On connaît la propension des Français à vanter exagérément leurs produits locaux quand tout tourne bien. Mais on sait aussi que nos voisins peuvent se montrer tout aussi excessifs lorsqu'il faut désavouer tout ce qu'on a pu chérir auparavant.
Ainsi, les Lillois ont pu savourer à sa juste valeur la déferlante de critiques qui s'était abattue sur le groupe après la sortie plus que contestée de l'album Planet Pandemonium, qui marquait la reformation du groupe après sept ans de silence musical.
Certes, pour son retour sur les planches en 2004, le groupe nordiste de death metal avait emprunté des chemins trop sinueux pour pouvoir étoffer sa base d'adhérents. Et on s'était d'ailleurs dit que ces sept nouvelles années de mutisme s'apparenteraient à une situation comateuse et végétative de laquelle le groupe ne sortirait certainement pas indemne.
Si ce précédent effort aurait mérité meilleur traitement, Frozen Moments Between Life And Death devrait enfin clouer le bec à ceux qui se délectaient de voir le menton des Ch'tis s'écraser dans la boue. Le huitième album studio des frenchies ne pourra, en effet, pas alimenter leur fiel.
Et pourtant, j'en vois déjà certains crier à l'opportunisme de mauvais aloi lorsqu'ils jetteront leurs yeux haineux sur le superbe artwork de la cover réalisé par le peintre Bolek Budzyn avec lequel Loudblast avait déjà illustré "Cross The Threshold", véritable pierre angulaire de l'histoire discographique sorti il y a 18 ans déjà.
Il serait, en effet, beaucoup trop réducteur d'évoquer un éventuel retour aux sources pour expliquer une quelconque rédemption que les esprits les plus chagrins évoqueront à coup sûr pour redorer le blason de Loudblast. Il faut, dans ce cas-ci, plutôt parler d'évolution.
Stéphane Buriez, véritable leader-fondateur et chanteur-guitariste du groupe, ainsi qu'Hervé Coquerel, le batteur, se sont d'ailleurs entourés d'un nouveau line-up pour insuffler une overdose rafraîchissante à leur musique.
Les arrivées de Drakhian (guitares) et d'Alexandre Lenormand (basse) offrent de nouvelles perspectives à Loudblast puisque ces deux nouveaux membres s'étaient déjà illustrés sur la scène extrême dans l'Hexagone. Stéphane Buriez a d'ailleurs déclaré détenir un line-up qu'il qualifie lui-même de "mortel". Et on ne peut pas lui donner tort...
On n'est dès lors pas trop surpris par la noirceur et la lourdeur de "Frozen Moments Between Life And Death", premier titre évocateur d'un death metal qui flirte allègrement avec les ingrédients du black metal.
Pourtant, le chant guttural de Stéphane Buriez s'en éloigne car il a mué et ne se limite pas à des growls successifs. Ses vocalises, plus claires que naguère, sont bien plus subtiles en témoigne l'excellent et bien nommé "Neverending Blast".
Le son de "Frozen Moments Between Life And Death" est énorme. Les Français ont eu l'excellente idée de confier le mixage de leur oeuvre à Peter Tägtgren, le guitariste d'Hypocrisy. Ce dernier est le propriétaire des studios Abyss avec lequel il a travaillé sur les oeuvres d'Immortal, de Destruction, de Children Of Bodom ou encore de Dimmu Börgir entre autres. Excusez du peu...
Le travail de Tägtgren met d'ailleurs en évidence toute la fluidité du jeu du nouveau guitariste Drakhian. Véritable orfèvre en la matière, il se révèle plutôt comme un joueur lead efficace que comme un shreddeur fou. Et c'est tant mieux car un excès de démonstration aurait annihilé la puissance de frappe de ses riffs. On en veut pour preuve "Towards Oneness", titre sur lequel le gratteux expose avec finesse tout son savoir-faire.
Que dire aussi de la puissance de la section rythmique sinon qu'elle dévaste tout sur son passage. Laissez vous simplement emporter par les coups de fûts énervés d'Hervé Coquerel sur "The Bitter Seed" pour tirer l'implacable constat que l'oeuvre qui déboule entre vos oreilles est réellement d'excellente facture.
Le final est d'ailleurs agrémenté d'un instrumental "To Bury An Empire" de bon aloi qui laisse percevoir dans le jeu des Français une petite touche heavy qui n'annihile en rien la puissance de leur death metal novateur et percutant.
A l'issue des neuf titres et de leurs 42 minutes de folie dévastatrice, on ne peut que se réjouir de la belle santé du death metal européen. Car, à défaut d'être reconnu comme il le devrait dans son propre pays, Loudblast s'impose grâce à Frozen Moments Between Life And Death, comme une incontestable figure de proue du genre sur la scène internationale. Ni plus, ni moins...

Loudblast
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