Reportage

Brutal Assault jour 2 : Deuxième vague ...

Jaromer (Brutal Assault Festival), le 10-08-2017

Mercredi 30 août 2017

Dès le réveil, le soleil tape dur sur les toiles des tentes. Cette deuxième journée au Brutal Assault s'annonce pénible, avec un mercure qui dépassera avec enthousiasme les 35 degrés à l'ombre !



Mais malgré le cagnard, haut les cœurs ! On n'a pas parcouru 1.200 bornes depuis les anciens États bourguignons pour se lamenter !

Après une file d'attente à l'entrée du site heureusement assez courte, car en plein soleil, retour dans la forteresse. Déjà, c'est la ruée vers les robinets mis à disposition, mais on se rend compte, presque trop tard, que certains sont étiquetés ''non potable''. A se demander à quoi ils servent... Le Brutal Assault a quand même le mérite de mettre de l'eau fraiche à disposition un peu partout, mais pour éviter les surprises, je crois qu'il vaut mieux la payer au bar, à un prix aussi modique que celui de la bière. Là encore, ça me change agréablement des festivals belges. Je découvre d'ailleurs avec plaisir un stand qui propose des cocktails de thés glacés, relativement chers (80 couronnes, soit environ 3 euros le demi-litre...), mais salutaires!

Aujourd'hui encore, le festival a la bonne idée de programmer les groupes de death et de etc-core en début de journée, les formations plus occultes ayant le privilège de l'obscurité. Pour ma part, les hostilités commencent donc avec Fallujah. Si je les connais assez mal, les Américains arrivent à me scotcher dès leur premier morceau. Leur death technique très aérien arrive un temps à me faire planer un temps au dessus de la canicule, même si je sens vite mes épaules au teint de mozzarella prendre une inquiétante nuance rosâtre. Je suis même vraiment surpris d'apprendre ensuite que le chanteur, Monte Barnard, ne fait partie de la formation que depuis moins d'un mois, après le départ d'Alex Hofmann. Il aura vite su se tailler une place !

On continue dans la même veine tranchée avec les Canadiens énervés de Cryptopsy, qui viennent nous balancer leur album Full None So Vile avec toute la grâce d'un semi-remorque qui s'encastre dans une maternelle ! Une œuvre qui date quand même de 1996, et qui a du causer des milliers de torticolis depuis, que Cryptopsy nous offre avec la maîtrise acquise en 20 ans de carrière. J'ai parfois du mal avec le brutal death en live, mais là je suis conquis. Seule déception : leur morceau Defenestration n'est donc pas sur la setlist, alors que le jouer en République tchèque aurait eu une saveur particulière. Comprenne qui pourra.

Il est maintenant 14h, et Helios nous fait souffrir. Le Brutal Assault offre plus d'ombre que les autres festivals grâce à ses murailles, mais ce n'est guère assez pour abriter les 10 à 15.000 personnes présentes. La combinaison soleil ardent et alcool omniprésent cause déjà les premiers échouages. J’aperçois même un type endormi la clope au bec qui, par réflexe de mastication MANGE sa cigarette sans même émerger !



Petite réflexion personnelle: si comme dans tous le festivals, de nombreux mâles exposent leur bedaine au regard de tous, pas mal de dames retirent aussi leur t-shirt. Et c'est bien sûr leur droit le plus strict, mais je ne pense pas qu'autant de festivalières belges ou françaises oseraient passer le cap. Les metalheads locaux seraient-ils plus respectueux de la parité, ou s'agit-il d'un rapport différent au genre et à la pudeur ? Je ne sais pas, et je n'ai pas de sociologue à disposition. Mais à l'échelle de mon regard, j'ai l'impression qu'on les laisse tranquilles, ici, y compris dans le pitt. Et c'est tant mieux. Fin de la digression.

La suite de la programmation m'intéressant peu avant le début de soirée, j'arpente la forteresse en quête d'un peu de fraîcheur. C'est l'occasion de découvrir quelques unes des attractions proposées par le Brutal Assault en plus des concerts, comme une galerie d'art contemporain, mais aussi les catacombes. L'entrée est payante pour ces derniers, mais bon, 40 KCR, ce n'est guère prohibitif. J'arpente donc pendant une petite heure une série de couloirs éclairés seulement à la bougie, et parsemés de quelques tableaux. Pas aussi inoubliable que la présence d'un cinéma sur le site, auquel hélas je n'aurai pas de temps à consacrer, mais les tonnes de briques offrent une température plus douce et ô combien appréciée. Une petite pensée pour le bénévole chargé de remplacer les bougies pendant quatre jours !



De retour à la surface, me voilà devant un choix cornélien : les shows de The Great Old Ones et Arkona se chevauchent hélas. J'opte pour les Russes, que je sais très bon en live. Le soleil tape encore trop dur pour profiter autant que je le voudrais, mais dès Goi Rode Goi, Masha « Scream » nous offre une belle démonstration de son talent vocal, entre growl très convaincant et envolées mélodiques dignes d'une nymphe errant dans la steppe infinie. Arkona fait la part belle à ses morceaux plus anciens, comme Yarilo, qui ont quand même un aspect folk pouet-pouet prononcé, quoique de qualité, et qui attirent un public plus amateur de mosh pitt que de mythologie. Du coup, l'orientation actuelle du groupe, plus contemplative et mystique se fait moins présente. Mais Masha nous offre quand même en avant-première un morceau inédit du prochain album dont je ne n'aurais su retenir le nom, ainsi qu'un très beau Yav, qui confirment tout deux qu'Arkona évolue vers un style plus sérieux et résolument païen, qui donne au groupe russe des sonorités rappelant un Nokturnal Mortum, d'avantage tout public, toutefois. Un bon concert, bien que je sais le groupe capable d'encore mieux. On blâmera la chaleur. Le show verra aussi le décès de ma pipe après 5 ans de bons et loyaux services, et qui finira sous un cairn dans la plaine. En campagne, une sépulture de fortune est déjà un luxe.





