

Y : Oui c’est ça. Il voit que j’en prends soin et il m’a dit qu’il allait bientôt m’en ramener. Ça va faire encore 1.000 ou 2.000 en plus ! Je choisis aussi ce que j’aime bien parce qu’il y a des trucs comme de la variété française. Là, on vient de retrouver des cd au grenier. Je regarde et ceux que j’aime bien ou que je connais je les reprends. Là, ce que je fais, si tu veux, j’ai pas encore fini, j’arrive au S. Chaque cd, je le réécoute, je prends deux morceaux que je mets sur une compilation, une playlist que j’ai par lettre et c’est ça que j’écoute quand je prends ma douche, etc. C’est marrant parce que tantôt c’est passé de Bloodbath
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à Blondie. À force, j’ai un peu de tous les styles, quoi !



I : Tu continues à te fournir en cd? C’est un petit budget quand même, non ?

Y : Maintenant, c’est presque devenu une drogue. Avant, je téléchargeais beaucoup puis j’ai arrêté. Je me suis dit que j’allais écouter que les trucs de bonne qualité parce que des fois en téléchargement tu es en 128 kbps ou des trucs comme ça. Parfois, j’écoute un morceau, je me dis « oh c’est bien » et je vais prendre les trois cd du groupe. Parfois je me fais avoir parce qu’il y a un truc de remix mais bon (rires). Finalement, ça passe quand même vu que j’écoute un peu de tout.

I : Ta passion de la musique te vient de ton papa ?

Y : Oui, c’est ça. Un batteur aussi. Mes parents m’avaient acheté une petite batterie et puis à quatre ans et demi j’ai pris des cours à l’académie. A sept ans, j’ai commencé le solfège et l’instrument. J’ai fait dix ans, six ans de solfège et quatre ans d’histoire de la musique. C’est comme ça que j’ai commencé. Je ne jouais que des partitions que mon prof de batterie me donnait, jazz, etc.

« Il savait bien que j’écoutais déjà un peu de rock mais il ne voulait pas m’en mettre. J’ai quand même fait une démo metal, j’avais apporté ma double pédale. »

Je l’ai achetée vers douze, treize ans. Tout ce qui est metal, c’est autodidacte. J’ai eu les bases grâce à mon prof de batterie mais tout le reste j’ai appris sur le tas. Comme ça, j’ai bossé aussi l’oreille parce qu’avant je savais lire. On me mettait un morceau comme AC/DC je n’arrivais pas à suivre parce que je n’avais pas l’oreille et à force c’est comme ça que c’est venu. Maintenant j’ai quand même du mal avec les partitions.

I : Né dans la musique, donc. J’imagine qu’il n’y a jamais eu besoin de te pousser ?

Y : A un moment, si. Je ne sais pas si tu as vu le film « Whiplash » avec le prof de batterie super sévère. Moi, il était un peu comme ça.

« Il me gueulait tout le temps dessus parce qu’il savait bien que j’avais le potentiel et tout et il y a deux, trois fois où j’ai voulu arrêter. »

À chaque fois mes parents me poussaient derrière. Quand j’ai eu fini les dix ans, maintenant ça me manque en plus ces cours, et que j’ai eu mes groupes, c’était mes groupes. Comme à un moment j’en avais cinq, c’était tous les jours. J’ai toujours joué de la batterie tous les jours.

I : Ça c’est ton côté musicien mais tu es aussi organisateur de concert. Comment ça a commencé ?

Y : Avec mon tout premier groupe, Corpor(h)ate
Corpor(h)ate


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, c’est pour ça que ça s’appelle le Metal Corporation même si je ne mets plus le nom, on était invité un peu partout (Mons, Bruxelles, Namur) et on s’est dit mais on va les réinviter tous ces groupes. J’avais déjà été voir deux, trois évènements au MCP Apache, chez Michel, où il y avait le Chopper à l’époque. Il y avait Alain Deprez qui faisait aussi les Apaches Metal Fest, mon guitariste Frank qui faisait le Death Road. J’ai demandé à Michel et il m’a dit oui mais tu dois apporter tout le matos. C’est le problème là-bas. Comme mon père jouait dans un groupe de reprises, il avait du matos. Et comme son groupe a racheté du nouveau, toute la vieille sono que j’avais depuis deux ans c’était la vieille sono de mon père. J’ai changé maintenant, j’en ai acheté une nouvelle. En mai 2012, on a donc organisé notre premier Metal Corporation Fest.

