Reportage

Eindhoven Metal Meeting, jour 2: Loué soit Batushka!

Eindhoven (Effenaar), le 17-12-2016

Lundi 2 janvier 2017

Cette deuxième journée du Eindhoven Metal Meeting réservait du (très) lourd avec notamment Moonspell, Tiamat et le phénomène Batushka pour conclure. Suite et fin de notre report!



Matthias: Comme les incantations ne reprennent qu'à 15h, nous pouvons nous permettre un peu de tourisme. Mais si Eindhoven est une ville confortable, ça ne la rend pas forcément très intéressante à visiter. Lourdement bombardé en 1944, le centre-ville n'a plus beaucoup de vieilles pierres à montrer aux amateurs d'histoire. Mais l'église néo-gothique, bien que récente, mérite un petit coup d’œil, d'autant qu'elle abrite quelques vitrines présentant des objets de la vie courante aux XVIe et XVIIe siècles. Et non, tous les blackeux ne jouent pas avec des allumettes. Petit gag : nous y avons vu un tableau ressemblant trait pour trait à l'icône représentée sur l'album de Batushka. C'est forcément un bon présage pour la suite !



Florent: Le premier groupe de la journée est un de ceux que j'attendais avec impatience. Le souci, c'est que Der Weg Einer Freiheit pratique un style de black, à mi-chemin entre le post-machin et l'atmo-truc, qui nécessite un certain temps pour être développé correctement... et que les Allemands ont une petite demi-heure de temps de jeu, soit quatre morceaux ! Heureusement, DWEF ne s'en formalise visiblement pas et balance un set d'une justesse impressionnante. C'est bien simple, pour moi, ces quatre gars étaient de loin les meilleurs musiciens du week-end. Tout y était : mélodies planantes, batteur métronomique, alternances de rythme... Der Weg Einer Freiheit est une classe au-dessus. Bluffant malgré le temps de jeu limité et à revoir dans de meilleures conditions.


Matthias: Komah a longtemps été pour moi un groupe à part. Il est programmé dans la moitié des festivals belges et je l'ai déjà vu au moins trois fois ( bordel, Le Télégraphe de mes 14 ans ... ), mais je serais bien incapable de le décrire ! C'est comme si l'impression ne se faisait jamais sur la bande, sans la moindre raison logique. Du coup je les redécouvre à chaque concert, et pour une fois, j'ai l'occasion d'en garder trace par ces lignes ! Franchement, Komah est un bon groupe : du death moderne bien carré à tendance core, efficace et très bien joué. Les musiciens ne commettent pas une fausse note et arrivent à instaurer une certaine ambiance. Bon point pour eux, d'autant plus qu'ils jouaient ce soir le dernier concert d'une longue tournée. Ça réveille, mais comme ce n'est pas du tout mon genre de prédilection, ça me parait vite répétitif. Nous désertons un peu tôt pour quand même tendre une oreille du côté de Schammasch, par acquis de conscience. Si leur deux derniers albums ont d'indéniables qualités, les Suisses ne nous avaient pas fait grande impression au Biebob, en novembre dernier. Trop impersonnel. Trop dense. Et pas pour autant très subtil en live. Bon, je dois reconnaître qu'ils gagnent en intensité à jouer dans une grande salle, mais comme la recette est la même, au manque de scénographie près, cela reste bien trop monolithique à mon goût.

Florent: Après être resté un peu plus mesuré que Matthias devant Komah, l'attitude un peu hautaine et forcée du groupe me pompant vite l'air, je suis encore une fois resté de marbre devant Schammasch. Ce groupe est présenté par beaucoup comme une formation d'avenir et j'étais déjà plutôt sceptique après écoute sur album, mais c'est en live que l'affaire prend toute sa non-dimension. Au Biebob, c'était soporifique avec un son mauvais ; à Eindhoven, ça aura été soporifique avec un bon son. Tout l'encens du monde n'y changera rien...


Ce sera une toute autre affaire avec Memoriam, groupe formé en janvier 2016 à la suite du décès du batteur de Bolt Thrower, Martin Kearns- d'où le nom. Au micro, Karl Willetts, chanteur emblématique de Bolt Thrower ; à la batterie, Andy Whale, lui aussi ancien de BT. Et ce qui devait être un hommage est au final devenu le seul moyen de se remémorer ce que pouvaient bien donner les légendaires Bolt Thrower en live, le groupe ayant décidé d'arrêter les frais en septembre dernier, ne s'étant pas remis du décès de Kearns.