Comme il et déjà trop tard pour espérer grappiller les dernières minutes du concert de The Great Old Ones à la Metalgate, je reste devant les mainstages pour Nile. Et bien je suis fort déçu. Si le thème égyptien du groupe m'intéresse déjà plus que sa musique à proprement parler sur album, en live, c'est en fait fade au possible. Mais peut-être que je frise tout simplement l'overdose de death technique, un genre qui pour moi se prête peu au show.

Après un Samael pas vraiment inoubliable, j'ai le choix entre Hatebreed et... Big Boss. Oui, le chanteur de Root aux airs de Manson qui ne serait pas passé à l'acte (pas Marilyn, l'autre) joue aussi aujourd'hui, avec son projet solo ! C'est trop intriguant pour que je le manque, d'autant que j'ai déjà eu ma dose de hardcore la veille avec Madball. Par pur esprit de découverte, je me dirige donc vers l'Oriental pour la première fois. Et la foule est déjà dense devant la-relativement- petite scène, ce qui donne ne idée de l'aspect culte du personnage en Bohème-Moravie. Le principal intéressé déboule sous les applaudissements juché dans une remorque tirée par un des quads qu'utilise le staff pour se déplacer. C'est à la fois impérial et plein d'autodérision, mélange rare ! Jiri Valter de son vrai nom, accompagné de petits jeunes, propose un répertoire plutôt heavy occulte que vraiment black qui tend vers les ballades, ce que sa voix, vraiment exceptionnelle, porte avec merveille. L'ambiance est détendue au possible, et le maître local entrecoupe ses morceaux de nombreux commentaires en tchèque qui semblent faire mouche car l'hilarité est générale, mais auxquels je ne comprends évidemment rien. Au final, j'assiste à un concert plutôt agréable, mais qui prend des airs de private joke pour un non-indigène. Aucune raison d'être déçu toutefois ; j'ai vraiment eu l'impression d'assister à un moment culte, mais dont je ne disposais hélas pas de toutes les clefs.



Le Brutal Assault a subi pas mal de changements dans sa programmation, et se retrouve au final avec un conflit horaire vraiment pénible : Emperor et Uada jouent quasiment en même temps ! J'espère un moment voir au moins le début d'Emperor, qui m'avait vraiment impressionné au Graspop alors que je n'avais pu voir le groupe que sur écran géant en attendant Rammstein. Mais l'affluence vire presque au mouvement de foule, je crains même un moment que ça ne dégénère, et je finis par me faufiler loin de la scène. Pour le coup, c'est vraiment une grosse déception.

Je retourne donc directement à l'Oriental pour Uada, et visiblement je suis loin d'être le seul à avoir privilégié la jeune formation aux souverains du black metal. Les misanthropes de l'Oregon jouent -forcément- l'intégralité de leur premier et unique album Devoid of Light alors que quelques gouttes commencent à tomber. Le style d'Uada rappelle fortement celui de Mgla , preuve que la formation polonaise devient tellement culte ( pardon ; kvlt) que les nouveaux groupes de la mouvance black occulte/mélodique ont bien du mal à prendre leur distance. Dans le cas d'Uada, c'est toutefois une réussite, et la nuit s'assombrit -et se rafraîchit- à merveille. Les Américains ne brillent, si je puis dire, certes pas par l'originalité, mais il révèlent un potentiel scénique plus qu'honorable durant ces cinq morceaux, avec une distance avec le public moins prononcée que pour leurs mentors. Le final Black Autumn, White Spring révèle même une certaine énergie qui devient rare dans ce genre musical de plus en plus porté sur la contemplation. Je guetterai le prochain album d'Uada, en espérant qu'il fera preuve de plus d'identité propre.



Les approximations de l'horaire me feront rater presque entièrement Opeth, mais franchement ça me laisse froid. J'envisage de me reposer un peu en attendant Rotting Christ, l'un de mes groupes favoris pour qui l'ignorerait encore, et un Mourning Beloveth ô combien tardif (le groupe commence à 2h du mat'...). Sauf que les dieux locaux, taquins jusqu'au bout, nous offrent un dernier retournement de situation. Les quelque gouttes discrètes durant Uada laissent place en un éclair, littéralement, aux vannes célestes. Ce n'est pas un orage comme on l'entend à l'ouest, mais un véritable cataclysme qui s'abat sur le Brutal Assault ! Les nuages prennent des formes et des couleurs que je ne soupçonnais même pas naturelles, tandis que le tonnerre couvre la musique en continu !
Nous sommes nombreux à battre en retraite, et c'est depuis ma tente, plus solide qu'elle n'avait l'air, que j'entendrai, un peu déçu, le set de Rotting Christ. In Nomine Dei Nostri, Apage Satana, Ze Nigmar, ... Sakis Tolis propose une playlist qui faite la part belle au dernier album, Rituals, que je sais d'expérience être monumental en live. Mais justement, c'est toujours le même set depuis sa sortie. Même de très bons morceaux plus anciens, comme Forest of N'Gai, sont un choix un peu trop coutumier pour qui a vu Rotting Christ déjà deux fois dans l'année. J'aimerais entendre à nouveau des morceaux tels que Enuma Elish, Phobos Synagogue, ou Kata Ton Demonoi Eatou. Mais c'est le fardeau du fan de longue date de toujours trouver à redire, et nul doute que l'orage aurait donné un charme particulier, bien que dangereux, au concert des Grecs.

Et je sombre en me demandant ce que je retrouverai du campement le lendemain ...
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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...

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