Et c'est auréolé d'un statut de valeur sûre que Myrath revient cette fois avec un sacré défi: confirmer, maintenant que l'effet de surprise est passé. L'album précédent avait vu le groupe se détacher un peu de ses influences (Symphony X, entre autres), fort prégnantes sur le non moins excellent Desert Call, tout en assumant encore plus ouvertement le caractère orientalisant de sa musique. Que nous réserve donc ce Legacy à la pochette très épurée?
Demandez à un amateur de metal de vous citer l'un ou l'autre groupe intégrant des éléments orientaux dans sa musique; à moins de tomber sur un fan de Melechesh, c'est probablement le nom d'Orphaned Land qui reviendra le plus fréquemment. Myrath a parfois été comparé, dans la démarche plus que dans la musique, aux géniaux israéliens. Pouquoi d'emblée y revenir? Hé bien, tout simplement parce que la démarche effectuée par le groupe sur Legacy est tout à fait comparable à celle d'Orphaned Land sur All Is One, son dernier album. Comprenez: une volonté de proposer une suite d'excellentes chansons, toutes mémorables et parfaitement ficelées, quitte à toucher au mainstream. Et bon sang, que ça marche...
C'est bien simple: une fois Legacy lancé, le voyage est total. En peaufinant avec un soin incroyable ses refrains (c'est bien simple: pas un seul morceau ne dispose pas de son refrain ou de sa mélodie entêtante), ses arrangements et ses mélodies surtout vocales - Zaher Zorgati est un phénomène - Myrath tape dans le mille. Jetez une oreille aux sublimes Get Your Freedom Back, Storm of Lies ou encore au tube d'ouverture Believer et vous devriez avoir du mal à vous en défaire pour la journée.
Bien sûr, le tout reste enrobé dans un écrin oriental qui fait toute la saveur du groupe, mais pour la première fois, il ne sera plus possible d'y réduire Myrath: les gars viennent de prouver qu'ils étaient tout simplement capables d'écrire d'excellentes chansons, sans devoir trop en faire. Ou plutôt, en en faisant juste ce qu'il faut, comme ce refrain en arabe sur Nobody's Lives, ou encore ces orchestrations qui enjolivent la somptueuse ballade I Want to Die, qui, dans un monde parfait, pourrait passer aux radios tunisiennes avec bonheur.
Certains diront que Myrath a quelque peu tourné le dos au power metal progressif des (tout) débuts, même si le plus costaud The Needle pourrait leur donner un maigre démenti et que la qualité technique des musiciens reste bluffante. La vérité est que devant la difficulté, à l'heure actuelle, de se démarquer sur une scène metal saturée au possible - et qui plus est dans un style en perte de vitesse, Myrath a probablement fait le bon choix, c'est-à-dire jouer à fond la carte de la personnalité et de l'accessibilité.
De là à dire que la Tunisie s'est trouvée un nouveau Muse maghrébin (on croit d'ailleurs sentir l'influence de la bande à Matthew Bellamy sur certaines nappes électroniques surprenantes), il y a un pas. Mais ce qui est certain, c'est qu'avec Legacy, Myrath frappe un tout grand coup et sort un tout grand album, qui ne présente pas la moindre faille là où ses précédentes offrandes comptaient parfois l'un ou l'autre trou d'air. Si ça ne suffit pas à faire décoller une carrière, c'est à désespérer...
myrath, power metal, heavy metal, alternative
Myrath
Symphony X
Melechesh