2019 aura été une année faste pour le black metal. Nous avons eu droit au retour d’une institution nationale avec le Mass Deathtruction Festival après une hibernation de plusieurs années. L’affiche a aligné les noms ronflants, dont le point d’orgue fut probablement MglaMgla1 chronique · 3 galeries, sans pour autant oublier d’étonner avec l’expérience sensorielle sublime proposée par le doom féroïen de HamferdHamferð1 chronique · 1 galerie. Plus au sud, c’est l’affiche proposée par Cronos ASBL dans le cadre du Night Fest Metal X qui a attirée tous les regards. Jugez plutôt : LethvmLethvm2 chroniques · 17 galeries, 19141914Voir la fiche, Imperium DekadenzImperium Dekadenz2 chroniques, SaorSaor3 galeries …la prise de risque fût payante, nous en sommes toujours retournés ! 2020 s'annonce déjà comme une nouvelle année chargée avec des grosses cylindrées qui envoient du lourd, notamment le Graspop (Misþyrming, NaglfarNaglfarVoir la fiche) et surtout l'Alcatraz Metal Festival (EmperorEmperorVoir la fiche, SatyriconSatyricon2 chroniques · 4 galeries, 19141914Voir la fiche etc.).
2019, c’est aussi une fournée d’albums de black metal d’une qualité remarquable. SMA n’a malheureusement pas toujours eu le temps de chroniquer toutes les productions qui auraient pourtant méritées de retenir notre attention. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, nous allons essayer de rattraper notre crime de lèse-majesté en sélectionnant 12 albums sortis en 2019 qui n’ont pas été chroniqués par SMA. 12 comme les 12 lunes dans l’année, comme les 12 signes du zodiaque, comme les 12 apôtres…et surtout comme le nombre de mois pendant lesquels nous avons péché en honorant pas les dieux du black comme il se doit.
Avant de se lancer dans cette rétrospective, je signale rapidement que la sélection est composée d’albums qui ont retenu mon attention pour une raison ou une autre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une liste des 12 meilleurs albums de black metal de 2019, mais plutôt de 12 albums qui propagent cette petite dose de magie qui vous transporte dans un monde de noirceur. Par ailleurs, aucun classement particulier ente les albums retenus n’a été établi dans la rétrospective, si ce n’est pour le dernier qui constitue mon coup de cœur. Enfin, je vous réserve une petite surprise puisque comme les lecteurs l’ont demandé lors de notre enquête réalisée pour les 15 ans de SMA, je termine mon tour d’horizon avec une playlist Youtube spécialement conçue pour l’occasion. Assez tergiverser, rentrons dans le vif du sujet.
Vous Autres - Champ du Sang - 9 titres - 59 min.
Pour débuter notre voyage noir, nous n’allons pas nous déplacer très loin puisque notre premier arrêt a lieu en France, avec Vous AutresVous AutresVoir la fiche. Après l’EP promoteur Trentes Pièces d’Argent (2017), le duo nous bouscule avec Champ du Sang, mix de black, sludge et doom errant quelque part sur le chemin tracé par CélesteCeleste7 chroniques · 12 galeries.
Les trois termes qui qualifient le mieux Vous autres sont noirceur, déroutant et oppressant. Les frappes sont lourdes, on se sent plier sous le poids qui s’abat sur nous tout en étant perdu avec des compositions qui ne cesse de surprendre, comme un enfant dont le comportement versatile vous surprendre. Ce n’est peut-être pas la production la plus novatrice rencontrée cette année, mais l’ambiance dégagée est lourde, et même trop lourde pour ne pas s’y attarder.
The Great Old Ones - Cosmicism - 7 titres - 50 min.
Nous restons en territoire français avec notre ancienne connaissance qu’est The Great Old OnesThe Great Old Ones2 chroniques · 8 galeries. Bercé par la littérature de H. P. Lovecraft, la formation nous revient avec son quatrième effort, Cosmicism ; comme à l’accoutumée, nous n’avons pas été déçu.
Avec sa façon si particulière de travailler le post-black metal, The Great Old OnesThe Great Old Ones2 chroniques · 8 galeriescontinue d’impressionner et s’inscrit tout naturellement au panthéon 2019 du black. Cosmicism se révèle de la lignée empruntée par EOD, mais soigne davantage l’émotivité et impulse une énergie appuyée ; celui qui c’était quelque peu ennuyé avec EOD devrait dès lors laisser une chance au nouveau-né. Nuancé et dense comme l’est l’écriture lovecraftienne, cette quatrième introspection au cœur de l’horreur n’a pas fini de nous fasciner.
Borknagar - True North - 9 titres - 59 min.
Les pionniers du black metal progressif BorknagarBorknagarVoir la fiche résistent au temps qui passe avec True North. Les éléments habituels de black, de musique progressive et de folk sont toujours présents mais il s’agit surtout d’une des productions les plus robustes de leur discographie.
