Ce Is Survived By était donc une des grosses sorties de l'année pour le label Deathwish Inc. qui se trompe rarement en matière de découverte de bons groupes. Just Exist, qui nous avait été servi en guise d'apéro deux mois plus tôt, ouvre cet album. Si le rythme accélère au fil du morceau, le chanteur Jeremy Bolm démarre à une intensité maximale et se dévoile en paroles. Des paroles sincères, personnelles et touchantes de simplicité qui font mouche à chaque fois. Avec Touché Amoré, on est toujours très loin de ces "groupes à refrains" qui s'imposent tant de contraintes techniques (nombre de syllables, rimes, consonnances diverses...) que le sens et le message (pour peu qu'il y en ait un au départ) sont bien souvent perdus. Jeremy Bolm ne fait pas de rimes. Pas de phrases-choc. Pas d'alexandrins et pourtant on retrouve dans ses textes beaucoup de poésie. Il couche sa personnalité sur papier comme une introspection ou une thérapique psychologique.
Pourtant, les premières écoutes de l'album m'avaient quelque peu déçu par rapport à ce que j'attendais du groupe. Dans l'ensemble, il m'a d'abord semblé moins direct et surtout moins spontané que le précédent. Mais dès le deuxième titre To Write Content, Jeremy Bolm me répond :
I can’t say I haven’t aged. I’ve outgrown what
I used to be. I won’t fake what is expected
to succeed with album three (that’s not me).
Voilà, deux ans riches en tournées et en expériences personnelles ont fait mûrir les membres de Touché Amoré et ont donc légèrement modifié leur vision de la musique. Et comme toujours, la maturité nous prive d'un brin d'insouciance en le remplaçant par un certain recul et une approche des choses plus posée. Comme cette belle idée d'utiliser l'interlude acoustique Praise / Love comme introduction de l'excellent Anyone / Anything, sur lequel Touché Amoré nous offre pour la première fois une musique presque guillerette et sautillante sur le refrain.
On retrouve également toujours une grande intensité dans la musique du groupe, à l'image du single Harbor, avec ses riffs de guitare tout simples et la voix déchirante de Jeremy Bolm sur une rythmique mid-tempo entraînante. On est à cet instant précis au moment le plus puissant de l'album, celui où il est impossible de ne pas sentir sa peau envahie de frissons si on est un tant soit peu sensible à cette musique.
Comparativement à Parting the Sea Between Brightness and Me la musique de Touché Amoré reste très similaire. Alors pourquoi le ressenti est-il si différent en ce qui me concerne ? Dans une musique tellement concentrée sur les émotions, les messages et ambiances que le groupe veut procurer à son public transcendent le simple côté musical. L'énergie que les musiciens et surtout Jeremy Bolm injectent sur ce disque crée une dimension supplémentaire qu'on intègre sans vraiment s'en rendre compte et qui va sublimer l'impression laissée par cet album. Un album qui allie puissance et finesse, comme sur Non Fiction en fin d'album sur lequel Touché Amoré tente une approche post-rock plutôt réussie.
Un album plein de contradictions. Pas de révolution musicale mais des impressions nouvelles. Une qualité indéniable mais difficile à décrire. Un album qui semblait au départ ne pas pouvoir tenir la longueur mais qui, après plusieurs écoutes, est peut-être déjà supérieur à son prédécesseur.
modern screamo hardcore deathwish

Touché Amoré