Toujours tiré de son concert du 23 octobre 2009, c'est le double titre Dodenakker-Nemelendelle qui a été cette fois choisi. Deux titres typiques de l'aura dégagée par AMEN RA. Construit sur une montée en puissance, obsédante qui finit de front. C'est aussi à ce moment durant le spectacle qu'AMEN RA avait choisi son passage le plus énigmatique. C'est en effet sur l'introduction de Dodenakker, que cette femme ventre rond s'est avancée et c'est sur le martèlement de la batterie que les deux autres personnages ont commencé à frapper frénétiquement de la tête ce même ventre jusqu'à son explosion avant de l'emmener et de laisser place à Nemelendelle.
Moins paroxystique que le final de ce concert, ce passage reste un moment clé par son intrigante signification. D'une rare violence symbolique, ce passage qui arrive plus ou moins au milieu de la prestation d'AMEN RA, tombe à pic. Le public est à ce moment en pleine communion avec la musique du groupe et c'est comme si toutes les barrière tombaient. A ce moment précis, AMEN RA nous fait basculer entièrement dans son univers où plus rien d'autre ne semble exister.
C'est pourquoi le choix de poser cet instant sur disque restait important, mais c'est aussi pour cette raison que la lecture du disque est un peu brutale. Si l'introduction démarre avec un long chant de sirène des guitares et contribue ainsi à la mise en place de l'ambiance, le finale de Nemelendelle est net et fonctionne comme un rêve arrêté violemment par la sonnerie du réveil et ce même si la fin a été légèrement retravaillée, faisant fi des applaudissements au profit d'échos adoucissant l'arrêt.
De l'autre côté, on trouve HIVE DESTRUCTION, également issu de la Church Of Ra. Tirant son nom d'une chanson de ISIS, le groupe belge est composé d'anciens membres de AMEN RA et de LIAR.
HIVE DESTRUCTION, c'est une nouvelle facette du Post-Rock. En effet, le groupe possède cette délicatesse du genre, l'instrumentalité et la progression, mais il va surtout bien au-delà. Tout comme il va au-delà de la jonction opérée par ISIS entre le Post-Hard-Core et le Post-Rock.
We're All Instruments Of Purpose – The Second Coming débute avec un plein de rugosité, plutôt agressif et rêche comme une callosité. On sert les dents et le corps se raidit. Nous sommes à la limite du Crust. Progressivement, le rythme pourtant appuyé, va apporter de l'évaporation et l'entêtement du morceau va se faire hypnotisant et aérien.
Prenant progressivement de la légèreté, HIVE DESTRUCTION change de visage et dévoile sa fragilité. L'apport de l’acoustique tenté par le groupe contribue à cette délicatesse. Un sample relance la machinerie doom et permet au groupe de remonter temporairement au front, le temps d'envoyer une série de notes en puissance avant de laisser la place à une expérimentation sonore étrange autour des samples et d'opéra en guise d'outro plutôt longue.
C'est la première fois que j'ai l'occasion d'explorer la musique de HIVE DESTRUCTION. Je m'attendais à une version plutôt brutale voire Punk de l'approche de l'Eglise du Ra. Au final à l'écoute de ce We're All Instruments Of Purpose – The Second Coming, même l'aspect sombre et noir de la musique s'avère, non pas édulcorée, mais plus léger, moins pesant.
2ème volet bouclé donc, AMEN RA continue de nous faire patienter avant la sortie de Mass V. Si du point de vue de matériel, cette série de Splits peut donner l'illusion d'un recyclage, il faut reconnaître que le choix des invités s'est montré jusque là cohérent, puisque puisés dans la Church Of Ra, et pertinent, puisque de qualité. Le packaging quand à lui va jouer sur la même idée jusqu'au bout, renforçant l'esprit d’homogénéité artistique d'une série.

Amenra

Isis