Aujourd'hui, après une doublette Wicked Symphony/Angel of Babylon un peu inégale et un Mystery of Time ambitieux, Avantasia revient, et Sammett a décidé d'écouter les fans: retour de Jorn Lande, de Sharon den Adel (Within Temptation), participation de Marco Hietala que tous les amateurs de metal symphonique connaissent bien... Mais aussi, parce que Sammett aura toujours un côté "trip perso", quelques surprises, comme un Geoff Tate (ex-Queensrÿche) qui n'aura pas soulevé l'enthousiasme à l'annonce de sa participation, ou un Dee Snider (Twisted Sister) légendaire mais en décalage avec l'image du groupe...
Et pourtant, après écoute, force est de constater que ces surprises prouvent le flair du compositeur. Parce qu'après une entame d'album rassurante (Mystery of a Blood Red Rose est aussi efficace que Spectres, sur l'album précédent, était médiocre), les vraies satisfactions de Ghostlights viennent souvent de là où on ne les attendait pas. Comme avec ce Seduction of Decay majestueux, sur lequel Geoff Tate, qu'on croyait perdu pour la cause, confirme qu'il est toujours capable de chanter merveilleusement bien. Herbie Langhans, le moins connu des invités, illumine quant à lui Draconian Love de sa voix profonde. The Haunting est également un des meilleurs morceaux de l'album, dans l'esprit de Death is just a feeling (la prestation de Dee Snider fait d'ailleurs écho à celle de Jon Oliva à l'époque). Des morceaux aux refrains et aux ambiances particulièrement réussis - le point fort de l'album, du début à la fin, jusqu'à la belle conclusion Restless Heart & Obsidian Skies où Bob Catley, bien trop peu présent sur ce Ghostlights, magnifie un morceau rappelant furieusement (un peu trop) The Story Ain't Over.
Plus surprenant, les prestations moins flatteuses de quelques artistes qui étaient attendus au tournant. Michael Kiske crispe un peu par sa manie à rester dans les aigus, comme pour prouver à l'auditeur qu'il est redevenu le monstre sacré des débuts d'Helloween. Techniquement, c'est incroyable, mais en termes de feeling, le Bruce Willis du metal passe un peu à côté, ce qui rend le morceau-titre un peu pénible.
Même constat pour Sharon den Adel, desservie par une ballade mielleuse mais surtout pourrie par un son de batterie très artificiel, qui s'intègre mal au reste de l'album.
Enfin, Tobias lui-même, si il n'a probablement pas aussi bien chanté depuis le mythique Hellfire Club d'Edguy, se taille peut-être un peu trop la part du lion. A vouloir chanter sur chaque titre, le maestro nous frustre un peu; on aurait aimé entendre s'exprimer un peu plus Robert Mason et Ronnie Atkins, complètement effacés.
Reste qu'Avantasia confirme avec cet album l'incroyable foisonnement d'idées de son créateur. Sa patte est tellement reconnaissable qu'elle s'accompagne parfois d'un léger sentiment de déjà-vu, heureusement sauvé par la qualité de composition, largement au dessus du lot (ce Let the Storm Descend Upon You magistral), et par cette capacité à bien s'entourer qui caractérise aussi les grands artistes - il suffit d'écouter l'énième performance à tomber par terre de Jorn Lande sur Lucifer pour s'en persuader.
Le power symphonique est peut-être en perte de vitesse, mais ses amateurs pourront toujours compter sur Tobias Sammett pour délivrer régulièrement de vrais bijoux, inégaux mais terriblement jouissifs. En attendant la tournée qui, comme d'habitude, s'annonce larger than life...
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