I : Comment ça s’est développé ?

Y : Avec Corpor(h)ate
Corpor(h)ate


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, on avait un peu le cul entre deux chaises, on était trop hardcore pour le metal et trop metal pour le hardcore. On faisait donc une édition où on invitait tous les groupes hardcore et une édition avec tous les groupes metal. Le but c’était ça au début et promouvoir un peu les groupes de Charleroi. On ajoutait un ou deux groupes de Charleroi sur chaque affiche. C’est comme ça que ça a commencé. Puis, on a eu des demandes de groupes. On a fait deux éditions puis quatre par an. À un moment, on a trouvé une salle à Florennes et on en organisait aussi là-bas.

« Maintenant, j’organise beaucoup, je dis pas que je m’ennuie mais vu que je ne joue plus de batterie pour le moment, j’ai au moins mes week-ends qui sont occupés (rires). »

Je ne vais pas dire que ça va de mieux en mieux mais à chaque édition on voit de nouvelles têtes. Au début, c’était vraiment la bande de potes qui venait à chaque fois. On fait beaucoup de styles différents, rock, punk, hardcore, grind, black. On prend de l’ampleur, c’est cool. Ouais bon il y a des concerts qu’on fait en semaine et on fait parfois à peine dix entrées mais c’est normal. C’est comme ça partout.

I : Maintenant, c’est donc plusieurs concerts par moi ?

Y : Oui, c’est même Michel qui me dit d’arrêter et qui me trouve des excuses (rires). Je fais beaucoup de collaborations. On peut jouer au MCP, c’est gratuit, il prend sur le bar, nous on a que les entrées mais il n’y a que la scène. C’est pour ça que maintenant je laisse la sono pour les orga externes.

I : Dans les 2.000 cd de ton armoire, est-ce qu’il y a un que tu aimes particulièrement ?

Y : Il y en a beaucoup ! J’en ai peut-être une vingtaine ou une trentaine qui me tiennent vraiment à cœur. Dans plein de styles. Même du rap, j’ai plein d’Eminem. J’écoutais ça au début. J’ai deux albums de Manau, j’ai commencé avec ça. C’était mon premier concert en 1998.

I : L’autre point qui ressort aussi de tes réseaux sociaux c’est les vidéos de concerts que tu fais à gauche et à droite.

Y : On a commencé à filmer nos évènements avec un appareil photo pour garder une trace pour les groupes et à force, comme les groupes disaient « ouais, elles sont cool tes vidéos », bon j’ai acheté une caméra avec deux micros externes dessus. Son seul problème c’est que c’est un grand angle et même si je suis tout près de la scène on dirait que je suis à 20 mètres mais le son est excellent.
Je fais ça pour les groupes. Parfois, des grands groupes les partagent. Le problème c’est les gens du premier rang qui ennuient tout le monde en filmant avec leur IPhone. Ce que je fais, je me mets souvent sur le côté. J’ai quand même beaucoup de vues maintenant, c’est cool. Je fais une vidéo par groupe. Même si je vais voir le même groupe trois fois sur deux semaines. Je filme souvent la troisième chanson et parfois certains groupes que je vois souvent râlent un peu et me demandent de filmer une autre.



I : Pourquoi la troisième ?

Y : Parce que je me dis que les deux premières, ils doivent encore parfois régler le son surtout la toute première. Tu vas à l’AB ou à Forest, le chanteur arrive sur la première chanson et bien souvent le micro ne fonctionne pas. Je me dis, troisième ou quatrième morceau, c’est bien. Bon quand c’est des groupes sludge parfois c’est le deuxième morceau parce que quand c’est quinze minutes, voilà quoi!

I : Est-ce aussi une manière de soutenir la scène locale ?

Y : Oui parce qu’ils partagent et disent qu’ils sont contents. Ça arrive que certains groupes, quand ils ont fait une faute, me demandent d’enlever la vidéo. Ou des groupes qui ont changé de line-up et qui me disent « ouais cette vidéo-là que tu as prise il y a cinq ans, tu voudras bien l’enlever parce qu’on s’est un peu engueulé avec le guitariste » et des bazars ainsi.

I : Qu’est-ce que tu penses de la scène underground belge ?