Un contexte plutôt sombre, donc, pour un concert des plus lumineux. Pas question de larmes ou de pathos au concert de Memoriam, uniquement du putain de death metal old school brut de décoffrage. Je dois avouer que Bolt Thrower, je connaissais surtout de réputation, mais ce concert, composé en bonne partie de compositions originales mais avec trois reprises au programme, m'a donné envie de réviser mes classiques. Willetts est assez clairement la vraie star du groupe et si sa voix a un peu vieilli, sonnant parfois plus punk que death, son grand sourire permanent compense largement. C'est simple, je n'ai jamais vu un frontman plus sympathique et souriant que ce deathster cinquantenaire ! Présent à l'entrée des coulisses, Dave Ingram, chanteur de Hail Of Bullets, prend visiblement son pied à écouter ses potes ; il faut dire qu'Ingram, lui-même passé par Bolt Thrower, est aussi vocaliste de Benediction, dont... deux membres sont sur scène (Frank Healy et Scott Fairfax). On est en famille donc, et personne n'est surpris quand Ingram monte sur scène en trombe (enfin, a-t-il même l'air de se dire) pour chanter Inside the Wire en duo avec Willetts. La grande classe et un moment historique pour les fans de Bolt Thrower qui voient les deux chanteurs historiques du groupe sur scène ensemble ! Un beau moment qui range ce concert déjà excellent dans la case « cultissime ».



Matthias: Aura Noir, ce n'est pas subtil sur album, et ça l'est encore moins sur scène. N'empêche que si on sait à quoi s'attendre, on ne peut en ressortir déçu. C'est du thrash, point. Mais du très bon, qui sent le cuir, la clope et le Jack Daniels. Du Rock&Roll bourrin avec la bénédiction de Saint Lemmy et visiblement son haleine chargée ! Bref, pas novateur, mais efficace. Schitzoid Paranoid échauffe bien le public et les morceaux s’enchaînent ( et se ressemblent, 'faut l'avouer ) ponctués des blagues douteuses d'Aggressor. J'aurais aimé entendre aussi Black Thrash Attack, mais on a droit à la place à une reprise de Venom. Efficace, certes, mais si ça n'avait pas été précisé, personne ne s'en serait rendu compte ! Je n'étais pas venu pour Aura Noir, mais au moins ça réveille.


Florent: Aura Noir est donc censé être du « black thrash », du nom de son album emblématique, mais très sincèrement, j'ai plutôt eu l'impression d'y voir un Venom (très) accéléré et plus technique, mâtiné d'un peu de Mötörhead des familles. Pas à proprement parler désagréable, mais peut-être un peu décalé dans ma journée. Bon, le taux d'alcoolémie des gars m'aura quand même bien fait marrer.

Place maintenant à un groupe qui a, pour le coup, l'air complètement décalé sur l'affiche, du moins musicalement : Hell. Les revenants de la NWOBHM sont vite devenus un phénomène. Ressuscités par Andy Sneap, qui a décidément du flair, ils ont bluffé leur monde avec un Human Remains solide et, surtout, un Curse & Chapter entièrement composé de matériel nouveau pour la première fois... et encore meilleur, preuve que la disparition prématurée de ce groupe en 1987 nous a privé de sacrés moments.



En live, Hell est un spectacle à part, grâce surtout à un homme : David Bower. Ce chanteur, recruté en 2010 pour remplacer Dave Holliday, décédé peu après le split du groupe, est avant tout un comédien et acteur professionnel – et ça se sent. Fait rare : il utilise un micro serre-tête, ce qui lui laisse les mains libres et lui permet de faire le show. Avec exubérance, ce qui peut en rebuter certains, mais avec une implication totale, comme lorsqu'il apparaît torse nu et se « flagelle » sur l'incroyable Blasphemy & the Master, où toute sa technique vocale s'étale. Bower n'hésite également pas à aller au contact d'un public un peu dubitatif au début, mais rapidement captivé et happé par la prestation. Malgré quelques petits accrochages (sans animosité) avec l'un ou l'autre idiot aviné, le chanteur reste concentré et retombe sur ses pattes avec une facilité... professionnelle. Un autre monde, tout bonnement.
Et musicalement, il y a évidemment de quoi dire aussi, car d'Age of Nefarious au déjà culte On Earth as it is in Hell, chanté par une bonne partie de l'assistance, Hell a déjà un paquet de tubes. Mention spéciale aux géniaux Arkhangel et Plague & Fyre, théâtraux au possible. En décalage avec l'affiche, peut-être, mais particulièrement moderne, au contraire d'énormément de groupes de l'époque...