True North consiste en un exercice de grand écart entre la brutalité des profondeurs des cavernes et l’émotion légère du sommet des arbres. Les compositions sont longues et inspirées ; la partie instrumentale est tellement maîtrisée qu’on a l’impression de découvrir plusieurs compositions différentes au sein d’un même titre. Pour couronner le tout, l’approche vocale -qui repose sur une collaboration détonante entre I.C.S. Vortex (Simen Hestnæs) et Lazare (Lars Are Nedland)- est extrêmement variée. Cette nouvelle pierre à l’édifice de la discographie de BorknagarBorknagarVoir la fiche ne manquera pas de vous séduire, soyez-en sûr.
Blut Aus Nord - Hallucinogen – 7 titres – 48 min.
Après notre rencontre avec le nord tel que modelé par BorknagarBorknagarVoir la fiche, nous vous invitons à boire un peu de sang du nord avec les français de Blut Aus NordBlut Aus NordVoir la fiche-décidément, l’hexagone n’a pas été en reste pour nous gratifier de productions de black de qualité en 2019. Vindsval reste l’acteur central de la pièce Blut Aus NordBlut Aus NordVoir la fiche dont les membres varient d’une production à l’autre. Pour ne pas changer, avec Hallucinogen -13e opus d’une discographie chargée, les français continuent d’exceller dans leurs expérimentations continues.
Deus Salutis Meæ (2017) marque la fin d’un cycle, Hallucinogen en ouvre un nouveau avec un son plus mélodique ainsi que progressif. Expérimentale sans être ennuyeux, proposant une évolution d’albums en albums cohérente, le (post)-black metal psychédélique de Blut Aus NordBlut Aus NordVoir la ficheséduit et vient renforcer la mythologie entourant la vision musicale de Vindsval qui reste décidément peu commune.
Vimur - Triumphant Master of Fates - 7 titres - 43 min.
Il est à présent venu le temps non pas des rires et des chants mais d’embarquer en direction d’Atlanta où nous attend le black tout autant classique que ravageur de VimurVimurVoir la fiche, formation qui m’a impressionné tout au long de sept titres de leur second long effort, Triumphant Master of Fates.
Nous sommes encore une fois en présence d’une œuvre dense et sombre, mais ce qui fait la différence cette fois c’est le dynamisme affiché : les changements de rythmes permanents, toujours pertinents, font qu’on ne peut qu’adhérer à Triumphant Master of Fates. Si vous chercher du black traditionnel où les riffs s’entremêlent les uns aux autres à la perfection avec un jeu de batterie puissant et carré, vous avez frappé à la bonne porte. En se montrant épique et changeant, VimurVimurVoir la fiche inscrit son nom au panthéon de l’année 2019.
Kull - Exile – 11 titres - 55 min.
Après ces multiples expérimentations, une pause « pop-corn » s’impose. Pour ce faire, quoi de mieux qu’une bonne dose de black metal symphonique. Aussitôt dit aussi fait, nous appelons à la barre du navire KullKullVoir la fiche qui débarque contre vents et marrées avec Exile (2019).
KullKullVoir la fiche se compose de quatre des cinq membres de Bal-Sagoth-je sens que je viens d’éveiller l’attention de plusieurs d’entre vous pour le coup, seul le chanteur Byron Roberts n’embarquant pas dans sa nouvelle aventure. Comme on pouvait s’y attendre, Exile est une déferlante de black metal symphonique aux accents épiques qui fait honneur à la réputation de Bal-Sagoth, sans oublier d’apporter une touche personnelle incarnée par un aspect sombre et lourd que ne connaissait pas le prédécesseur. Massif à tous les niveaux, ce premier album frôle l’excellence.
Mayhem - Daemon - 10 titres – 49 min.
S’il y a bien une formation que tout lecteur connait sans même devoir l’introduire, c’est sans conteste MayhemMayhem2 galeries -ou devrais-je écrire « The True Mayhem ». Autant célèbres en raison de son black metal que pour avoir défrayés la chronique judiciaire, les norvégiens viennent chatouiller nos oreilles avec Daemon, en profitant du regain de popularité lié à la récente sortie cinématographique de Lords of Chaos.
Cette sixième perle, la première de l’existence de MayhemMayhem2 galeries qui peut se targuer d’avoir un line-up inchangé par rapport au prédécesseur (Esoteric Warfare, 2014), est la production de black metal « grand public » qui aura frappé le plus vigoureusement en 2019. Les capacités vocales démentielles d’Attila se juxtaposent aux percussions sauvages d’Hellhammer, à la basse sinistre de Necrobutcher ainsi qu’aux riffs de guitare rapides des comparses de Teloch et Ghul dans une ambiance de spiritualité horrifique. MayhemMayhem2 galeries a capturé le son du démon pour proposer une version sonore de l’enfer qui demande de multiples écoutes attentives pour en percevoir la richesse, du grand art !
Rimfrost - Expedition: Darkness - 9 titres – 47 min.
Avant d’entrer dans la dernière ligne droit de notre rétrospective avec quatre rochers arides, profitons-en pour nous divertir avec l’album le plus fun mis à l’honneur, à savoir Expedition: Darkness de RimfrostRimfrostVoir la fiche. Pour être tout à fait honnête, il tend davantage vers le death metal mélodique mais ses racines black lui permettent d’intégrer notre sélection.
