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Chronique 17-02-2021 par Reshma Goolamy 5 min de lecture

Wolvennest — Temple

Temple est le nouvel album de WOLVENNEST. Il sortira le 5 Mars 2021 via Ván Records. Il suit Vortex, l’EP de trois morceaux, sorti en 2020.
Enregistré en pleine pandémie, cet opus est le résultat d’un travail réalisé dans un nouveau monde divisé. Il en résulte un album obscur, comme un puit sans fond dans lequel on tomberait. Temple est à la fois l’espoir aveugle et le repère visible qui nous aide à rester debout en temps de crise.



Le premier track s’intitule Mantra. C’est un long morceau introductif de 12 min. Durant les trois premières minutes, les couches instrumentales s’accumulent et nous immergent en douceur dans l’album. Quand la batterie s’introduit, le morceau prend une autre direction. Le rythme percussif lent et lourd sur un fond de sonorités psychédéliques, voire black métal, très illustratif de l’esthétique du groupe, est en place. Déhà rejoint Shazzula à la voix. Ce duo vocal est très harmonieux, ce qui donne aux mantras déclamés plus de force.

Mantra nous met au goût de l’album. Il explorera plusieurs formes d’occultisme. Dans les lyrics, le thème du feu, de la mort est abordé, et sera filé tout le long de l’album.
Swear to Fire, le deuxième morceau, laisse d’abord place au thérémine. Le chant vient ensuite se placer, mélodieusement. Nous sentons que ce morceau risque de nous rester en tête. Le timbre vocal est très rituel. C’est une prière au feu, à la passion. La voix est mise en avant. La basse ressort et la nappe instrumentale est presque concupiscente. C’est un feu ardent.

Alecto est le nom d’une furie de la mythologie grecque. Celle qui punissait les humains se laissant régir par la colère. L’interprétation de cette figure en musique est très intéressante. C’est une plage instrumentale pesante. Avec la guitare assassine et la batterie lancinante, je pense à Urfaust. Alecto est l’illustration d’une colère redoutable, qui annonce la mort, la souffrance.

Souffrance que l’on expérimente dans le morceau qui suit ; Incarnation. La succession de morceau laisse à penser que Temple (2021) est un cycle. De la naissance d’un souffle dans un mantra à sa mort.

WOLVENNEST nous balade de figures en figures, d’incantations en incantations. Dans ce morceau, les guitares sont plus perçantes, se rapprochant, comme pour Swear to Fire, d’une esthétique black métal. La voix est détachée du reste, comme omnisciente. A l’instar de Vortex (2020), nous retrouvons cet exercice de style entre la déclamation et le chant, qui évolue de plus en plus vers un chant hypnotique.
Incarnation a une portée vers le divin, vers la destruction. Les thèmes de la mort et du feu y sont largement abordés. Le monde brûle, devient cendre, et nous sommes des martyrs.

All That Black, qui suit, pourrait être une forme de mort, ou de dépression profonde. C’est le morceau le plus sombre de l’album. C'est le plus court, mais un des plus intenses. Une poussée à l’introspection. Il illustre le refuge dans l’obscurité de l’âme. La composition est psychédélique, voire kaléidoscopique, et la voix vicieuse, répète : « darkness is beautiful », un solo de guitare incisif vient rajouter une touche de détresse et le morceau finit en lévitation.



Succubus prend ensuite pas. C’est une collaboration avec TJ Cowgill, de King Dude, également signé chez Ván Records.

La composition est extrêmement mélancolique, et les guitares accompagnent bien la voix de TJ Cowgill, qui nous berce et donne beaucoup de relief à l’album de manière générale. C’est une combinaison gagnante. Ce morceau parvient à réaliser l’effet des Succubes ; des tentations dangereuses mais invitantes. La batterie est transcendantale, la voix est sacrificielle. C’est un plongeon volontaire dans la perdition.

L’avant dernier morceau est Disappear; le morceau promotionnel. Pris dans son ensemble à la suite de Succubus, ce morceau prend un autre sens. L’introduction d’une minute laisse ensuite place à la voix de Déhà. La construction de ce morceau est très dynamique, comme une pièce avec plusieurs actes, plusieurs acmés. Il en ressort une instru mêlant des loops et des rythmes répétitifs, tout en ayant des respirations agréables, surmontées de voix enveloppantes.

Le souffle de la mort boucle l’album en commençant avec la même idée introductive que pour Mantra. Nous entendons une mélodie orientale à la guitare et, comme pour Spirit of the Black Wolven Dogs an the Wild White Horses, premier titre de Vortex (2020), nous assistons à un rituel occulte. Shazzula déclame une invocation en français, prenant une voix démoniaque, sur une musique profonde, prenante et méditative. Le morceau prend un aspect très cérémoniel. C’est une messe noire qui clôture le séjour dans le Temple.


WOLVENNEST nous propose une expérience plus frontale que les autres albums, avec un mix très proche d’une expérience live. Le rendu est immersif.
Le groupe affirme et aiguise son style avec Temple. Le placement des voix est plus incisif. Les constructions instrumentales très harmonieuses. Nous attendons avec hâte la prochaine expérience live, avec la scénographie par A Thousand Lost Civilizations, s’imbriquant logiquement dans l’approche de la mort, du rituel et du feu abordés dans l’album.
L’album est effectivement un temple accueillant toutes les prières de l’âme.

Merci.

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