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Article 05-01-2023 par Renaud 13 min de lecture

La rétrospective black metal 2022 de SMA

En cette période de festivités contraintes, je m’adonne à la réalisation d’une rétrospective qui a pour objet de proposer un panel de douze productions de black metal qui ont marqué les esprits, ou à tout le moins le mien. Alors que je pensais qu’on aurait difficilement pu vivre une année plus faste que 2021 en matière de black metal, 2022 nous a démontré que l’année précédente n’était qu’un tour de chauffe. J’aurais aisément pu proposer une sélection de 24 EP/LP, mais en cette sortie du tunnel des fêtes de fin d’année, nous allons éviter l’indigestion finale.

On ne se refait pas, cette rétrospective n’est nullement un classement ou un éventail de ce qu’a proposé de mieux le black metal en 2022, mais plutôt une mise en avant d’œuvres qui m’ont bercé dans leurs bras remplis de haine et de noirceur et permis de supporter la routine mortelle du quotidien.

Véhémence - Ordalies - 8 titres - 59 min.



Bon joueur, nous commençons notre rétrospective en mettant à l’honneur nos voisins français de Véhémence qui ont commencé à affoler les radars avec Par le sang versé (2019). Baignant dans l’univers moyenâgeux, le trio nous revient avec Ordalies qui me remémore mes explorations d’étudiant découvrant l’histoire qui entourent ses épreuves dont l’issue permettait de déterminer la vérité à tout le moins divine.

Avec son black metal aux sonorités folk et aux ambiances médiévales, Véhémence continue de déployer son univers avec une dose de sérieux qui tranche avec d’autres. Loin de tomber dans le piège de la mise en avant des mélodies de leur black metal, les français arrivent à jouer les équilibristes avec brio en distillant des doses de diverses influences avec parcimonie. L’enchaînement de l’ouverture guerrière De Feu et d'Acier et d’un second titre davantage posé devrait suffire à vous donner l’envie de vous pencher sur cette petite pépite hexagonale.

Pure Wrath - Hymn to the Woeful Hearts - 6 titres - 44 min.



Le continent asiatique regorge d’un vivier black metal que je souhaiterais appréhender davantage que mes connaissances actuelles, ce n’est pas le troisième album porté seul par l’indonésien Ryo -Pure Wrath- qui va me décourager dans mon entreprise. Son troisième opus Hymn to the Woeful Hearts est sans conteste l’une de mes galettes de black metal préférée de cette année.

Pure Wrath reflète la violence et le désespoir qui résultent du génocide indonésien des années 1960 en ne manquant pas d’interroger sur le sens de la mort et la guerre. Cet opus se voulant un hommage à une mère ayant subit la perte de son fils à l’issue de tortures durant cette période du génocide, il met en avant un artiste torturé et dégage des atmosphères brutales à force de trémolos accompagnés de cris d’agonie. On ne peut que vous conseiller ce voyage au cœur de la souffrance tempérée par une beauté atmosphérique sublime.

Zeal & Ardor - Zeal & Ardor - 14 titres - 44 min.



Le projet improbable de Manuel Gagneux Zeal & Ardor consistant à mélanger du black metal aux chants d’esclaves spirituels a abouti à un troisième long effort tout aussi qualitatif que l’était la genèse Devil is Fine (2016). Avec son metal d’avant-garde qui pousse à la coexistence entre deux genres situés de l’un et l’autre côté du spectre musical, le metal et le blues se trouvent unifiés sous l’autel de la spiritualité.

Arrivant même à gommer les défauts d’un black metal parfois stéréotypé par le passé, Zeal & Ardor s’impose comme un jalon supplémentaire qui élève le groupe vers les sommets. On ne s’étonne d’ailleurs pas de les avoir vu cette année rameuter une foule conséquente aux Graspop et Hellfest tant ils arrivent à surfer sur la vague positive de leur début sans perdre le cap.

Kvaen - The Great Below - 8 titres - 39 min.



Le black metal est décidément un jour propice à l’éclosion de one-man band talentueux. Alors qu’on suit notamment fébrilement l’évolution du surprenant Afsky, la force suédoise de Kvaen nous a à nouveau surpris. Bien qu’on aurait pu craindre une transition difficile après avoir mis tout le monde d’accord avec The Funeral Pyre (2020), l’artiste continue son travail d’excellence avec The Great Below.

