Premier constat : le trio peu conventionnel n'a pas sensiblement changé sa manière de travailler pour autant. Même si ce premier LP sort sur un label, c'est le réseau underground qui a fonctionné. Membres également de THE OCEAN, les trois (récemment Louis, le chanteur de COILGUNS a quitté le poste de bassiste dans le groupe de Robin Staps) suisses ont naturellement signé avec Pelagic Records pour cette sortie.
Tous les Eps précédents avaient été enregistrés de manière brute afin de retranscrire au maximum l'urgence du groupe et son naturel live. C'était d'ailleurs devenu un peu une marque de fabrique pour COILGUNS. Afin de ne pas perdre l'essence qui anime le projet, Commuters a également été enregistré en une seule prise live. Plusieurs invités ont été conviés à prendre part à l'enregistrement, en se pliant aux contraintes fixées par le groupe lui-même. Ainsi on retrouve entre autres sur cet album, Keijo Niinima de ROTTEN SOUND et Fabien Bedoy de YOG. Des collaborations qui permettent à Jona, le guitariste du trio qui assume comme trois (deux guitares et une basse), d'appréhender COILGUNS, à l'occasion, comme une formation plus classique.
Autre point de caractère du groupe, sur lequel COILGUNS n'a ostensiblement pas changer sa ligne de conduite, c'est le packaging. En effet, le groupe nous avait habitué à soigner aussi l'emballage et cela même si il était réalisé mains. Passé sur un label, sortir un véritable album ne l'a pas fait renoncer à offrir à son public un objet digne de ce nom.
Dès lors, c'est sur la longueur qu'on attend du neuf de COILGUNS. Le groupe qui joue une Noise-Core Chaotique a pour habitude d'enfoncer l'accélérateur et de jeter en pâture sa virulence comme si il s'agissait de sa dernière chance. Peu de concession donc avec ces Suisses là. Généralement efficaces sur courte de durée, il allait être intéressant de voir comment ils allaient s'en sortir sur une longue durée.
Afin justement de ne pas noyer l'auditeur dans un trop plein diluvien, COILGUNS choisit pour la longueur d'ouvrir son éventail et de démontrer ses multiples facultés. Ainsi l'album démarre durant une vingtaine de secondes sur un rythme de Coreux à gros bras. Une manière d'annoncer que le groupe est bien plus qu'un condensé de Chaotic-Core Nineties. De même avec Minkowski Manhattan Distance où COILGUNS puise largement dans ses influences Thrash digne des plus violents titres de SLAYER, il ouvre des portes à la variation.
Habitué également des titres expéditifs, COILGUNS n'hésite pas à proposer deux compositions longues et posées (Earthians et Commuters Part 2). Amenant la tension cette fois dans la progression et surtout la retenue, COILGUNS oeuvre à nouveau dans le but de diversifier son interprétation et permet ainsi à son album d'être efficace.
Tout en conservant sa ligne de conduite, COILGUNS évite la surenchère. Prolifique et pourtant encore jeune de par son existence, il sort un premier album où la maturité du projet contourne aisément les pièges de l'exercice. Capable de surprendre et de renouveler sa musique, dans l'épreuve de la longueur COILGUNS se montre aussi convainquant que sur des courtes distances. L'intégration de nappes synthétiques et le mixage organique de Julien Fehlmann confèrent également à cet album, un son immense à la fois frontal et équilibré. L'examen est réussi pour COILGUNS qui s'en sort avec « mention plus ».

Coilguns
The Ocean
Rotten Sound
Slayer