Les Allemands ont, en effet, toujours surfé sur la vague de l'univers de JRR Tolkien pour illustrer leur musique. Elfes, gnomes, dragons et créatures aussi étranges qu'irréelles composent le quotidien d'un groupe qui sait se faire désirer puisqu'il aura fallu pas moins de quatre années à la bande d'Hansi Kürsch pour donner un successeur au très controversé A Twist In The Myth.
En effet, l'orientation musicale prise par Blind Guardian ces dernières années a injustement masqué une discographie tissée sur un quart de siècle. Même certains des fans les plus assidus avaient remis en cause leur vénération pour une formation qui les avait rarement déçus jusqu'alors.
Mais à force de trop bien vouloir faire les choses, Blind Guardian s'était abreuvé d'orchestrations superflues et d'arrangements en tout genre qui dénaturaient complètement son identité forte. A tel point même que le batteur de l'époque, Thomen Stauch, prit la poudre d'escampette en reprochant au passage à son groupe de toujours d'emprunter des sentiers qu'il jugeait, à raison, trop symphoniques et bien trop peu metal. Dans la foulée, il fonda l'excellent groupe Savage Circus, véritable défenseur d'un heavy metal aussi classique que classieux.
Heureusement, ce passage aussi éphémère fut-il, n'aura pas connu de prolongement intempestif et At The Edge Of Time risque bien de donner quelques regrets à Thomen. En effet, le neuvième album studio du groupe revient à l'essence même de la musique qui a fait de Blind Guardian ce qu'il est devenu aujourd'hui.
Pas de surproduction tamisée ou d'arrangements à foison mais une production séche et brute qui permet d'apprécier toutes les facettes de la musique du Berger Aveugle. Dire que les Allemands ont simplifié leur musique serait, néanmoins, très réducteur. Non, Blind Guardian a nettement mieux dosé ses effets et chaque écoute de l'album apporte son lot de surprises et de découvertes.
L'utilisation d'un véritable orchestre symphonique sur trois titres n'est certainement pas étrangère à ce constat. "Sacred Worlds", le titre d'ouverture, est tout simplement majestueux. Le groupe y fait étalage de tout son savoir-faire...
Que dire aussi des remuants "Tanelorn" ou "A Voice In The Dark" si ce n'est qu'ils renouent avec la tradition power speed utilisée par le groupe à ses débuts.
Et même si "Valkyries" ou "Control The Divine" rappellent plutôt les dernières oeuvres du groupe, on se délecte de "Curse My Name" et de ses claquettes ainsi que des vents qui introduisent "Wheel Of Time" et glaceront le sang de l'auditeur tant le morceau qui s'ensuit est une pure beauté de heavy symphonique.
En résumé, Blind Guardian synthétise, en un seul album, tout ce qu'il a pu faire au long de sa fructueuse carrière. Mais il ne s'est pas contenté de faire du copié-collé de ses meilleures oeuvres. Il s'est aussi efforcé de démontrer que le groupe avait acquis une certaine maturité et un certain savoir-faire. Il suffit de se focaliser sur le chant d'Hansi Kürsch pour s'en rendre compte. Le chanteur a délaissé les passages parfois trop intempestifs dans les aigus pour canaliser et calquer l'énergie de la puissance de son organe vocal sur les excellents riffs qui composent At The Edge Of Time...
Car qu'on ne s'y trompe pas: cet album fait incontestablement partie des meilleures livrées heavy de l'année...

Blind Guardian