Ce qui distingue ce second opus du premier, c’est probablement sa tendance à être davantage sombre et agressif, mettant de côté la forme de légèreté de son prédécesseur. Moins épique mais pas forcément moins accrocheur, The Great Below dresse des paysages d’un pagan black metal rugueux. Mettant de coté la grandiloquence au profit de l’intensité, sa lourdeur devrait finir par vous infecter et vous embarquer dans son sillage.

Vermilia - Ruska - 8 titres - 37 min.



Le temps est venu de prendre notre dose de black metal atmosphérique en nous tournant vers son versant pagan/folk avec la surprenante one-woman band Vermilia. Quatre années après le premier long effort Kätkyt (2018), la multiinstrumentiste finlandaise ne verse toujours pas dans le kitsch, elle qui intègre des éléments folkloriques dans son black metal en n’oubliant pas de pousser des grognements quand il le faut tout en balançant des riffs tortueux.

Assez succinct avec ses huit titres qui s’étalent durant 37 petites minutes, Ruska a l’avantage d’aller à l’essentiel en permanence, le voyage est tellement intense qu’on n’a jamais le temps de se perdre dans l’ennui. Ce qui marque avec Ruska, c’est la capacité permanente de son auteur à distiller de l’émotion et des sentiments noirs sans pour autant s’inscrire dans le rejet d’un ordre déterminé. Vermilia prouve s’il le fallait que le folklore musical rehaussé par la douceur de sa voix peuvent se marier à la perfection avec la noirceur du black metal.

Hulder – The Eternal Fanfare - 5 titres - 25 min.



Une one-woman band en chassant un autre, il nous faut mettre à l’honneur notre compatriote d’Hulder et son black metal centré sur l’univers médiéval qui rappelle notamment Satyricon. Son exil aux USA ne facilite malheureusement pas l’opportunité d’aller l’écouter en live –l’édition finale du Metal Méan Festival s’en souviendra, ce qui ne manque pas de frustrer en raison notamment de la sortie en 2022 de l’EP The Eternal Fanfare qui se classe au sommet de sa discographie.

En entrant dans la famille du label 20 Buck Spin, Hulder s’assure de marquer automatiquement des points avec une production davantage léchée que ces précédentes œuvres. Bien que classique, son black metal marque par son caractère brut et direct, comme s’il entendait incarner l’image du genre qui s’est forgé depuis des décennies dans l’inconscient collectif. On retiendra aussi des solos de guitare dispersés à divers endroits, telle une marque de fabrique qu’elle martelle à qui veut l’entendre.

Saidan – Onry? II: Her Spirit Eternal - 7 titres - 36 min.



Bien que Nashville soit plus connue pour sa musique country que pour être un berceau du black metal, le duo Saidan a affolé les radars en 2022 à la suite de la sortie de l’excellent Onry? II: Her Spirit Eternal. Le thème central développé par le groupe est à l’image de cet album, étonnant ; il se concentre sur la culture horrifique japonaise, alors que ses membres n’ont pas de lien direct avec ce pays.

Il est fort à parier que les projecteurs qui se sont braqués sur Saidan le soient principalement en raison de mélodies extrêmement marquées, ce qui facilite grandement l’accès à leur musique. Les « trues » black metalleux risquent d’avoir mal à leur black metal en découvrant leur genre favori mélangé avec du J-rock ou du punk, donnant par moment aux sonorités des accents presque pop, tandis les autres apprécieront le vent de fraicheur que souffle ce duo qui ne devrait pas tarder à grandir s’il continue dans la même voie.

In Aphelion - Moribund - 10 titres - 58 min.



Si le nouveau venu In Aphelion vous est peut-être inconnu, il est peu probable que vous ne connaissiez pas ses membres au pédigrée impressionnant, dont les deux guitaristes de Necrophobic Sebastian Ramstedt et Johan Bergebäck. L’ossature du groupe se forge en prenant appui sur la symbiose d’un duo qui a joué de nombreuses années ensemble auparavant pour nous offrir leur premier album d’une longueur conséquente.

Moribund est centré sur le jeu de guitares du duo, quitte à reléguer au second plan la batterie de Marco Prij (Cryptosis). Outre la qualité indiscutable de l’ensemble, on est marqué par les ambiances différentes qui s’offrent à l’auditeur d’une piste à l’autre ; tantôt le black metal est rapide et frénétique, tantôt il se veut sombre au possible. Puisant son inspiration dans le death, le thrash et même le heavy, In Aphelion s’impose comme l’une des formations naissantes à suivre à l’avenir.

Gaerea - Mirage - 9 titres - 60 min.