Y : Je soutiens à 100%. Je connais presque tous les groupes, même punk et rock. C’est tous des bons potes. Le but de l’orga, même si maintenant, je prends des groupes un peu plus importants, c’est d’avoir une petite place pour un groupe local. A Charleroi, il n’y en a plus beaucoup. Je fais venir des groupes de Liège, Namur et même des groupes flamands en première partie. Pour moi, ça fait partie de la scène locale aussi. J’essaye de faire un maximum. De plus en plus de cafés-bars ferment ou les orgas arrêtent. Nous on arrive à tenir.

I : C’est difficile ?

Y : Faut dire que pour quelqu’un qui est fort près de ses sous, ça peut être difficile. Moi c’est ma passion. Si je perds cinquante euros ça ne me dérange pas. On a la chance d’avoir un petit noyau. C’est vrai que ça me coûte. Les pieds de micro, si je prends des pas trop chers, ils cassent et il faut aller en racheter. Trois pieds de micro et dix câbles par mois ça revient quand même à cent euros voire deux-cents. Juste pour l’orga.

« Ce qui est bien c’est que j’ai l’impression que je donne un peu un souffle à d’autres groupes qui ont envie d’organiser. »

Ce qu’on faisait souvent, c’est pour ça que c’était cool avec les Apaches et mes cinq groupes, par exemple, un groupe suisse nous contactait « ben voilà tu viens jouer à telles conditions et nous on vient jouer chez toi à telles conditions ». C’est comme ça qu’on a joué à Malte, en Allemagne, en Hollande. On devait jouer en Suisse mais avec l’accident j’ai pas su y aller mais c’est comme ça que ça fonctionnait. Nous on ne prenait rien, c’était le groupe tête d’affiche qui prenait le cachet.

I : On ne devrait pas investir de sa poche …

Y : Oui c’est ça que je demande aux groupes, même aux plus gros groupes, je voudrais garder le côté underground parce que c’est un hangar, ce n’est pas non plus une salle de fou mais les groupes aiment bien. Et c’est ça que je dis avant je mettais que cinq euros et il y avait déjà des groupes qui râlaient mais je peux pas faire autrement pour payer les groups (rires). Maintenant quand c’est plus grand je fais quand même jusque huit euros. Certains groupes demandent de gros cachets mais moi ça ne m’intéresse pas de faire des entrées à dix ou douze euros. Déjà il n’y aura personne qui viendra et pour deux groupes je trouve que c’est abuser. Les groupes doivent s’aligner sur mon plafond de huit euros où ils ne jouent pas. À force, j’ai tellement d’évènements que si un groupe me dit non on ne joue pas ben tant pis. Je calcule sur quarante entrées et je vois si je mets l’entrée à cinq ou à huit euros en fonction du cachet demandé.

I : J’ai fait un petit montage de plusieurs photos que tu postes où tu te portes des t-shirts de groupes. Pourquoi tu fais ça ?



Y : J’avais un contact qui le faisait avant et je trouvais ça cool. A un moment, je mettais des photos des cd que j’achetais puis j’ai arrêté parce que je me suis dit « c’est bon, à force les gens vont se demander quoi ».

« L’idée des t-shirts m’est venue suite à tout le soutien que j’ai eu après l’accident, je ne m’attendais vraiment pas à ça. »

Les deux premières semaines, je n’ai pas voulu de pc, j’étais coincé dans le lit et j’avais pas envie de me connecter. Quand j’ai vu tout ce qui se passait, les vidéos qu’on m’a envoyées, les messages de soutien, les concerts de soutien, etc. Voilà, j’ai trouvé ça super gentil et je n’y croyais pas. Je me suis dit, il faut que je trouve quelque chose pour les remercier et j’ai trouvé ça. Au début, je ne voulais mettre que le groupe puis j’ai ajouté une description. Finalement, j’ai des gens qui n’écoutent pas du metal qui me disent qu’ils ont écouté les groupes avec la description que je marque. Je trouve ça sympa. C’est une façon de les remercier aussi parce que quand je les loge, ils me passent souvent du merch.

I : Tu as aussi 2.000 t-shirts ?


Y : Non ! Je ne les ai jamais comptés mais j’en ai beaucoup de petits groupes. Avant j’achetais les grands groupes donc j’ai aussi la pile ! Ici, maintenant que je perds mes cheveux, j’achète plutôt des casquettes, des bonnets. J’aime bien les goodies, ouvre-bouteilles, lunettes de soleil. Je trouve ça marrant. Souvent c’est un ou deux euros ou ils me les passent. C’est cool.