Véritable concentré de sonorités accrocheuses, Expedition: Darkness est un pur bonheur qui constitue la porte d’entrée idéale dans l’univers du black metal pour ceux qui auraient du mal à s’approprier le genre. Outre son côté accrocheur, RimfrostRimfrostVoir la fiche y ajoute des moments épiques à la pelle ainsi que des solos ravageurs, le tout agrémenté de passages acoustiques à tomber. Les suédois ne sont pas s’en rappeler la période faste d’ImmortalImmortal1 chronique · 1 galerie, rien que ça !
Dèhá - Cruel Words - 6 titres - 53 min.
Le « one man band » DèháDéhà1 chronique sonne la fin de la récréation avec Cruel Words qui nous a transpercé l’âme. On soulignera, au passage, que l’artiste belge -nous pouvons en être fier- qui se cache derrière DéhàDéhà1 chronique est impliqué dans un nombre faramineux de projets de qualité.
Cruel Words fait figure d’objet hybride, d’être difficilement identifiable mais qui se rapproche assez du post-black metal. Cette œuvre se veut centrée sur la souffrance et la dépression en extériorisant ces phénomènes dans un rendu sonore vous déchirant chaque partie de votre être. Les sentiments procurés durant les 53 minutes qui façonnent la création sont innombrables, comme les allers/retours de mise en avant de certaines sonorités instrumentales ou vocales -à peine le temps de percevoir ce qu’entendent vos oreilles que la composition va plus en avant. Inutile de la décrire avec plus de précisions, préparez-vous à souffrir et laisser la musique de DèháDéhà1 chronique vous envahir.
Abigail Williams – Walk Beyond the Dark – 7 titres – 55 min.
Abigail WilliamsAbigail WilliamsVoir la fiche, incarné par Ken Sorceron, connaît des changements de line-up et de styles musicaux tumultueux. Malgré ces incessants changements, Walk Beyond the Dark arrive à s’imposer avec une aisance déconcertante. L’ensemble des paroles et des compositions musicales sont l’œuvre de Ken Sorceron, à l’exception d’Ever So Bold dont les paroles ont été écrites par Lucas Happensack ; il paraitrait que cette frénésie créatrice ferait fulminer Robb Flynn de jalousie, mais nous ne nous étendrons pas sur le sujet sous peine de subir le courroux de ses adaptes.
4 petites minutes, c’est le temps nécessaire au premier titre I Will Depart pour mettre l’opus sur orbite. Walk Beyond the Dark présente une synthèse de ce qu’a réalisé jusqu’ici Abigail WilliamsAbigail WilliamsVoir la fiche, avec en guise de cerise sur le gâteau des éléments atmosphériques nouveaux. Entre des envolées atmosphériques et des sonorités qui respectent les préceptes d’un black metal brut, le sorcier continue sans faillir ses expérimentions magiques.
Batushka (version Krzysztof Drabikowski) - Panihida - 8 titres – 42 min.
Après un débat animé entre les multiples personnalités qui habitent mon corps, j’ai décidé d’évoquer Panihida du BatushkaBatushka2 galeries version ''Krzysztof Drabikowski''. Il n’atteint peut-être pas la qualité des autres productions évoquées jusqu’ici mais l’album reste solide et met en exergue une difficulté liée aux créations musicales, à savoir le fait que l’auteur qui a contribué majoritairement à une œuvre n’est malheureusement pas toujours le propriétaire de celle-ci.
Panihida suit le chemin emprunté par Litourgiya en offrant une nouvelle célébration d’un culte orthodoxe. La finesse du prédécesseur reste palpable et se conjugue toujours aussi bien avec la brutalité du black metal. On regrette néanmoins qu’il manque à Panihida ce petit quelque chose qui avait permis à BatushkaBatushka2 galeries de faire la différence avec son premier effort. Je pense que ce manque est dû à la fois au jeu de percussions trop mécanique et aux grognements vocaux sombres alors que ceux de Bartlomiej Krysiuk sur Litourgiya sont aigus.
Ashbringer - Absolution - 8 titres - 68 min.
Je vous ai gardé le meilleur pour la fin avec Absolution d’AshbringerAshbringerVoir la fiche qui nous hypnotisent une fois de plus avec son black atmosphérique sublime. Inventif et inspirant, le troisième album est sans conteste mon coup de cœur noir de l’année 2019.
Avec sa structure musicale qui se construit autour d’un mid-tempo oppressant et des distorsions de guitare peu mise en avant, Absolution nous sort de notre confort. Durant 68 minutes, Absolution combine l’agressivité du black à des mélodies fines ainsi qu’à des éléments de post-black. A son écoute, j’ai à chaque fois l’impression de m’imprégner de l’émotivité qui se dégagerait d’une ballade dans une forêt immense de l’Amérique du nord. En proposant une expérience sensorielle et émotionnelle sans précédent, AshbringerAshbringerVoir la fiche s’impose comme un immanquable de l’année 2019.
Rendez-vous dans un an pour une prochaine rétrospective qui, à n'en pas douter, sera au moins aussi riche que celle de 2019.
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