Plus de 10 ans après, bien évidemment beaucoup de choses se sont passées dans le monde du rock. Le Post-Rock s’est éloigné de sa philosophie de départ et de nouvelles idées musicales ont émergé. Le terme No Wave a perdu de sa candeur en même temps que de son sens. Sans doute une des raisons qui pousse Michael Gira a clamé haut et fort que ce come-back de SWANS correspond plutôt à une continuité qu’un regard nostalgique tourné vers le passé. Qu’est-ce que l’ancien SWANS novateur et révolutionnaire de l’époque pourrait proposer d’à propos en 2010 ? L’autre raison, à mon avis, qui pousse Michael Gira a présenté ce retour comme une nouvelle orientation, une nouvelle direction prise, c’est l’absence de JARBOE. Une façon de se dédouaner d’avoir remonté un SWANS incomplet.
Pour ce retour Michael Gira a ramené son meilleur complice qui a tenu la guitare à maintes reprises dans SWANS, Norman Westberg. Il a également fait appel à Christoph Hahn, qui lui aussi avait participé au milieu de l’histoire de SWANS à la guitare et qui joua aussi dans ANGELS OF LIGHT. Pour la batterie, c’est une autre connaissance de Gira qui cogne les fûts. Choisi pour sa frappe tribale, Phil Puleo, ancien COP SHOOT COP fut le batteur de la tournée d’adieu, en 1997 puis par après dans ANGELS OF LIGHT. Chris Pravdica vient complèter la formation à la basse tandis que Thor Harris, aussi un ancien ANGELS OF LIGHT vient donner un coup de main sur ce qui tourne autour des percussions. Quelques autres musiciens ont été conviés à ce retour : DEVENDRA BANHART, Grasshopper (MERCURY REV) ou encore Bill Rieflin (MINISTRY, SWANS…).
J’aime autant le préciser de suite, l’idée de l’absence de JARBOE me pèse. Elle complètait selon moi le timbre inimitable de Michael Gira. Il a beau posséder un chant romantique à faire pâlir un vampire, j’aimais la dualité des voix qui s’opposaient et se complètaient. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que You Fucking People Make Me Sick, avec ses chants enfantins (la fille de Michael Gira qui donne la réplique à DEVENDRA BANHART), frôle la dynamique noire qui a contribué à la réputation du groupe.
Pour peu qu’on arrête de râler sur l’absence de JARBOE et de douter de l’opportunité de ce retour, on inscrit My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky dans la continuité de ce que Michael Gira avait réalisé avec son groupe de Néo-Folk ANGELS OF LIGHT, toutefois dans une version durcie. On y décèle un Michael Gira en forme et inspiré vocalement. Ses essais en crooner illuminé renvoient à NICK CAVE, champion incontesté du style.
L’album peut se faire épique comme en ouverture avec No Words/No Throughts ou plus loin avec Inside Madeline, il conserve la constante froideur exaltée et le romantisme sublimé qui ont fait SWANS. N’en déplaise donc à Michael Gira, le SWANS de 2010 traîne derrière lui des fragments désuets. Un côté surannné qui trouvera indubitablement un écho favorable tellement le groupe fut majeur en son temps. D’ailleurs l’annonce de son retour aura été suffisante pour réveiller les âmes en peine. La mienne y compris.
Eden Prison et My Birth suprendront même par le mordant et la virulence que SWANS a été encore aujourd’hui capable d’interpréter.
En fin de compte, on finit peut-être par attendre trop de cet album et de ce retour. Michael Gira tient une part de responsabilité à cette perspective comme il endosse la responsabilité du résultat. Sur Little Mouth, en clôture de l’album, il finit le chant, seul, signifiant sa qualité de créateur de SWANS, du moins le SWANS de 2010. Et même si nous déplorons l’absence de JARBOE pour ce qu’elle aurait pu y apporter ou hésitons sur les arguments de la reformation, il faut avouer qu’il y a bien pire retour. Michael Gira et son SWANS, derrière quelques allures rétro qui parleront mieux aux plus vieux, sont encore capables de composer une musique captivante.

Swans
Einstürzende Neubauten

Nick Cave