Matthias: Pas grand chose à rajouter à la prose de Florent, si ce n'est que le micro serre-tête a donné du fil à retordre à l'ingé son, il a fallu un moment pour que Bower soit audible. Par contre j'ai vraiment regretté ne pas connaître le dernier album, tant Hell nous a expliqué le sens du mot « épique », malgré le comportement de sangliers ivres de certains consanguins, qui ont un peu gâché l'expérience aux premiers rangs.

Florent: La journée étant (très) longue, nous faisons volontiers l'impasse sur Bölzer et Pro-Pain. Les premiers ont sorti un album acclamé mais qui me laisse froid et les deuxièmes me paraissent plutôt incongrus dans la prog' – puis, il faut bien manger. Le temps d'une crasse dans la salle de merch' où se dandinent quelques affamés sur le Rage Against the Machine qui passe dans la sono, et on y retourne pour le rush final.

Et pour moi, ce rush commence par Moonspell, qui joue son album Irreligious en entier. Les Portugais m'avaient laissé un souvenir mitigé à l'Alcatraz malgré les nombreux extraits du merveilleux Extinct sorti peu de temps auparavant, mais il en sera tout à fait autrement ce soir.
Si la paire Opium/Awake qui ouvre l'album est plutôt classique et souvent jouée live, le reste d'Irreligious est tout de même un peu plus « événementiel ». Le public est là en masse et certains ont même l'air de connaître les moindres paroles de l'album. Et l'interprétation, cette fois, est carrée et très juste, surtout de la part de Fernando Ribeiro que j'avais trouvé limite en 2015. Bon, sa prestation scénique reste un peu... étrange, voire kitsch (qu'a-t-il voulu faire avec ces miroirs sur Herr Spiegelmann?), mais vocalement, le frontman est parfait, notamment sur le lourd Mephisto qui plonge le public en transe. Et malgré Irreligious, le moment fort du concert restera la doublette Vampiria-Alma Mater, issue de Wolfheart (il faut dire que l'album fêté aujourd'hui dure une quarantaine de minutes). Alma Mater et son refrain restent d'ailleurs un de mes meilleurs moments du festival – quel morceau ! Même le lancinant classique Full Moon Madness ne fera pas mieux.


Transition facile avec Tiamat, qui fait son retour sur scène à peine deux ans après avoir annoncé leur split. Même si malgré ça, visiblement, les Suédois ne sont pas le « gros » groupe le plus attendu du festival. Il faut dire que le style de Tiamat a bien évolué depuis ses débuts, devenant plus accessible, voire rock gothique. Mais la finesse des mélodies et la mélancolie qui se dégage de la musique de Johan Edlund m'ont toujours séduit. C'est d'ailleurs avec un de mes titres préférés du bel album Amanethes, Will They Come?, que le groupe arrive sur scène et entame une prestation... déstabilisante.
Déstabilisante car Edlund, pourtant en voix, est un frontman particulier. Entre humour à froid, private jokes avec le reste du groupe, moments d'absence entre les morceaux, on a un peu du mal à le suivre... mais au moins, il a le sourire. Et sa présence à un festival extrême ne l'empêchera pas de jouer des titres particulièrement soft comme Wings of Heaven ou le sublime Divided. Cain fera donner de la voix au public, et Misanthropolis me filera autant de frissons que sur album. Au final et malgré un petit côté « décalé », Tiamat donnera exactement le concert que j'espérais voir, avec une setlist tout bonnement merveilleuse. Avec en point d'orgue la participation de Fernando Ribeiro à la vieillerie The Sleeping Beauty tiré de Clouds (1992), qui renoue avec le doom des débuts. Rare et jouissif !



