Besoin de repos pour les membres de FRANK SHINOBI ? Peut-être ! Après avoir enchaîné les prestations dans les diverses salles, le groupe, membre du collectif Honest House avait sans doute besoin de reprendre un peu son souffle. Certains membres ont profité de l'occasion pour lancer de nouveaux projets (MAMBO, COASTLINE TRUCKERS) et ce moment de silence était probablement aussi l'occasion de se ressourcer et de laisser tomber quelque peu la pression suite à un premier succès mérité.
D'autant que sortir un deuxième album n'est jamais un exercice évident après un premier acclamé. Il faut lutter contre le désir de répondre aux attentes d'un bis repetita et répondre à l'envie artistique d'aller de l'avant, d'explorer de nouvelles voies. Un savant dosage doit arriver à mélanger la continuité et le renouveau.
Si Semantics met quatre bonnes années pour succéder à A Little Less More, ce deuxième album arrive plutôt au bon moment. Effet du hasard des calendriers ou non, le nouveau disque de FRANK SHINOBI vient remettre en lumière le groupe alors que son collectif, Honest House s'apprête à fêter ses dix ans d'existence. Une aubaine médiatique dont profitera aussi bien la formation que l'esprit de groupe du collectif.
Avant même d'écouter la première note de Semantics, la première vérification qui s'impose va vers le tracklisting afin de répondre à cette première question : FRANK SHINOBI a-t-il conservé son côté surréaliste ? Moudjahidin de l'Amour, Safari SM, Sirtaki Sur la Bande D'arrêt D'Urgence, La Ligue des Barbus, ... confirment donc que l'on va à nouveau se régaler des délires absurdes des Liégeois.
De ce premier constat, découle la deuxième attente. Premiers accords, premiers claps rythmiques des mains et directement, FRANK SHINOBI, donne du relief à son interprétation de Moudjahidin de l'Amour. On retrouve cette fluidité étincelante et ce jeu de superposition des idées, des instants autour de variations et de changements particulièrement naturels.
FRANK SHINOBI n'est pas à court d'inspiration. Tout en affirmant son style, il parvient à le renouveler. Mais le scintillant et sautillant FRANK SHINOBI a évolué. Du bondissant A Little Less More, on passe à un Semantics plus profond. L'insouciance de premier album s'éclipse au profit d'un caractère obligatoirement plus sérieux pour répondre aux attentes du deuxième album.
Cette atmosphère plus grave se décline, sans pour autant devenir pesante, en différents signes d'une certaine rigueur, d'une application volontaire et moins innée, d'un ton plus mature et réfléchi, d'une forme de mélancolie ou encore d'une dramaturgie consciencieuse. L'équilibre tourbillonne entre la tangibilité des émotions solennels et le relief virevoltant des interprétations.
Si la sortie de ce deuxième, attendu et excellent album illumine les dix bougies que Honest House doit souffler bientôt, la minutie de celui-ci exclut l'impératif d'une sortie commandée. Au pire de la prévisibilité, FRANK SHINOBI a attendu le bon moment pour sortir de son chapeau ce nouveau disque. Au mieux du calcul, cela tombe tout simplement bien. Et lorsqu'on connait la nonchalance de FRANK SHINOBI, on a envie de pencher pour la deuxième piste... d'autant que Honest House s'est déjà réservé un autre cadeau pour fêter sa décennie avec l'enregistrement et la sortie d'une autre de ses plus anciennes formations, TAIFUN.

Frank Shinobi

