La Gran Obra (le grand travail en espagnol) s'assimile à un rite initiatique inspiré par l'alchimie. La première plage de 26 minutes s'étire en effet autour des trois concepts latins que constituent le processus alchimique:
Nigredo (la noirceur) - l'entame de cet album nous fait pénétrer dans un univers ténébreux où les notes lourdes d'un piano dominent des guitares et des voix plaintives. Notre inconscient est subitement plongé dans une oppression due à un isolement prolongé hors duquel il paraît impossible d'échapper.
Albedo (la blancheur) - malgré ce qui précède, la deuxième partie nous donne un peu d'espoir avec une ouverture calme et éthérée. La batterie se réveille et devient l'instrument dominant. Libéré, notre esprit se relève et se met en route, le rythme s'accélère et la voix se veut de plus en plus criarde pour finalement entrer dans une transe symbolisant une destruction totale.
Rubedo (la rougeur) - distortions de basses et de guitares totalement indépendantes d'une batterie arythmique entraîne notre inconscient dans le chaos d'un monde tombé en pièces. Mais la reconstruction s'opère, les instruments commencent à s'entendre et à s'harmoniser pour finalement se porter dans un climax violent.
La deuxième plage de cette production "Speculum (ArboNargAl)" (le miroir), porte bien son nom. C'est en effet le miroir parfait de la première plage qui, passée à l'envers, crée une boucle infinie qui nous entraine inexorablement dans une spirale infernale pertinemment voulue par Pylar.
Plus qu'un concept, cette expérience musicale laisse des traces et, comme annoncé plus haut dans ces lignes, n'est certainement pas à mettre entre toutes les oreilles. Ici, tout est basé sur la sensation et l'inconscient et chacun pourra y découvrir une expérience à la fois étrange et personnelle.
Pylar