Matthias: Bon, je reconnais que Johan Edlund a une très belle voix, qui me rappelle un peu celle de Ian Curtis par moment, mais rien à faire, je n'accroche pas au gothic metal. Je descends donc découvrir Emptiness, déjà plus proche de mon univers musical. Et bien ce fut une jolie claque ! Le groupe ne révolutionne pas le black atmosphérique, mais il nous offre une très belle prestation, froide mais absolument pas impersonnelle, alors que ce genre de musique passe parfois très mal l'épreuve du live. Il faut dire que jouer dans la petite salle devient pour une fois un atout : plus sombre et moins bondée, elle permet une certaine proximité avec les musiciens, ce qui d'instaure une ambiance contemplative parfaitement appropriée. Emptiness enchaîne donc les morceaux de son dernier album, Not for Music, tous plutôt efficaces. Des passages purement contemplatifs sont parfois suivis de montées vocales assez impressionnantes, tandis que l'instrumentation est irréprochable. J'ai particulièrement apprécié Your Skin Won't Hide You et Let It Fall, mais aucun morceau ne dénote durant le concert, qui m'a semblé bien court. Ils sont d'ailleurs accompagnés d'images d'embouteillages gigantesques et de mégalopoles projetées derrière le groupe, qui sont suivies par des plans désertiques après une ponctuation atomique. La combinaison musique/image s'accorde à merveille pour démontrer le côté vain de toute entreprise humaine, forcément pathétique et vouée à la destruction, si ce n'est par la main de l'homme, alors par le temps inexorable. Nous ne sommes pas grand-chose, et nous ne pouvons pas accomplir plus que nous dresser du haut de notre pathétique orgueil. Au risque d'encore une fois passer pour un sociopathe, j'adore. En tout cas, parfait état d'esprit pour aller voir ce que vaut Batushka.


Florent: Batushka est un phénomène. Sorti fin 2015, l'album Litourgya comptabilise plus d'un million de vues sur Youtube, soit un chiffre plutôt fou pour du black metal, surtout en si peu de temps. Pour ceux qui ne connaissent pas la formule, Batushka est un groupe « anonyme » (on sait officieusement que le chanteur est le dirigeant du label Witching Hour, mais rien de plus, même si je ne serais pas surpris d'y voir un membre de Mgla ) dont la musique incorpore des éléments de musique liturgique orthodoxe. Et pas de façon cosmétique : les chants grégoriens sont une part primordiale de la musique du groupe, pour un résultat... ahurissant. Probablement une des plus grosses claques que je me suis prise ces dernières années.



Malheureusement, j'avais eu de mauvais échos de Batushka en live, surtout à cause de problèmes de son. Raison de plus pour ne pas me plaindre quand le groupe commence une bonne quarantaine de minutes en retard pour s'accorder au mieux. Une partie du public a déjà lâché l'affaire, vaincue par l'horaire un peu dingue – le groupe terminera finalement vers 2h40 du matin... après avoir scotché tout le monde. Tout l'album y passe dans l'ordre, Yekteniya V me retourne la tête, et Batushka m'a peut-être fait vivre un de mes concerts de l'année.



Matthias: Je pars du principe que tout retard permettant de régler le son au poil de mollet de pope se justifie. Alors c'est vrai que l'attente fut longue, mais pour moi ça n'a rendu l'expérience que plus intense ! La scénographie, très chargée, évite heureusement de peu le piège du kitsch, tant on se croirait vraiment dans une cérémonie hérétique. Les Yekteniya s’enchaînent avec la même précision que sur album et les chœurs sont parfaitement audibles, malgré mes craintes. Comme je m'y attendais, la puissance accumulée se déchaîne sur Yekteniya III, véritable pierre sur laquelle est bâtie l'église Batushka. De tout cœur, Spasiba ! Et malgré l'heure tardive, nous sommes ivres d'occultisme en rentrant à l’hôtel.


Notre trip à Eindhoven se termine donc maintenant, mais au vu de l'accueil, de l'organisation, de l'affiche et de la proximité, les festivals aux Pays-Bas, ça risque fort de devenir une routine.
Pour relire notre première journée, c'est par ici:

http://www.shootmeagain.com/livereports/841_eindhovenmetalmeetingrituelsstroopwafels_eindhoven_16-12-2016
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AUTEUR : Florent
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on é...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Agai...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...

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