I : Tout le monde ou presque te connais. Comment tu expliques ça ?

Y : C’est marrant parce qu’au tout début, j’étais super timide. J’allais jamais vers les groupes. Quand des groupes m’ont demandé pour venir jouer, je trouvais que j’avais pas le niveau. J’étais toujours en retrait. À force d’aller dans les mêmes salles et de voir les mêmes personnes, d’organiser et de recevoir les groupes ici, de fil en aiguille, ça devient des potes, certains carrément des amis.
Au niveau de l’accueil, ça tient à cœur de ma mère, on pousse la barre un peu haute. Souvent, les groupes disent qu’il ne manque plus que trois douches et on est à l’hôtel. C’est vraiment ça pour eux. Les groupes aiment bien ce côté un peu familial. Ma mère est aux entrées, mon ingé son, des gars qui m’aident, etc. C’est pas comme dans certaines salles ou quand tu arrives on te dit tu joues là, tu bouffes là.

« Il y a une époque, chaque fois que j’achetais un t-shirt ou qu’on me le donnait, le groupe splittait deux semaines après. On m’appelait la malédiction et plus personne voulait que j’achète un t-shirt. »

Maintenant ça va mieux. Je touche du bois !

I : Le milieu underground, c’est une petite ou une grande famille ?

Y : C’est plusieurs petites familles. La famille entre coreux, la famille entre blackeux, etc. A mon anniversaire ici, tout le monde est venu, comme c’était le grand retour après l’accident. Des punks, des coreux, des blackeux. Ils ont tous fait la fête ensemble à pogotter.
J’ai vraiment bien aimé, c’était vraiment cool.
Chaque scène se crache un peu sur la figure mais maintenant, c’est de moins en moins. J’ai beaucoup de potes qui, même s’ils n’écoutent que du core, si je fais du black, ils viennent quand même voir. Avant, quand on avait la scène très core à Charleroi, et que je faisais des évènements, je mélangeais avec des groupes metal. Quand le groupe metal était sur scène, tous les coreux sortaient. Je trouve ça dommage. J’essaye d’organiser des concerts dans le même style comme ça je suis sûr que les gens restent du début à la fin. Et ne pas faire des concerts gratuits ! C’est par parce que c’est gratuit qu’il y a plus de monde.

I : Je me suis arrêtée aussi sur le mail que tu as reçu de Rick Allen, le batteur de Def Leppard.



Y : Mon père avait eu l’idée de le contacter en se disant « il ne va jamais répondre » mais il a répondu tout de suite. Il se sent un peu concerné vu qu’il est passé par là aussi mais c’est cool !
Je peux aussi faire un morceau avec Mass Hysteria
Mass Hysteria


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, si je veux. Ils ont envoyé un message de soutien en disant que si je voulais je pouvais apprendre un morceau et monter sur scène quand ils passent en Belgique.

I : Tu vas le faire ?

Y : Je ne sais pas. On verra. Furia il y a peut-être moyen (rires). Mais si je la foire, après, les gens vont être fâchés !
J’ai reçu un message de Moonreich
Moonreich


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, un groupe de blackmetal de Paris, qui m’a dit « on ne se connait pas mais donne-moi ton adresse, je vais te filer un t-shirt ». J’étais là « ok » !
Plein de gens m’ont envoyé des messages de soutien.
Même des gens qui ne sont pas des musiciens dans le metal se sont sentis concernés. Parce que voilà, ça peut arriver à tout le monde.

I : Ça se passe comment maintenant ? Tu es toujours en rééducation ?

Y : Oui, trois fois par semaine, la revalidation. C’était fort porté sur la jambe et mon articulation pour la prothèse. Maintenant, la jambe c’est presque fini. Je boite encore un peu mais ça va. J’attends le feu vert de l’assurance pour faire des tests pour une prothèse. Je me démerde avec un bras mais j’aimerais bien apprendre à conduire par exemple et je suis un peu bloqué pour le moment à cause de ça.

I : Tu as repris la batterie ?


Y : J’ai réessayé avec deux, trois musiciens mais je me frustre assez vite. J’avais quand même un certain niveau. Même Feed Them Lies
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qui est plus hardcoce et basique, j’ai eu du mal. Comme ça me frustrait et que je ne sens pas le manque pour le moment ben je ne joue plus.
Beaucoup ont pensé que j’allais avoir la larme à l’œil en voyant des groupes jouer mais non, je suis même content pour eux !

