Depuis maintenant plus de 25 ans et 14 albums, Rotting Christ nous assène presqu'à chaque sortie une solide baffe de par la haute qualité de son black impartial, empreint de satanisme sans tomber dans le cliché et a su faire évoluer son univers musical. D'un black presque raw (Passage to Arcturo 1989 ) le son du combo a évolué vers quelque chose de beaucoup plus subtil au fil des années, particulièrement à l'entame des années 2000 (Khronos) qui reste du black avec des blast épiques tout en lorgnant par moments vers un pseudo hard rock assez unique en son genre et lui confère une véritable aura.
Après les excellents efforts Aelo en 2010 (fortement inspiré de l'univers du roman graphique " 300 ") et surtout Kata Ton Daimona Eaytoy en 2013 d'une noirceur opaque d'où pourtant s'échappait un peu de clarté, " Rituals " se veut plus rituel (selon les propres mots du chanteur Sakis) et s’enfonce plus loin dans les ténèbres. Et cette fois, plus aucune lumière ne transperçe. Cet aspect sombre est notamment renforcé par la présence de guests tels que Nick Holmes (Paradise Lost) ou encore Vorph (Samael) qui apporte un vrai plus avec leur timbre de voix.
A première vue tout y est : Visuel à la fois sobre, noir et qui impose déjà le propos graphiquement, en lien direct avec l'effort précédent, excellente production comme d'habitude. Coté contenu l'ensemble est noir, avec ses pointes de blast et ses élancées athmosphériques, des soli puissants. Ce chant rauque à moitié cassé qui caractérise le groupe, accompagné de choeurs malsains (In Nomine Dei Nostri) ou ces mid tempo où le cou va souffrir et qui rendent l'ambiance générale du disque encore plus pesante. Le nom de la bête n'a jamais été autant prononcé et répété sur un de leurs albums. "Les litanies de Satan " en français dans le texte en est le point d'orgue mais citons aussi Apage Satana, qui donnent à cette release l'aspect rituel recherché. Si on s'en tient à cet album, on peut l'affirmer il est très réussi et promet un rendu live intense et ... rituel (c'est dire à quel point le concept est poussé à l'extrème) ce qui séduira de nouveaux fans.
Par contre, il se pourrait que les plus anciens ne s'y retrouvent pas et soient même déçus. Car même si on attend de Rotting Christ de faire du Rotting Christ, force est de constater que d'un point de vue structure musicale, cet album n'est rien de plus qu'un mix des dernières releases du groupe et frôle parfois dangereusement l'auto plagiat pur et simple. Ainsi, des morceaux comme Ze Nigmar et Tou Thanatou pourraient s'inscrire sur Aelo, Elthe Kyrie ou For a Voice Like a Thunder sur Kata Ton Daimona Eaytoy, A ce jeu, la palme revient au titre Devadevam, véritable auto-plagiat de Yumen/Xibalba (c’en est même presque scandaleux), ce qui porte préjudice à l’écoute global sur le CD et vous laisse un goût amère au final.
En bref, Rotting Christ maitrise son art, c'est indéniable mais n'a pas été capable de se détacher de lui-même pour donner un nouveau souffle à cet effort et proposer quelque chose de différent, comme ils étaient capables de le faire (et le sont toujours j'en suis convaincu). Espérons que le tir sera rectifié pour le suivant !
Bonne écoute

Septic Flesh

Paradise Lost
Samael