Formés en 2020, les cinq Angevins de FRAGILE, issus de formations diverses et variées (LANE, Wild Fox, Dog for Friends, Scuffles) se sont fait connaître avec leur premier EP “... About Going Home”, qui établissait déjà les bases de leur identité sonore : des textes chargés d’émotions scandés avec un relief de dynamiques vocales, tantôt portés par une rythmique bondissante à la Surf Curse, tantôt par un post-punk pluvieux caractéristique de la scène UK rappelant High Vis et assimilés, le tout avec un sens du refrain inexorable.

Le Botanique était plein à craquer ce vendredi passé au point de faire céder la logistique du bar du Witloof, comme un surplus de béchamel débordant des chicons au gratin. Pourtant sous les arches en briques rouges, l’espace n’est pas rare pour la première partie de FRAGILE, assurée par les Gantois de Sad Boys Klub. Vous l’aurez compris, on reste dans le même champ lexical, mais c’est à s’y méprendre.

20h00, Sad Boys Klub monte sur scène, sans artifices, comme si le groupe s’installait dans son propre salon. Le premier morceau démarre doucement, et nous projette directement dans leur univers shoegaze teinté de new wave-punk aux influences sombres et claires des années 80. Le chanteur, statique mais habité, chante comme si chaque syllabe pesait un kilo de trop sur son esprit. La basse, ronde et chaude, tient tout l’édifice ; les guitares, elles, alternent entre lames tranchantes et nappes saturées. Leur hit “Concrete Man” en fin de set, s’impose comme un grand moment : une progression sombre, tendue, qui rappelle la froideur du plat pays, mais avec une vigueur résolument électrique. Sad Boys Klub ne parle presque pas entre les morceaux, mais la musique fait le lien. Le set se clôt dans un coup de tonnerre shoegaze, une finale étirée où le groupe semble s’effacer derrière ses propres vibrations.

Son heure enfin venue, FRAGILE arrive avec une toute autre attitude, tel un peloton de boxeurs prêt à en découdre. Il faut dire que leur dernier passage à Bruxelles en octobre 2024 avait retourné le Café Central sur sa couque. Et c’est exactement ce qui en fait un groupe super excitant à voir en live ; leur énergie, leur fraternité et leurs émotions transpirent de chacun des morceaux et ne laissent personne indifférent.

Santander sert d’opener explosif à un concert qui ne va jamais lésiner sur l’accélérateur, et nous transporte déjà dans ses riffs nerveux et ses refrains sing-alongs d’une efficacité déconcertante pour une formation si jeune. L’engrenage se rôde sur Winter at The Museum, alors que le chanteur Baptiste Pelletier, galvanisé par un excédent d’enthousiasme, se casse la pipe pendant l’introduction du morceau sous les regards amusés de ses camarades. Une fois relevé, Afterglow nous fait voyager outre-atlantique avec une lourdeur emo inhérente à ce qui se fait de mieux dans le genre (La Dispute, Touché Amoré,...)

Après quelques mots de remerciements de la part du bassiste Manuel Franc, on enchaîne avec “Celebrate” dont la mélodie Drug Church-esque sonne comme un chant de fête d’anniversaire. Pas le temps de souffler les bougies que FRAGILE nous déroule le rageur “Take Care”, tout premier single publié par le quintette en 2022. Dès les premières notes mélancoliques de “Murmuration”, je suis envahi de frissons à l’écoute du morceau qui a précipité ma découverte des Français un an plus tôt, peu de temps après leur première venue dans la capitale. Les plus aguerris du public du Witloof Bar et les musiciens exultent en communion, alors que toute l’assemblée se vide les poumons sur les mots “please don’t come inside”, résonnants comme un appel à l’aide au fond d’un puits.
S’ensuivent “Reason Why”, l’un des plus gros hits de “Big Big Smile”, ainsi que “Little Things” et “For Later” qui ne nous permettent pas vraiment de rabioter un semblant d’oxygène, avant l’excellent “Tiny Ghosts and Disco Lights” et son refrain dont la batterie nous matraque le faciès. Le concert décharge ses trois dernières munitions avec le déchirant “Wallflower”, où le guitariste Josic Jegu nous arrache une larme avec son introduction à en tordre les boyaux des plus braves, “Laugh/Cry”, et “Model” en guise de clôture, pendant lequel Baptiste prend un bain de foule et le micro se passe de bouche en bouche pour hurler les ultimes “Your dead friend was not a model, tell it to your son”.

Chaque morceau semblait être une lettre ouverte ; même dans les passages plus bruyants, il y a une sensibilité qui affleure. Ce qui est certain, c’est qu’on n’en ressort pas indemne émotionnellement. Les refrains sont fédérateurs, totalement cathartiques. Les paroles passent de la confession intime à un cri déchirant en une fraction de seconde. On sent que FRAGILE a systématiquement envie de tout donner, sans réserve, sans pose, et délivre une fois encore un set tendu, brûlant, et profondément humain.
Chapeau les mecs, et à bientôt sur une prochaine date.
Merci au Botanique pour l’invitation et mon fidèle Nico pour les photos.


Fragile

High Vis
Sad Boys Klub
La Dispute