Auteur d'une première sortie en 2000, compilant sous l’appellation Submarine Immersion Techniques Vol.1 des essais datant de 1997 à 1999, HOUSE OF LOW CULTURE avait été quelque peu mis de côté jusqu'à ce que Aaron Turner trouve à nouveau le temps de ressortir de ses cartons le projet influencé par le travail de MERZBOW, JAMES PLOTKIN ou STEPHEN O'MALLEY.
Pour Poisoned Soil, Aaron Turner s'est adjoint les services d'un percussionniste aguerri en la personne de B.R.A.D., membre de ASVA et BURNING WITCH.
HOUSE OF LOW CULTURE livre un album composé de 3 longues plages qui jouent sur l'espace sonore et des impressions fantasmagoriques. Un travail particulier et essayiste qui prend une splendeur dimensionnel pour peu que l'on accepte l'immersion totale dans l'univers du projet. L'écoute au casque se révèle dès lors particulièrement appropriée.
A propos de HOUSE OF LOW CULTURE, ce qui plait à Aaron Turner dans ce projet, c'est l'absence de barrière et de formatage. Par conséquent, il peut se permettre ce qu'il veut et s'aventurer au gré de ses envies dans différentes directions et expérimenter ses idées.
Poisoned Soil laisse une place importante aux chants et vocaux. Comme sortis d'une crypte, les vocaux se rapprochent tantôt des liturgies monastiques et chants grégoriens, tantôt ils semblent être exprimés par un être angoissant sans forme ni nom. L'ambiance qui se dégage (principalement de Spoiled Fruits Of The Kingdom et The Ladder That Leads To Nowhere) frôle la terreur et les peurs primales.
B.R.A.D. est très discret mais lorsqu'il rythme l'atmosphère, il ajoute sa part d'inquiétude et de tensions horrifiques.
De Poisoned Soil se dégagent des images cinématographiques, quelque part entre un exorcisme et une adaptation Cthulienne par David Lynch. Autant dire qu'avec une telle bande sonore, on s'engouffre dans une folie horrifique teintée de mysticisme et de catharsie.
Inappropriate Body finit d'ailleurs par plongé l'auditeur dans un délire maniaque et hallucinatoire. Se concluant sur un rythme soutenu par la batterie et une riff de guitare entêtante, Aaron Turner y pousse ses dernières lamentations comme ecclésiaste vaincu par le démon lâcherait son dernier souffle.
Bien que expérimental et par définition difficile à appréhender, Poisoned Soil concède une forme d'accessibilité par ses références culturelles et cinématographiques. Il faut cependant plonger dans les profondeurs, peu engageantes, de HOUSE OF LOW CULTURE pour en saisir tout le nihilisme religieux ou simple. Si de prime abord, Poisoned Soil ressemble plus à un énième disque d'expérimentation sonore éclairé par l'identité de Aaron Turner, il se révèle être une pièce maîtresse du style alliant folie, noirceur, abstraction et plus surprenant, tangibilité.

Isis
Merzbow