Et si le deuxième album de TOEHIDER est accueilli avec enthousiasme au pays des kangourous, on peut aussi supposer que cette ancienne colonie reste suffisamment attachée culturellement au Royaume-Uni pour apprécier le Rock Progressif. Derrière le projet emmené par Mike Mills, leader de TOEHIDER, on trouve avant tout un fan énorme de QUEEN.
Parler de leader en évoquant Mike Mills est un peu réducteur puisque le multi-instrumentiste a pratiquement tout gérer ou fait sur cet album, en commençant par une longue liste d'instruments joués : chant, batterie, guitares (acoustique, classique, G String...), basse, synthétiseurs, ukulele, bouzouki... jusqu'à l'enregistrement, le mixage, le mastering et la production. L'artwork, une des rares choses qu'il n'a pas faite, a été confié au graphiste Andrew Saltmarsh.
C'est d'ailleurs par une collaboration avec cet illustrateur, que TOEHIDER a commencé à se faire remarquer. Après un premier EP, TOEHIDER a sorti au rythme de un par mois durant un an, douze Eps illustrés chacun de deux pages d'une bande dessinée de ce même Andrew Saltmarsh.
La reconnaissance de Mike Mills se mesure également avec les fonds soulevés pour produire cet album. Une campagne de crowfunding visant à recueillir 4.000 australiens a permis à TOEHIDER d'en récolter 13.000 en moins de temps qu'il ne faut pour compter les billets. Ce budget offre un confort qui sera mis à profit dans la qualité d’enregistrement et la réalisation d'une pochette soignée.
Celui qui a déjà collaboré avec AYREON en compagnie de membres issus de formations dont la technique n'est plus à prouver, YES, DREAM THEATER ou NIGHTWISH, n'hésite aucunement à plonger les deux mains dans la discographie de QUEEN pour écrire What Kind Of Creature Am I ?
Si cette influence est incontestable et si Mike Mills partage avec Freddy Mercury la virtuosité, l'audace et la grandiloquence, TOEHIDER ne cherche pas à être le QUEEN australien. Il s'en inspire.
Bohemian Rhapsody reste le titre emblématique de la démarche de la formation anglaise parce que Freddy Mercury à chercher à inclure autant d'influences que possible, piochant sans retenue ou avec ouverture d'esprit et curiosité. TOEHIDER suit cette même ligne de conduite s'offrant des envolées magistrales, théâtrales ou complètement folles. L'ombre de QUEEN plane parfois derrière certaines compositions où l'on reconnait le goût prononcé pour des juxtapositions démentielles.
L'accent britannique est aussi préservé dans le jeu de Mike Mills et plus particulièrement sur l'approche de certaines mélodies. Couplé au style Prog-Rock, cette touche prend tantôt des allures plus Pop (Whoa!) tantôt la poussière (Meet The Sloth). TOEHIDER ne jette pas que des ponts dans ses compositions mais également entre. Passant d'une furieuse folie comme sur Smash It Out et Geese Lycan qui pourraient intéresser les amateurs de THE DILLINGER ESCAPE PLAN pour la vélocité d'exécution à la ballade dispensable qu'est Spoilt For Choice, il se permet aussi dans le tracklist des écarts intrépides.
Bien que la forme paraisse parfois désuète, le deuxième album de TOEHIDER reste une pure merveille d'hardiesses. Celle de s'attaquer quasiment seul à un tel travail d'abord. Celle, ensuite, d'oser un registre musical peu évident et casse-gueule. Et même si par moments, What Kind Of Creature Am I ? peut paraître rétro ou sorti d'un temps épuisé, TOEHIDER parvient à capter l'attention et la conserver jusqu'au bout du disque. Cette fantaisie extravagante qui anime Mike Mills permet d'obtenir un disque hors normes dont le talent de son auteur complète avec brio l'intérêt.
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