I : Cet accident a-t-il changé ta vision de la vie ?


Y : Non, c’est exactement la même chose. C’est vrai que l’adaptation a été difficile. Les premières fois où je faisais quelque chose de basique comme couper de la viande ou des trucs comme ça, au début, tu t’énerves. Ou la première fois que je suis revenu aux Apaches comme c’est moi qui remettais les cymbales qui tombent, je faisais plein de trucs. Maintenant je me retrouve à essayer de plier un câble avec un bras, je suis là entrain de lutter ou juste mettre une prise. Je fais beaucoup avec les jambes tant que je n’ai pas la prothèse.

I : Tu aurais pu faire une dépression pour le même prix !

Y : Il y a beaucoup de gens qui font ça. Même mon psychologue ne comprenait pas. Il était là « c’est pas normal tu n’es pas passé par les stades ». Le premier et le deuxième jour, j’ai eu du mal mais après j’avais déjà fait le deuil. La vie continue, tant pis, j’ai plus de bras, il ne va pas revenir. J’allais pas commencer à pleurer. Cela aurait été plus dur pour moi avec une jambe en moins. Je sais me déplacer. Il y a des choses que je ne sais plus porter mais le reste ça va.

« Bon maintenant, on ne sait plus me dire « charrette » parce que je ne sais plus prendre qu’une bière (rires). »

Quand je sors, je mets mon pull, c’est pour ça qu’on m’appelle Jamel, quand c’est avec des potes ou des gens que je connais je m’en fous d’être ainsi mais quand je sors je mets ma veste. Les gens me disent « ah tu as un problème à ton bras », « ben oui, je n’ai plus de bras ». Si je vais ainsi dans un bar, tout le monde regarderait.
Ça me manque de donner cours (anglais, néerlandais). Des potes m’ont dit que je devrais changer de métier parce que j’allais me faire chambrer mais j’ai dit non. J’ai eu plein de messages de mes élèves. Les élèves vont comprendre. De toute façon, j’ai décidé que s’ils font trop chier je vais dire « maintenant tu copies ça mais du mauvais bras » vu que j’étais droitier (rires).
La batterie m’a sauvé un peu à ce niveau-là, grâce à la batterie, tu es un peu ambidextre.

« Au tout début, les infirmières disaient « on va venir vous nourrir, vous allez avoir du mal ». Ah tu penses ! J’ai pris la soupe, j’ai mangé et elles étaient là « ah ok » ! »

Même me raser. Comme ils m’ont rasé n’importe comment, j’ai dû me raser. Tu as vu la photo aussi j’imagine.
Quand je me suis réveillé, j’ai testé un peu, j’étais quand même bien attaché au lit. Bras gauche, ça allait, je bougeais les doigts. Jambe droite, ça faisait mal mais ça bougeait. Côté droit, comme je ne le sentais pas, je me suis dit soit mon bras est encore là mais il est paralysé soit je n’en ai plus. Une heure et demie après, on m’a enlevé le tuyau que j’avais dans la bouche et ils m’ont dit que je n’avais plus de bras et je m’y attendais.
Un des infirmiers m’a raconté que j’ai fait une blague aux infirmières. J’avais une dose de cheval de morphine mais quand ils m’ont sorti de l’ambulance j’ai dit « ils auraient quand même pu me rendre mon bras, je l’aurais mis comme écharpe parce qu’il fait froid ». Il paraît que les infirmières sont devenues toutes blanches.

I : Quel est la suite pour tes groupes ?

Y : On est des groupes amateurs, s’ils s’arrêtent pendant un an, c’est fini. J’ai proposé qu’ils prennent quelqu’un d’autre ou bien de travailler sur des bandes.
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, ils attendent. Cryptogenic
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, on va continuer mais en studio. Wallifornian Degeneration
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, ils m’attendent aussi.

I : Il paraît que tu as écrit dans Hellzine ?

Y : Oui, au tout début. J’ai fait deux, trois chroniques.

I : Tu n’as pas envie de rejoindre l’équipe de Shoot Me Again ?


Y : Non ! J’ai pas le temps !

I : Dommage, Yohann, ça avait pourtant bien commencé :-) ?
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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