Que de chemin parcouru par les portugais de Gaerea depuis qu’ils ont frappé à notre porte pour déposer leur carte de visite avec Unsettling Whispers (2018), leur permettant d’être rapidement signé par Season of Mist. Depuis, on a eu droit à Limbo (2020) qui de façon frustrante n’a pas pu être défendu aux quatre coins du globe en raison de la crise sanitaire, privant une part non négligeable d’amateurs de black metal de découvrir cette excellente œuvre.

Gaerea n’entendent pas déroger à l’expression « jamais deux sans trois » avec Mirage qui non seulement répond aux attentes qu’on avait placé en ses auteurs mais les dépasse. Loin des poussifs grandiloquents et répétitifs d’une partie de la scène black metal, les portugais se veulent sérieux et oppressant, questionnant sans arrêt les sentiments enfuis qui nous animent tous. Véritable montagne russe émotionnelle perturbante, Mirage est un indispensable de 2022.

Trhä - Mã Héshiva õn (…) - 1 titre - 48 min.



On ne va pas se le cacher, Trhä est un ovni bien différent des autres artistes qui composent notre rétrospective. L’artiste qui se cache derrière ce projet est -à nouveau- un one-man band dont l’identité est longtemps demeurée secrète ; on sait à présent qu’il s’agit vraisemblablement de l’œuvre de Damian Ojeda (Life, Sadness, etc.).

Thräsort du commun à bien des égards, avec notamment des textes qui sont écrits dans un langage totalement inventé par son auteur. Ce langage qui a sa propre grammaire et son propre vocabulaire se veut fluide, en lien avec la magie juvénile, tourné en quelques sortes vers un retour à l’enfance. Bien que les productions se succèdent à un rythme effréné depuis 2020, Mã Héshiva õn (…) avec sa piste unique de 48 minutes mérite spécifiquement de retenir votre attention. La spiritualité qui prend la forme sonore des cloches, d’orgue, de chorales mais aussi des nombreux sons qui s’écoutent à de multiples reprises s’en arriver à tous les saisir rendent le moment magique.

Blackbraid - Blackbraid I - 6 titres – 36 min.



La devise black metal de 2022 pourrait être qu’on est au moins aussi fort seul qu’à plusieurs et ce n’est pas Blackbraid, l’un de mes deux coups de cœur black de l’année, qui me convaincra du contraire. Ce nouveau venu est porté par Sgah'gahsowah, un artiste indépendant qui a réussi le tour de force d’être le centre de toutes les attentions sans signer auprès d’un label.

L’attrait principal de Blackbraid I n’est pas dans l’originalité des compositions qui sont semblables à celles de bien d’autres. La perspective qui fait le sel du black metal atmosphérique qui s’écoulent jusqu’à nos oreilles réside dans une interprétation brute qui transcrit à la perfection la rudesse des territoires améridiens ; des instruments traditionnelles de la culture améridienne se font entendre par parsimonie, mais on est loin du folk. On venant greffer sa vision musicale aux codes du black metal sans les modifier, Blackbraid I se veut authentique et gagne ses lettres de noblesse avec la noirceur mélodique de son black metal atmosphérique à la rapidité exacerbée.

Moonlight Sorcery - Piercing Through the Frozen Eternity - 5 titres - 24 min.



Ma perle black absolue de 2022 nous vient de la froideur finlandaise qui nous a réservé la surprise au début de l’année de la sortie glaciale de Piercing Through the Frozen Eternity, avant que Moonlight Sorcery ne nous surprenne fin d’année avec un second EP Nightwind : The Conqueror from the Stars qui n’est pas loin d’égaler l’excellence de son prédécesseur.

L’influence de Stormkeep se fait ressentir sur le premier EP avec un black metal aux ambiances épiques à tendance symphonique, tout comme celles des pionniers des années 1990, mais qu’on se rassure les finlandais sont loin de singer les autres formations grâce notamment à une qualité d’écrite hors norme pour un groupe débutant son aventure. Le label Avantgarde Music ne s’est pas trompé en les signant quelques jours seulement après la sortie numérique du premier EP. On pourrait pinailler en arguant qu’avant deux des trois membres de Moonlight Sorcery qui sont guitaristes, les guitares prennent parfois une place fort conséquente, cependant -pour le moment- l’équilibre général n’en est pas ébranlé. Bref, je ne peux que vous conseiller de prêter une oreille attentive à Piercing Through the Frozen Eternity si ce n’est déjà fait.

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